La tentative de rapprochement ratée entre jeunes et policiers

© Rémi Yang

Rapprocher les jeunes de quartiers « difficiles » et la police ? C’est le pari lancé par Prox’Aventure, une association de policiers bénévoles. A travers un événement qu’ils organisent dans toute la France, le Raid Aventure, ils souhaitent apaiser les tensions dans un contexte électrique. A Argenteuil, leur intervention a laissé un goût mi-figue mi-raisin.

En ce mardi 7 juillet, le quartier d’Orgemont, à Argenteuil, est un véritable cagnard. Le Raid Aventure se déroule sous un soleil brûlant, le thermomètre accusant 32 gros degrés. Mais, à 11h, pourtant, cela n’empêche pas l’équipe de Prox’Aventure et les autres associations participantes d’installer le « village » dans la bonne humeur.

Quentin, le responsable comm’ de Prox’Aventure, revient sur les précédentes éditions de cette initiative. « Ça fait 3 ans qu’on a lancé l’événement. La première année, on n’avait pas attiré grand-monde. La seconde, c’était un peu mieux. Mais c’est surtout cette année que cela a explosé. » Des événements comme celui-ci, l’association en organise partout en France. « Ces policiers sont présents bénévolement, sur leurs jours de congés. Ils proviennent de tous les services de la police nationale (CSI, BAC, CRS, Police Secours etc.) »

Trois acteurs sont présents : les policiers bénévoles, la mairie – représentée par son service jeunesse, et d’autres assos ayant acceptées de prêter main forte. Parmi elles, EDUC. Pour Tous (EPT). Son président Hamza Bouaoud revient sur la manière dont ils ont été choisis pour animer l’atelier d’initiation à la boxe. « On a été sollicité par la mairie d’Argenteuil après avoir participé à un café débat organisé par la ville. Les valeurs véhiculées par EDUC. Pour Tous intéressaient Prox’Aventure. Et apparemment, l’atelier boxe du dernier Raid Aventure, qui s’est déroulé dans le quartier du Val Nord, était bof. Du coup, ils nous ont contactés pour qu’on s’occupe de celui d’aujourd’hui. »

Un peu méfiante vis-à-vis des intentions de l’événement, l’équipe d’EDUC. Pour Tous est rassurée par Fatima, arborant un polo flanqué du logo de la ville. « Ce sont de bons policiers », assure-t-elle. Cette employée du service jeunesse n’est pas étrangère à Hamza. D’ailleurs, il connaît pratiquement tout le staff déployé par la mairie. Et pour cause, il s’est engagé auprès du service jeunesse il y a près de 10 ans de ça. « On est là parce que ça créé du lien », justifie le boxeur.

Enfiler une combinaison de CRS n’est pas chose aisée © Rémi Yang

Une ambiance de kermesse dans « un quartier bizarre » 

Au centre du site du Raid Aventure se trouve un city stade de foot impeccable. Autour, on voit quelques immeubles barres à la peinture refaite. « C’est fou comme un coup de pinceau ça rend les choses plus agréables », note Ryan, d’EPT. Vu comme ça, on aurait du mal à croire que le quartier d’Orgemont est jugé ‘’difficile’’. Pourtant Fatima affirme que c’est « un quartier bizarre. C’est à l’intérieur du centre commercial que tout se passe ».

« C’est un quartier délaissé, enclavé et assez difficile d’accès », expose Hamza. D’où l’importance d’intervenir ici, selon lui. Pendant ce temps, Prox’Aventure installe ses stands. Un énorme mur d’escalade tout en verticalité, un ring de boxe et un laser game tous deux gonflables, des chapiteaux, et un barbecue qui fume un peu trop, le tout agrémenté de grands sourires. « Une ambiance de kermesse », décrit Maud, d’EPT.

Pour le stand de boxe, Prox’aventure a mis à disposition deux caisses de matériel. Une dizaine de paires de gants très usés, principalement. Heureusement, Hamza a pensé à ramener son propre équipement. Des gants pour enfants, une gourde et deux tabourets viennent agrandir la famille. Une fois le stand installé, l’équipe d’EPT se rend compte que l’espace qui leur a été attribué est en plein soleil, sans ombre. « Il va falloir faire attention à la chaleur », prévient Hamza. Premier couac de la journée : impossible de mettre la main sur une réserve de bouteilles d’eau, pourtant indispensable pour pratiquer une activité sportive en période de forte chaleur. L’équipe de Prox’aventure l’assure, une distribution d’eau sera effectuée dans la journée. Et même si des équipes de la Croix Rouge font quelques rondes pour s’assurer que tout va bien, Hamza reste un peu sceptique. Il s’éclipse une trentaine de minutes et revient avec deux packs d’eau, « au cas où ». Il faudra attendre 16 heures pour que la municipalité distribue un pack à chaque stand.

