Mais que se passe-t-il au Venezuela ?

27 octobre 2016, manifestation à Caracas, capitale du Venezuala. Les nombreuses manifestations de ces dernières années sont un des éléments qui expliquent la crise que traverse actuellement le pays. Crédit photo : Eneas De Troya / Flickr
27 octobre 2016, manifestation à Caracas, capitale du Venezuala. Crédit photo : Eneas De Troya / Flickr

Depuis plusieurs semaines, le Venezuela s’enfonce dans une crise d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Mais comment en est-on arrivé là ?

En six semaines, 38 personnes sont mortes lors des manifestations qui secouent le Venezuela. Si hier, les ministres européens des Affaires étrangères appelaient toutes les parties impliquées dans la crise d’éviter « de recourir à la violence », difficile de savoir ce qu’il se passe exactement au pays du président Nicolás Maduro. Iker, jeune Vénézuélien de 28 ans, revient sur les problèmes de son pays.

La dureté de la vie quotidienne

« Je suis parti du Venezuela, il y a quasiment un an, pour m’installer à Madrid. Pourquoi ? La première raison, c’est qu’en tant que jeune, je ne voyais pas de futur. J’ai aussi une nationalité européenne donc c’est plus facile pour moi. Au Venezuela, c’est devenu impossible de vivre décemment. La monnaie nationale, le bolivar, ne vaut plus rien face au dollar. Les gens s’appauvrissent de plus en plus. Si tu veux échanger un dollar, ça équivaut à 4 000 bolivars au marché noir, il n’y a que là où l’on n’en trouve d’ailleurs. Impossible d’acheter une voiture, ou un appartement avec un salaire basique. Il est devenu quasi impossible de se soigner correctement non plus, même pour une migraine.

Une autre raison de quitter le pays, c’est l’insécurité. C’est triste. Si tu veux fumer une cigarette dans ta voiture, tu ne vas même pas ouvrir ta fenêtre de peur d’être volé. Et pas comme à Madrid, où on peut te faire les poches mais tu ne sens rien. Non. Au Venezuela, c’est un mec avec une arme à feu. »

Quelles sont les sources de la crise ?

« Le Venezuela a été marqué par des manifestations depuis environ 2002 (des affrontements avaient eu lieu le 11 avril 2002, quelques jours après le déclenchement d’une grève générale, ndlr). C’était contre une modification de la Constitution. Beaucoup de gens sont allés dans la rue. Hugo Chavez (ex-Président du pays, mort en 2003, ndlr) était déjà responsable de morts. J’étais encore un enfant à cette époque, et je me souviens y être allé avec ma famille.

Or, depuis le début de ces folles révolutions, le gouvernement a armé des personnes à leur service. Comme une petite armée. Il n’y a aucun recours contre eux puisqu’ils contrôlent la police.

Entre 2006 et 2007, je me suis encore retrouvé dans des manifestations. Les gens ne croyaient plus aux élections, surtout quand Hugo Chavez réussit à faire croire à l’opinion internationale que le Venezuela est le pays le plus démocratique du monde. Ça pourrait l’être mais le gouvernement contrôlait déjà tout.

En 2014, il y a eu les élections législatives. Tout le monde a massivement participé, et le pouvoir a perdu la majorité absolue. Mais le gouvernement a annoncé qu’en Amazonie, l’opposition avait fraudé pour gagner. Leurs trois députés ont donc été retirés et fait donc perdre la majorité absolue à l’opposition. Les parlementaires ont protesté et les gens sont retournés dans la rue pour manifester. Il y a eu des morts et pour le gouvernement, c’était la faute de l’opposition. C’est pour ça que l’opposant Leopoldo Lopez a été mis en prison. Il a seulement dit qu’il fallait manifester face à ce système. Depuis, le gouvernement a tout mis en œuvre pour couper le pouvoir à l’Assemblée. »

Pourquoi les Vénézuéliens manifestent-ils depuis plusieurs semaines ?

« En octobre 2016, la cour suprême de Justice a décidé que le président Maduro pourrait présenter son discours économique devant elle et non pas devant l’Assemblée, ce qui est normalement le cas, et donc anticonstitutionnel. Pourtant, c’est ce qu’a fait Maduro à la fin du droit de mars. L’Assemblée a protesté, les gens sont retournés dans la rue.

