Picasso Primitif : ce que doit le peintre aux arts ethniques

Photomontage de Jean Harold envoyé à Picasso par Jean Cocteau et légendé, au dos : « Picasso – Période nègre » - Crédits : RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris), Mathieu Rabeau

Le musée du quai Branly accueille depuis le 28 mars l’exposition Picasso Primitif. Plongée chronologique et comparative dans l’oeuvre du peintre, que l’on découvre grand promoteur des arts dits « primitifs ».

Une fresque chronologique dévoile les inspirations ethniques de Picasso – Crédits : musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Gautier Deblonde

Exposition universelle de 1900 – Paris : le jeune Pablo Picasso représente l’Espagne. Le pavillon du Soudan-Sénégal jouxte celui d’Andalousie, et on présage que le peintre de 19 ans y découvre pour la première fois des formes d’art traditionnelles, non-occidentales. C’est une des pistes de l’exposition Picasso Primitif, qui en deux parties nous emmène dans les influences ethnographiques du célèbre peintre espagnol.

Sous forme d’enquête à travers témoignages, indices, photographies etc., les murs du musée se font chronologie des rencontres et acquisitions de Pablo Picasso. Celui-ci découvre dans ses jeunes années parisiennes – en compagnie de Derain, Apollinaire, Matisse ou Gauguin, les formes, les couleurs, les lignes et l’approche du corps des arts venus d’Afrique et d’Océanie. Une influence que l’on perçoit dans la seconde partie, intitulée « Corps à corps », où ses oeuvres se confondent avec les masques, statues et autres totems.

« Je déteste l’exotisme »

Au long de l’exposition, Pablo Picasso passe peu à peu de jeune collectionneur fauché, à prêteur pour les grandes retrospectives d’art ancien de pays lointains. Ces oeuvres ne jouissent à l’époque que d’un intérêt ethnographique, que Picasso contribue à tourner en considérations esthétiques. Ainsi, on comprend comment les artistes modernes ont contribué à faire passer l’art dit « primitif » à l’époque, de curiosité sauvage à oeuvres à part entière.

La seconde partie de l’exposition permet de comparer des oeuvres de Picasso avec une sélection d’oeuvres non-occidentales – Crédits : musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Gautier Deblonde

Malgré l’à priori néocolonial, selon lequel des artistes européens ont sauvé ces cultures anciennes de l’oubli, on perçoit dans l’exposition comment l’art africain a orienté la création européenne, à une époque où elle était figée dans des certitudes classiques. Tout cela à coup d’acquisitions et contrebandes plus ou moins honnêtes (Picasso et Apollinaire sont une fois impliqués dans une histoire d’oeuvres volées… finalement restituées !).

Le peintre n’en reste pas moins un admirateur sincère des cultures lointaines, revendiquant un rejet d’une vision exotique chère à son époque. Ces mots, en début d’exposition, synthétisent sa pensée :

« Mes plus grandes émotions artistiques, je les ai ressenties lorsque m’apparut soudain la sublime beauté des sculptures exécutées par les artistes anonymes de l’Afrique. Ces ouvrages d’un religieux, passionné et rigoureusement logique, sont ce que l’imagination humaine a produit de plus puissant et de plus beau. Je me hâte d’ajouter que cependant, je déteste l’exotisme. »

Picasso/Apollinaire, Correspondances, Paris, Gallimard, 1992

Il vous reste 12 jours pour découvrir l’exposition Picasso Primitif au musée du quai Branly, à Paris.


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