Le Refugee Food Festival ouvre les cuisines de restos à des réfugiés

Refugee Food Festival
Crédits : Héloïse Leussier

Le Refugee Food Festival a invité des réfugiés à prendre place en cuisine dans plusieurs restaurants en Europe durant le mois de juin. Nous avons participé à l’une de ces soirées.

Lundi 19 juin, fin d’après-midi, derrière le comptoir du bar-resto Inaro, à Paris, Johan, cofondateur du lieu et Nabil Attar, concentrés mais souriants, s’activent pour terminer un plateau de boules de riz, légumes et viande enrobés dans de la pâte, appelées Ouzis. Au fond de la pièce, en cuisine, la femme de Nabil, Sousana, peaufine une série de tartares syriens, en compagnie du cuisinier du restaurant. L’ambiance est chaleureuse et sereine. Les premiers clients qui ont réservé ce dîner n’arriveront pas avant 19h. Des clients qui sont d’ailleurs bien chanceux, « j’ai dû refuser près de 200 clients », confie Johan. Le Refugee Food Festival serait-il victime de son succès ? Le principe de cet événement, dont la 2e édition s’est déroulé en juin 2017 dans plusieurs villes d’Europe, est de proposer à des personnes réfugiées de devenir « chef » le temps d’une ou plusieurs soirées dans un restaurant, pour booster leur carrière. Visiblement, le concept attire.

Aux fourneaux ! L’équipe se prépare à recevoir ses premiers clients. Crédit photo : Héloïse Leussier

Après avoir fini son dernier Ouzi, Nabil Attar prend le temps de s’asseoir pour raconter son parcours, avant le début du service. « Je suis originaire de Damas. Nous sommes arrivés en France fin novembre 2015 avec ma famille. Avant, je travaillais dans l’univers de la banque, j’étais spécialisé dans les moyens de paiement électroniques, mais la cuisine a toujours été ma passion, depuis mon enfance », raconte le réfugié de 40 ans, dans un français presque parfait. Il a entendu parler du festival via les réseaux sociaux et cela lui a donné envie d’y participer. « Dès que j’ai eu mon statut de réfugié, fin juin 2016, j’ai cherché à travailler. Je fais actuellement de la numérisation technique pour une société de location de véhicules mais je continue à chercher d’autres opportunités. Nous vivons à Fleury-les-Aubray, près d’Orléans. Nous aimons beaucoup. Aujourd’hui, je considère que la France est mon pays, je veux m’intégrer ». Nabil se verrait bien, un jour pourquoi pas, ouvrir un petit restaurant ou devenir traiteur.

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Le « message universel » de la cuisine

À l’origine du festival, Louis Martin et Marine Mandrila. Ce sont deux citoyens voyageurs qui parcourent les quatre coins du monde pour aller manger chez les habitants, et réalisent des documentaires pour la chaîne Planet+. Touchés par l’arrivée massive de migrants en 2015, ils ont eu l’idée de ce festival, convaincu que « la cuisine est à la fois un pouvoir universel et singulier, qui peut faire passer pas mal de messages », explique Louis Martin. Ils ont organisé la première édition du Refugee Food Festival à Paris en juin 2016, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Forts de leur premier succès, ils ont déployé le concept dans d’autres villes d’Europe, et mis en place un kit méthodologique qui permet à chaque citoyen d’organiser le festival dans sa ville. « Les débouchés pour les réfugiés sont différents selon les profils et les envies, mais comme la restauration fonctionne beaucoup sur le bouche à oreille, ils sont souvent recontactés si la collaboration se passe bien », explique Louis Martin.

Charcuteries et fromages « maison » préparés par Nabil. Crédit photo : Héloïse Leussier

Ce soir-là, Nabil Attar a préparé un menu entièrement maison, avec ses propres charcuteries et fromage, différents mezzés et les fameux Ouzi, sans oublier les pâtisseries en dessert. Tout est servi sur des plateaux à partager, car c’est l’état d’esprit chez Inaro, dont le slogan est « boire, savourer, refaire le monde ». « Nous avions déjà participé à l’édition précédente l’an dernier, avec une chef Tchéchène », explique Johan. « Pour nous, cela permet de faire découvrir de nouveaux goûts, tout en offrant une autre vision du réfugié. Ce n’est pas un objet publicitaire. On avance ensemble. Un jour, je pourrais être amené à faire appel à Nabil », affirme-t-il. Les chefs réfugiés qui participent au festival sont d’ailleurs évidemment rémunérés. Une partie des bénéfices est par ailleurs reversée à des associations locales.

Et pour finir, les délicieuses pâtisseries ! Crédit photo : Héloïse Leussier

Dans la salle, les clients, habitués du festival ou nouveaux curieux, se régalent. Susanna et les employés d’Inaro font passer les plats au milieu des visages satisfaits et des verres qui trinquent. Les plats sont tout aussi bons les uns que les autres. On croit avoir assez mangé quand les desserts (Halawer El Jeben et Warbatt à la pistache) arrivent sur la table et nous font réaliser qu’on a encore un peu de place pour quelques douceurs. « Être dans un restaurant, voir les sourires sur les visages des clients qui ont goûté les plats que je fais, c’est ce que je préfère », affirme Nabil. La soirée touche presque à sa fin. Il est le temps de trinquer avec l’équipe d’Inaro et du festival, et faire une photo souvenir. Dans le restaurant, les clients se sont mis naturellement à l’applaudir. Est-ce la cuisine ou l’initiative qui a autant enthousiasmé la salle ? Probablement les deux.

Photo de groupe. Crédit photo : Héloïse Leussier

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