Les merguez sont cuites © Rémi Yang

La boxe polie

Les premiers intéressés pointent le bout de leur nez sous les coups de 13h. Hamza lâche sa pizza au saumon pour venir les accueillir. Dans le village, les premières activités commencent à se mettre en place. Au fond, Prox’aventure anime le laser game, et un atelier où les jeunes enfilent une combinaison de CRS et doivent faire un petit parcours en un minimum de temps. « Pour leur faire découvrir le métier de policier », explique un encadrant. Au centre, des filets de badminton ont été installés dans le city stade. A droite, le professeur de Viet Vo Dao (un art martial vietnamien, ndlr) rencontre un petit problème sur son installation. Le tapis sur lequel il devait faire ses démonstrations, exposé plein soleil durant quelques heures, est devenu bouillant. Tant pis, elles auront lieu sur la pelouse. A gauche, le mur d’escalade rencontre un franc succès. Les enfants s’y pressent pour grimper et descendre en rappel.

Des jeunes de l’Etablissement pour l’insertion dans l’emploi, arborant fièrement leur t-shirt rouge et noir, se dispersent un peu partout dans le village. Deux d’entre eux viennent proposer leur aide à EDUC. Pour Tous. « Vous pensez qu’on pourra utiliser le ring pour des assauts après ? » demande l’un. Visiblement fans de sport de combat, ils devront attendre leur tour. Une session a déjà commencé avec huit enfants, encadrés par Ryan et Hamza. Si l’initiation se passe dans la bonne humeur, ce n’était pas gagné. Lorsqu’ils sont arrivés au stand, les trois premiers n’ont pas dit bonjour. « Boxe s’il te plaît », ont-ils succinctement demandé à Hamza. Sans sortir de ses gonds, mais avec une autorité maîtrisée, il les recadre sèchement. « Dites bonjour d’abord ». Ils s’exécutent. Un quatrième larron arrive en driftant sur son vélo, avant de le poser en plein sur l’espace de pratique. C’est Ryan, cette fois ci, qui l’interpelle. « Range ton vélo ! » lance-t-il d’un ton énervé, avant de reprendre une attitude décontractée.

Hamza et Ryan encadrent leur premier groupe de la journée © Rémi Yang

Mais que fait la police ?

Après un petit échauffement, les premières soifs se font sentir. « Heureusement qu’on a acheté de l’eau », râle Laurence, un bras dans le plâtre. Avec sa gourde de pro, Hamza fait boire les boxeurs juniors et leur verse de l’eau sur la tête. « Les petits adorent ça, ils trouvent qu’on les traite comme des boxeurs pro », s’amuse-t-il. Puis ils enchaînent avec des exercices sur les pattes d’ours, et des petites oppositions. Au bout de 20 minutes, le premier groupe en a fini. Pas le temps de souffler, une dizaine d’autres enfants, dont la moyenne d’âge avoisine les 10 ans, vient de signer la feuille pour participer à la seconde session. Durant l’après-midi, au moins cinq groupes d’enfants se succéderont pour venir « jouer à la boxe ».

A la fin de la journée, un goût amer reste dans la bouche des bénévoles d’EPT. Le but de l’événement était le rapprochement entre police et jeunes. Si Hamza et son équipe s’attendaient à ce que les policiers bénévoles de Prox’Aventure viennent se mélanger aux jeunes au cours des différentes activités, ce n’a pas été le cas à l’atelier boxe. « On est déçu de ne pas avoir vu les policiers s’intégrer. Ils sont restés sur leur stand… » regrette Maud, qui s’attendait à voir des mises de gants entre policiers et jeunes. Un sentiment partagé par le président de l’association. « C’était une journée difficile, ça ne s’est pas vraiment passé comme prévu », reconnaît celui qui vient de passer plus de trois heures sous le soleil. « On a l’impression d’avoir sous-traité pour Prox’Aventure. A aucun moment de l’atelier, on aurait pu parler des problématiques liées aux relations police – jeunes. » regrette-t-il.


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