L’autre raison est aussi la privation des droits politiques d’Henrique Capriles Radonski, l’un des leaders de l’opposition, qui était notamment gouverneur de l’Etat de Miranda. Ces attaques contre la démocratie, la pauvreté et la dureté de la vie, ne font que fatiguer les gens un peu plus. La cour suprême voudrait prendre maintenant la plupart des décisions de l’assemblée parce que ces derniers étaient en grève. Imagine que les députés, élus par le peuple, et que le gouvernement dise que les voix du peuple ne sont pas prises en compte. Les gens sont retournés dans la rue et les confrontations ont commencé. Pourquoi ça s’est envenimé ? Parce que les gens sont fatigués. Ils ont faim. Ils sont désespérés. »

Pourquoi y-a-t-il des violences au Venezuela ?

« Il n’y aucun moyen de lutter contre eux de manière pacifique au final. L’église a essayé de négocier entre les deux parties, mais ça ne fait que donner du temps à Maduro. Le dialogue a été tenté également en 2014 entre l’opposition et le gouvernement, puis en 2016. Il ne veut pas perdre le pouvoir et l’opposition est fatiguée de se battre sans cesse face à eux. Le Venezuela a besoin d’avancer maintenant !

L’opposition veut la libération des prisonniers politiques. Certains sont enfermés depuis dans années sans procès parce qu’il n’y a aucune charge véritable qui pèse contre eux. Et bien sûr, cela a été refusé. Ils ne pouvaient pas aller dans de vraies négociations dans ces conditions.

Ils ont activé le plan Zamora. C’est un moyen de réprimer les manifestants, avec le recours à l’armée, la police et les forces de sécurité intérieure. Par exemple, en 2007, j’avais manifesté. J’avais 18 ans et j’ai vu un hélicoptère venir vers nous, comme dans le film Platoon, tiré du gaz sur les gens. Ils ne pouvaient pas respirer. Ils paniquaient. C’était effrayant. Maintenant, ils sont encore plus violents.

Si tu veux disperser la foule, tu tires en l’air. Là, non, des gens sont blessés. Ils disent que les manifestants sont des terroristes ! La violence est dure, vraiment. Il y a des jeunes qui vont aux manifestations parce qu’ils sont fatigués de n’avoir connu qu’un pays en détresse. Ils envoient des excréments à la police en guise d’armes. C’est une autre réalité ! En face, ils ont des vraies armes, des tanks, des bombes… Le gouvernement continue de pousser le peuple à ses limites. Maduro souhaite changer la constitution, c’est un coup d’état en soi ! »

Et la couverture internationale dans tout ça ?

« Le gouvernement contrôle tous les médias, et il est très difficile pour les médias internationaux de couvrir ce qui se passe. On ne donne pas de visas aux journalistes et ils sont expulsés du pays. Les gens répliquent comme ils peuvent. Ils essaient de continuer à informer sur les réseaux sociaux ! Donc la couverture médiatique est très limitée. »

Que pensent les Vénézuéliens aujourd’hui ?

« Une des bonnes choses que Hugo Chavez a fait, c’est de construire une belle opinion internationale sur lui. Des gens croient encore qu’il était extraordinaire. Mais Maduro est au pouvoir à cause de lui. Le pays s’est enrichis grâce à Chavez, le pétrole, le gouvernement avait de l’argent mais ils l’ont gardé pour eux et n’en n’ont pas fait profiter le peuple.

Les gens sont en colère mais ils ont de l’espoir. Pour la première fois, l’est et l’ouest de Caracas sont unis. L’ouest est plus pauvre et l’est, même s’il y a une des plus grosses favelas du monde, reste une partie de la ville plus riche. La conscience internationale commence à être plus importante ces derniers mois. Je ne sais pas comment ça va se finir. Personnellement, depuis des années, j’ai toujours eu beaucoup d’espoir que les choses pouvaient changer mais j’ai l’impression que ça s’est toujours empiré. Pourtant, je continue à penser que ça peut évoluer de manière positive pour nous. »


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