Présidentielle 2017 : sommes-nous devenus des merdias ?

Les internautes se sont pas mal moqués de l'effacement des journalistes Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq au débat du 3 mai. Est-ce la parfaite illustration de la crise du journalisme en 2017, et les cafouillages de cette campagne ? Sommes-nous devenus des "merdias" ? DR
Les internautes se sont pas mal moqués de l'effacement des journalistes Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq au débat du 3 mai. DR

HUMEUR – Une présidentielle décevante pour la majorité des Français et un carton rouge pour une grande partie des médias. 2017 sera-t-elle l’année du renouveau ou sommes-nous vraiment devenus des merdias ?

Les gens ne le savent pas peut-être pas, mais les journalistes – dans leur très grande majorité – sont très fiers de faire ce métier, et galèrent pour arriver à en vivre décemment. Malheureusement, à l’ère des fake news et des mots doux tels que « merdias » et « journalopes », cette réalité-là est rapidement occultée.

Une autre raison pour baisser encore un peu plus la tête : la présidentielle française de 2017. Vous le savez certainement (ou pas), mais les réseaux sociaux sont un des terrains de jeu préférés des médias. Échanges de nouvelles, débats (animés), humour, coups de gueule… Tout y passe ! Ces derniers mois, et surtout ces deux dernières semaines, l’ambiance y est plus que morose (d’ailleurs, tous les journalistes n’ont pas décidé dès le début de faire campagne pour le président nouvellement élu, Emmanuel Macron).

Allô docteur, je mélange mes couleurs !

Les médias français ont eu bien des problèmes lors de cette présidentielle, et pas seulement parce qu’on a parlé un peu trop vite de l’issue du premier tour et des candidats finalistes (coucou François Hollande, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, entre autres).

Il semblerait qu’on ait un souci avec le sens des définitions, notamment sur la couleur politique. Il est gravissime qu’en 2017, des chaînes d’information, ou les deux plus grandes émissions de politique à la télé, continuent à faire un parallèle (ultra gênant) entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite. Leurs valeurs ne sont pas les mêmes, ce qui en change très grandement la vision globale d’un programme. En cela, l’agacement perpétuel de Jean-Luc Mélenchon sur les plateaux de télévision semble plutôt légitime !

Autre exemple … Le 9 mars 2017, Benoît Hamon se trouve invité à L’Émission politique de France 2, présenté par David Pujadas. Petit élément, ô combien gênant : le célèbre présentateur du JT avance qu’Emmanuel Macron serait un représentant de la gauche. Depuis quand le candidat du parti « En Marche » se revendique-t-il lui-même de gauche ? Compliqué d’avoir un débat serein avec des qualificatifs aussi flous.

La folie des affaires

On a aussi défini cette campagne comme celle des affaires. Les candidats mis en cause : Marine Le Pen, qui a d’ailleurs refusé de se présenter à la justice, et François Fillon, pour emplois fictifs. S’en est suivi le fameux scandale des costumes… Les supporters du malheureux candidat des Républicains ont crié à l’acharnement. Mais il est normal que les médias couvrent cette actualité. Par contre, peut-être pas au point d’en éclipser les vrais sujets qu’attendent les Français. Bien que grande fan de la fraîcheur amenée par « Quotidien », l’émission de Yann Barthès sur TMC, une séquence reste en travers de la gorge.

Début mars, François Fillon rentre d’un meeting en « province ». En pleine tempête médiatique, le voilà qui arrive à Gare de Lyon, seul, et rentre chez lui, toujours seul. Une caméra ne le lâche pas, pendant quelques minutes, pour ne montrer qu’une seule chose : la solitude totale du candidat. Avec le recul, pas certaine que cette information soit essentielle. Elle est plus humiliante qu’informative. Et illustre peut-être un peu d’acharnement.

« Comment se fait-il qu’en 2017, on ne trouve rien de mieux que de commenter tous les jours un nouveau sondage ? »

Cette question d’acharnement, elle est aussi subie par les Français. Comment se fait-il qu’en 2017, on ne trouve rien de mieux que de commenter tous les jours un nouveau sondage ? L’élection présidentielle est censée être un moment de réflexion et de débat, pas une course au meilleur chiffre. Cette obsession ne dessert-elle pas autant les politiques que les journalistes ? A l’heure où l’on remet en cause nos échanges démocratiques, il serait temps de s’en apercevoir.

Le recul et l’expertise restent essentiels, bien que compliqué pour les journalistes. Les conditions de travail, surtout dans les médias quotidiens, sont toujours autant à flux tendu. Il faut envoyer, vite et bien. Donner aussi du croustillant. A quel prix ? Apparemment au point de rester en surface. Ne pas être capable de rebondir, couper ou relancer des invités est aussi très problématique. Cela dessert les journalistes face au public, et cela n’aide pas vraiment à rehausser la qualité d’information.

Il est impossible d’être spécialisé sur tous les sujets, alors pourquoi ne pas faire interroger les candidats par plus d’experts sur les questions abordées comme le terrorisme, les relations internationales, l’école ?

Une précision néanmoins : il existe bien des initiatives de fact fecking, notamment lors des débats. On peut citer Les Décodeurs du Monde, Désintox de Libération ou encore le partenariat entre L’Imprévu et France 2. Mais les journalistes doivent arriver à se repositionner correctement dans le débat démocratique, c’est comme ça que l’on arrivera aussi à retrouver une place auprès de la population. Histoire que l’on ne finisse pas à terme comme cette triste image de la présidentielle : le mutisme de Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq au débat du 3 mai.

PS : Peut-être que la Commission nationale de contrôle de la campagne présidentielle et les médias devraient également entamer une réflexion sur une vraie procédure à suivre en cas de nouveau « Macron Leaks »… Parce que là, c’était quand même du délire !

PS bis : La solidarité entre les médias, c’est beau ! Bravo aux Libération, Le Monde, L’Humanité et les autres d’avoir refusé de suivre un parti qui a refusé l’entrée à de nombreux journalistes. Par contre, dommage de ne pas avoir vraiment entendu parler de l’affaire, lors des directs hier soir…


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4 commentaires

  • LA PRESSE A ÉTÉ DÉGUEULASSE AVEC JLM , JEAN LUC MELENCHON , le traite de tout les noms et surtout de dire que augmenter le SMIC a 1700 eur c est pas possible etc

  • Je pense certainement qu’il y a des merdias . Mais quand des jour (l’obs, en l’occurence ,met comme article ( vu dans une revue de presse , entre les deux tours )  » melanchon n’a pas ce c…….  » , car il ne veut pas trancher ( ou quelque chose de similaire ) , je trouve cette attitude tres méprisante .
    Je sais qu’il y a beaucoup de journalistes qui galèrent ( j’en ai connu une dans les années 90 qui bossait à libé : journal au combien machiste et méprisant -d’apres ses dires- ), mais il faudrait qu’ils se fassent connaitre . Ceux qui signent les éditoriaux et ceux qui « informent ? » sur les chaines de télé , sont arrogants , méprisants , insultants et parfois incultes : je crois pas que ceux -ci « galèrent ,( sauf pour avoir un verre de champagne dans un coktail ) .
    Voila le fond de ma pensée et je met toujours la liberté d’expression avant la liberté de la presse ( arrogé par un petit groupe qui ne partage pas ).
    JF

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