Stalingrad connection, la radio des migrants

Fréquence Paris Plurielles Stalingrad
Crédits : Radio Debout

Le programme, diffusé du lundi au jeudi sur Fréquence Paris Plurielles (FPP), entend être le porte-voix des migrants à Paris. Récit au cœur d’une émission dont l’objectif est de faire en sorte que cette population ne se sente plus seule.

Dans un documentaire passionnant, sobrement intitulé La maison de la radio (2013), qui montre l’envers du décor de Radio France, le réalisateur Nicolas Philibert fait passer le message que la radio est l’affaire de tous. C’est encore plus vrai depuis 1982, l’âge d’or des premières radios libre en France, exprimant un désir de liberté d’expression pour chacun. Une tradition désormais solidement ancrée dans le paysage médiatique français, tant les ondes sont aujourd’hui légion. On en compte près de 700 en France, et toutes se fixent le même objectif : faire entendre les voix qu’on n’entend nulle part ailleurs.

Cet engagement populaire se ressent lorsqu’on pénètre dans les locaux de Fréquence Paris Plurielles (FPP), par un jour ensoleillé de mai. Pour y accéder, il faut dévaler un chemin longeant l’Hôpital Robert Debré et les Buttes-Chaumont, au nord de Paris. Au milieu, le quartier Danube, avec sa petite place aux allures de fête de village. Doit-on à l’ironie du hasard le fait que FPP se situe au début de la bien-nommée rue de la Solidarité ? Nous n’avons pas posé la question, mais on le devine un peu. Lorsqu’on pénètre au premier étage du bâtiment abritant la station de radio, on y voit deux jeunes hommes concentrés, s’attelant à préparer leur intervention dans un délai relativement court.

L’Afghanistan à l’honneur

Ils s’appellent Hassan et Hamed, ils ont respectivement 26 et 27 ans, et viennent d’Afghanistan, un pays qu’ils ont quitté depuis quelques années. Le premier, professeur, enseignait là-bas la connaissance à des enfants alors qu’au-dehors le chaos régnait. Quant à Hamed, il officiait dans la première chaîne de télévision afghane comme monteur : « Mais j’ai une vraie formation de journaliste », nous dit-il avec un sourire entendu. En jetant un œil sur leurs notes (l’auteur de ces lignes est très curieux), on voit que nos deux amis écrivent ce qu’on perçoit comme un texte en arabe. « C’est du Dari, nous dit Hamed, une écriture qui se rapproche de l’arabe mais qui n’en est pas tellement », en tout cas pas dans son sens classique. Solene, la monteuse de l’émission, attend sagement auprès d’eux l’heure à laquelle nos deux compères vont pouvoir animer ce programme nommé Stalingrad Connection.

Stalingrad Connection Fréquence Paris plurielles
Fréquence Paris Plurielles, lieu de tous les débats radiophoniques. Crédits : Mounir Belhidaoui

« L’Emission faite par les migrants et pour les migrants à Paris », Stalingrad Connection a à peine un an. Née dans la foulée de Radio Debout, programme qui diffusait en direct les sessions nocturnes des assemblées de Nuit Debout, ce format de 30 minutes, diffusé le lundi et le jeudi, encourage les migrants à partager leur expérience de vie, donner des informations pratiques sur les lieux d’hébergement pour réfugiés, et des contacts de personnes pouvant aussi les informer de leurs droits, entre autres. Au menu de l’émission, « la culture afghane, d’hier à aujourd’hui ». En quatre épisodes d’une demi-heure chacune, le duo va conter les richesses de ce pays.

Entre quelques chansons traditionnelles, Ahmad affirme au micro que « l’Afghanistan s’est aussi fait connaître grâce à la qualité de sa poésie », citant « les proses de Ferdauci et Navoï », et vantant les « peintures de Behzad ». Pendant une demi-heure, on est captivé par un voyage initiatique et radiophonique, oubliant que les deux hommes en face de nous vivent dans des conditions difficiles dans cette capitale qui ne fait aucun cadeau, passant de refuges transitoires à des hébergements de fortune au gré du temps et des saisons.

La radio, un média puissant

L’émission finie, Hamed et Hassan sont satisfaits. Les micros éteints, chacun ayant parfaitement fait son travail de conteur et traducteur, Hamed se confie : « Je suis ravi de voir que la France est un pays qui est ouvert aux cultures d’autres pays, voisins comme plus lointains. L’Afghanistan, je l’ai quittée parce que je ressentais une intolérance des fondamentalistes, et incompréhension totale de l’Islam, religion de paix, qui transforme la foi en secte sur fond de violente idéologie ». Autant de raisons qui les ont poussés au départ.

Hamed et Hassan, animateurs d'un jour
Hamed (à gauche) et Hassan, animateurs d’un jour. Crédits photo : Mounir Belhidaoui

« Nous avons trois objectifs : le premier est de faire en sorte qu’il y ait un certain nombre d’informations pratiques pour les personnes migrantes : les lieux où dormir, où manger, comment faire une demande d’asile. Le deuxième objectif est de créer un lieu de témoignage sur la vie au quotidien de ces personnes migrantes. Le troisième est tout simplement de leur donner l’antenne afin que ce soit eux qui fassent l’émission d’A à Z », déclare Antoine, un des responsables de l’émission. Journaliste (nous parlons donc à un confrère), celui-ci veut « mettre son savoir-faire à disposition des migrants », convaincu que « la radio est un média puissant » : « Le rôle dans la société que peut avoir la radio est énorme, il ne faut pas négliger ça, l’intérêt d’une radio est de diffuser l’information rapidement, concernant Stalingrad Connection ça s’y prêtait particulièrement. »

Durant l’été, les membres de l’équipe doivent se retrouver pour préparer et peaufiner leur grille de rentrée. Même si l’émission n’a pas l’audience des grandes stations, elle est porteuse d’un bel espoir pour des réfugiés dont on entend les paroles avec intérêt, sans condescendance. Hamed et Hassan continueront-ils la belle aventure ? Le « mektoub » (« destin » en français) décidera.


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