Les étudiants et la pauvreté, le combat d’Agoraé

Alexandre, jeune étudiant en informatique, nous présente Agoraé. Crédits : Mounir Belhidaoui
Alexandre, jeune étudiant en informatique, nous présente Agoraé. Crédits : Mounir Belhidaoui

Cette épicerie solidaire vient en aide aux étudiants français et étrangers en leur fournissant de l’aide alimentaire, mais aussi un soutien quotidien. Avec, en ligne de mire, le combat récurrent contre la pauvreté des étudiants.

Dans le très vaste ensemble jalonnant la Bibliothèque François Mitterrand, à Paris, on a tendance à se perdre avant de retrouver les bâtiments étudiants de l’Université Paris-Diderot. Pour retrouver le local abritant les activités d’Agoraé, une épicerie solidaire pour étudiants en grande précarité, il faut descendre un escalier dont les murs sont joliment ornés de dessins de street-art aux couleurs vives.

Imaginée et créée par la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes, l’un des plus puissants réseaux étudiants en France), des fondations d’entreprises et de banques en 2011, Agoraé   veut venir en aide à des étudiants qui n’arrivent tout simplement plus à joindre les deux bouts. Selon diverses enquêtes menées conjointement par le réseau Agoraé, la FAGE et l’AGEP (Association générale des étudiants de Paris), ce ne serait pas moins de 15 % des étudiants parisiens qui ont déclaré ne pas pouvoir manger à leur faim, et 3 % qui ont affirmé avoir déjà eu recours à l’aide alimentaire. Une statistique plutôt préoccupante quand on sait qu’il faut en général près de 1 000 euros mensuels pour qu’un étudiant vive décemment à Paris. Alexandre, le service civique de l’AGEP de permanence à Agoraé, le sait pertinemment.

L’aide sans honte

Sourire aux lèvres, le ton n’en est pas moins empreint de gravité, quand cet élève en informatique nous confie que « mois après mois, il y a de plus en plus de demandes », révélateur selon lui d’une situation économique intenable pour nombre d’étudiants, avec les conséquences psychologiques que cela engendre. « Mais le fait que nous ayons de plus en plus de demandes signifie aussi que les étudiants ont de moins en moins honte à venir nous voir. Ils savent que la pauvreté des étudiants est un problème connu en France, et ce depuis de longues années », affirme Alexandre. Les étudiants bénéficiaires du réseau Agoraé sont choisis en fonction de leur statut et de leur situation. Même s’il est très complexe de s’occuper de tous les étudiants pauvres de Paris, l’Agora fait néanmoins son maximum. « Nous essayons, après sélection sur dossier, de créer un lien de confiance avec eux », nous confie Alexandre. Après examen et sélection, l’étudiant va pouvoir bénéficier de prix abattus à 90 % de leur valeur en supermarché.

Agoraé Epicerie
Du pain de mie, des pâtes, de la confiture… On trouve de tout chez Agoraé ! Crédit photo : Mounir Belhidaoui

Les bénévoles d’Agoraé constatent que la précarité étudiante touche des Français, mais que le problème concerne aussi, et peut-être surtout, les étudiants étrangers qui n’ont droit à aucune aide de l’Etat. « Les étudiants étrangers ont énormément de mal à avoir des aides, ils n’ont très souvent pas le droit aux bourses du CROUS. Ils se retrouvent dans des situations où ils sont dans des logements insalubres avec presque rien en poche ». Alexandre nous raconte une histoire « qui l’a beaucoup touché » : « Deux jeunes gens venus en France pour faire leurs études se partageaient leur déjeuner au restaurant du CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaire, ndlr) car ils n’avaient pas assez pour s’en payer un à chacun, n’ayant que 3 euros en poche. L’Agoraé a décidé de les prendre en charge, et avec trois euros ils ont désormais plus d’une semaine de courses à leur disposition », se félicite Alexandre.

Les étudiants étrangers isolés

Le message du jeune service civique présent devant nous ressemble (mais aurait-il pu en être autrement ?) à celui véhiculé par le réseau des Agoraé, de la FAGE et de l’AGEP : apporter plus de stabilité économique à des étudiants de plus en plus en galère financière, mais aussi considérer un peu plus les étudiants étrangers qui, comme Alexandre nous le rappelle, sont mis au ban de la société. « On le constate tous les jours chez nombre d’étudiants, victimes de criantes inégalités dues à leurs origines », déplore Alexandre.

Agoraé détente
Cette épicerie au secours des étudiants de galère a aussi un espace pour les mélomanes. Crédit photo : Mounir Belhidaoui

L’action d’Agoraé a été soutenue l’année dernière par La France s’engage, le programme soutenant les projets solidaires et innovants voulu par le futur ex-Président de la République, François Hollande. Une aide dont l’application fut pour le moins directe : Agora a pu s’implanter dans plus de 10 villes, dont Nice, Strasbourg, Lille, Caen et Reims, pour plus de 3 000 étudiants pris en charge. Posté près du piano, qui a pour effet de dédramatiser une situation de pauvreté vécue tristement par nombre d’étudiants, Alexandre nous l’assure, le « combat contre la précarité est un combat de tous les instants qu’Agoraé compte bien gagner ».


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