L’union fait la force, à condition d’être visible et entendu…

L'union fait la force, mais pour cela, il faut être visible et entendu ! C'est tout le but justement de cette nouvelle génération "d'Asiatiques de France". Crédit photo : Pixabay
L'union fait la force, mais pour cela, il faut être visible et entendu ! C'est tout le but justement de cette nouvelle génération "d'Asiatiques de France". Crédit photo : Pixabay

S’unir et être visible pour former une seule voix ? Pour s’exprimer publiquement ? Oui, mais pour cette communauté des « Asiatiques de France », l’objectif n’est pas seulement politique, il est aussi sociétal.

Une fois que l’on a défini son identité et que l’on est capable de revenir sur l’histoire de ses ancêtres, que reste-t-il à faire ? Peut-être former une voix au sein de la société française. Si les nouvelles technologies permettent de créer un dynamisme évident pour cette jeunesse dont les parents sont asiatiques ou d’origine, elles sont surtout un moyen d’échanger et de tenter de se rassembler. « Si ça reste un outil de communication, je pense que les associations sont plus intéressantes pour rencontrer des gens. Mais ces dernières sont encore gérées par les parents, et les enfants ne s’y investissent pas encore », explique Sun, journaliste en région parisienne.

Être visible…

Les associations permettent-elles encore d’agir auprès des jeunes ? De son côté, Quang s’investit au sein de plusieurs d’entre elles,  comme le Mouvement des citoyens français d’origine vietnamienne (MCFV) ou encore le Collectif des associations franco-vietnamiennes. Le jeune homme de 34 ans explique les projets en cours : du mentoring, la création d’un outil pour que la communauté puisse participer aux débats de société en France et d’un réseau d’entraide ouvert à tous. Il précise : « C’est une approche communautaire mais pas communautariste. Le but est de porter une voix. Je me souviens toujours de l’équipe de France ‘Black, Blanc, Beur’ lors de la Coupe du monde de 98. Et nous, on est où ? C’est un peu dommage. »

Il dénonce d’ailleurs le manque de diversité, par exemple, dans le monde politique, estimant « qu’on a une responsabilité. On dit que le système assimilationniste empêche de s’exprimer, mais en y réfléchissant, c’est une sorte de prison mentale. La France ne m’a jamais empêché de monter des associations ou de prendre des cours de langue. La génération de nos parents ne voulait déranger personne, mais on n’embête personne ! Outre la mixité, la France, c’est aussi une question de caste, dans la politique, le commerce… Il faut briser ça et être enfin visible. »

La culture est dans la place

Être visible… C’est tout l’enjeu pour cette génération qui n’hésite pas à développer cette visibilité à travers la culture. Récemment, le roman graphique Banana Girl de Kei Lam, a fait une sortie remarquée.

Et les médias n’échappent pas à cette tendance. Julie lance actuellement le magazine Koï, dédié aux cultures asiatiques. « Je veux mettre en avant les populations asiatiques qui vivent en France, aider les personnes à mieux connaître les cultures asiatiques, à les différencier et à pouvoir en jouir pleinement », explique-t-elle dans un café parisien. Et, bien sûr, pour la jeune femme, cela passe par la culture, même gastronomique. Exemple tout bête : les nems sont vietnamiens et non chinois. Misant sur le nouvel élan de cette communauté élargie, Julie espère mettre en avant des personnalités et des faits de société, arguant qu’il y a « toujours de nouvelles choses à raconter ».

Un processus dans lequel le web compte. Il y a dix ans, Quang lançait, avec d’autres Français d’origine vietnamienne, Les cahiers du Nem, en hommage aux Cahiers du cinéma. Le site publie des articles sur la culture vietnamienne et plus largement asiatique, avec une spécificité : « On a mis exprès des Người Pháp gốc Việt, qui signifie littéralement ‘Français d’origine vietnamienne’. On essaie d’avoir un regard franco-vietnamien. D’ailleurs, le site est ouvert à tous. On n’a pas besoin d’être Asiatique pour écrire sur l’Asie. »

Le rôle du web

Dans cette optique, le web y tient une place de choix avec les blogs ou encore la vidéo. Comme nous avons pu le voir dans les articles précédents, des personnes comme Grace ou Mia utilisent le blog (La petite Banane), le documentaire (Riz cantonais) ou encore le format de la web-série (Ça reste entre nous) pour atteindre le plus grand nombre, et pas forcément un public exclusivement asiatique. Au contraire ! « Il faut aussi échanger avec la France. Ça m’a amené à produire des petites vidéos que j’aurais peut-être voulu voir quand j’étais petite », raconte Grace.

En tout cas, le pari est plutôt gagnant. Rien que cette année, on peut citer deux vidéos qui ont bien marché. La première est celle de Linh-Lan. Journaliste chez Franceinfo, la jeune femme casse les clichés sur les Asiatiques avec humour. La vidéo a été visionnée plus de deux millions de fois ! Une surprise pour son auteure, mais « cette vidéo reflète une réalité qui n’est pas isolée. Peut-être qu’on rit plus facilement des Asiatiques que des autres, je ne sais pas. Cependant, vous pouvez rire à une blague, mais peut-être pas à cette même blague tous les jours sur toute une vie. Ce fut un vrai bonheur de voir que cette vidéo pouvait avoir un impact », ajoute la jeune femme de 29 ans.

Ne me dites plus jamais "tching tchong" !

Les clichés, ça peut être mortel. Notre journaliste Linh-Lan Dao vous montre qu'ils ont encore la dent dure.

Posted by franceinfo vidéo on Donnerstag, 5. Januar 2017

La seconde réunit des personnalités telles que l’acteur Frederic Chau, le journaliste Raphäl Yem ou encore la chanteuse Angun pour revendiquer leur place de Français à part entière. Un clip inspiré d’une initiative américaine pour inciter à voter, réalisé par Hélène. Dans la version française, pas de revendication politique mais l’image d’une véritable union.

Enfin, il y a eu ce coup de gueule passé par Anthony, rédacteur en chef de Clique.tv, dont la mise en avant de ses origines asiatiques est rare dans le cadre de son travail. Ce dernier a créé le buzz avec un édito pour le moins piquant consacré au sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams, diffusé sur M6, en novembre 2016.

« Ce papier que vous évoquez, c’était le premier que je signais avec mon nom. Et je l’ai fait parce qu’il fallait comprendre pourquoi je me sentais concerné », se souvient-il des mois après. D’origine vietnamo-grecque, cet homme de 37 ans reconnaît que cet épisode lui a « permis ensuite de rencontrer plein de gens derrière et continuer mon cheminement personnel ». Un déclic comme l’ont connu Hélène ou encore Mia, toutes deux aussi « métisses ». Pour autant, leur légitimité est toute aussi valide pour aborder le sujet. D’après Anthony,  « la question n’est pas de savoir qui est plus asiatique que l’autre, mais de voir ce que nous avons en commun. Quand on discute, on se rend compte que les problèmes se recoupent. Même si je ne parle pas vietnamien et qu’apparemment, aujourd’hui, je ressemble plus à un Latino qu’un Asiat’… »

La nouvelle communauté pour lier passé, présent et futur

Une telle prise de parole ne pouvait mener qu’à une chose : un réveil collectif de ces jeunes. « Un jour, lors d’une projection, j’ai entendu un homme dire que la communauté asiatique était entrée dans sa phase adulte. Quand elle est enfant, elle est timide et n’ose pas trop s’exprimer. Quand elle est adolescente, elle est un peu plus rebelle et dans le rejet. Et une fois adulte, elle assume pleinement qui elle est. J’ai l’impression que ces jeunes en sont un peu les représentants », résume très bien Linh-Lan.

En effet, depuis un an, la parole se libère et des mobilisations contre le racisme anti-asiatique en France (suite à la mort de Chaolin Zhang, en août 2016 par exemple) s’organisent. « On arrive à des deuxième, troisième et quatrième générations où des gens entre 25 et 35 ans ont grandi, certes, dans une culture asiatique, mais avec une culture européenne et les moyens de communication modernes. Ils sont beaucoup moins complexés pour prendre la parole et ont vu les mobilisations d’autres communautés en France et à l’étranger. Ils vont dans la rue, prennent la parole dans les médias, vont sur les réseaux sociaux, prennent des initiatives et j’ai l’impression que ça se multiplie », estime Anthony, espérant que cet essor va s’inscrire dans la durée. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande quel serait le futur idéal pour cette nouvelle génération, il répond instinctivement : « Ce serait que tout soit normal, qu’elle soit considérée comme les autres, qu’on regarde derrière en se disant : ‘’C’était bizarre avant !’’ »

Au final, cette nouvelle génération chercherait-elle à redonner confiance à ses aînées tout en se construisant sa propre identité ? « S’il y a une chose que je retiens avec l’expérience de ce clip, c’est que le côté ‘les Asiatiques sont des immigrés modèles’ est inacceptable. Ce qu’on adorait chez eux, c’est qu’on ne les entendait pas. Ça revient à dire qu’un bon  immigré est un immigré que l’on ne voit pas et qui ferme sa gueule. Mais le côté silencieux est quelque chose qui me semble terminé », analyse Hélène. De son côté, Mia voit dans l’action de sa génération « une forme de réparation de quelque chose, même si ce n’est peut-être pas le bon terme. C’est important aussi de garder des liens. Beaucoup n’ont pas grandi au milieu d’Asiatiques. C’est important de pouvoir se rassembler et cultiver ce lien aussi pour nos enfants. »


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