Philippe Pascot, l’homme qui titille (beaucoup) les élus corrompus

Dans Pilleurs d'Etats, tome 1 et 2, Philippe Pascot révèle les dérives des élus français...
Philippe Pascot met un carton rouge aux parlementaires ! Capture d'écran Youtube

Philippe Pascot est, comme beaucoup de personnes pourraient le définir, une « grande gueule ». Bon vivant et direct, l’auteur de Pilleurs d’État s’est fait plus d’un ennemi avec son franc-parler et ses révélations sur les abus des parlementaires. Il nous raconte ses combats.

« J’avais encore quelques trucs à dire et ça m’énervait de ne pas le faire juste avant les élections. Je voulais laisser la possibilité aux gens de voter intelligemment. » Nous sommes en avril. Attablé dans un bistrot, au Sud de Paris, Philippe Pascot revient sur la saga Pilleurs d’État, dont le dernier tome, intitulé Allez (presque tous) vous faire…, est sorti en mars 2017. Les deux livres rencontrent le succès en librairie. D’après le principal intéressé, chapeau vissé sur la tête et écharpe blanche sur les épaules, le dernier s’est vendu à 120 000 exemplaires.

Alors concrètement, Pilleurs d’État, c’est quoi ? Des faits et encore des faits, peu reluisants, qui illustrent la corruption de nos parlementaires. En même temps, il faut avouer que Philippe Pascot les connaît bien, ces vieux briscards de la politique ! Ex-adjoint de Manuel Valls à la mairie d’Évry, il a aussi été conseiller régional d’Île-de-France, président de la commission formation professionnelle et apprentissage de la même région, et de la fédération PRG de l’Essonne.

« 80% de mes informations sont en milieu ouvert. Non, 85% »

Autour d’un petit verre de vin et d’un plat du jour, la conversation s’installe, passant d’un sujet à l’autre. La première question qui traverse l’esprit d’un lecteur de Pilleurs d’État, c’est celle des sources. Comment travaille-t-il ? « 80% de mes informations sont en milieu ouvert. Non, 85%. Donc si je peux, toi, tu peux. Après, il faut savoir chercher sous le tapis. Dès qu’il y a un texte de loi qui sort, je le lis jusqu’au bout. Et c’est là que je m’aperçois qu’il y a des choses bizarres. » Et ça concerne tout et n’importe quoi ! La question du paiement en liquide, l’équité (et non l’égalité) du temps de parole dans les médias, la gestion des autoroutes, la fraude…

Peu importe la couleur politique, l’auteur n’épargne personne. Une démarche qui peut faire évoluer les choses dans le bon sens. « La preuve : j’ai gagné sur les casiers judiciaires vierges. Quand j’ai posé cette question, en 2014, personne n’y croyait. Aujourd’hui, ils ont voté, à l’unanimité, le casier judiciaire vierge de tous les partis politiques. Ils ne peuvent pas retirer la loi », assure-t-il.

Militant contre la corruption des élus, Philippe Pascot a ainsi tenté d’imposer cette thématique auprès des candidats à la présidentielle cette année. Avec plus ou moins de succès : certains ont repris son argumentaire comme Benoît Hamon et Nicolas Dupont-Aignan, et pas de manière élégante. D’autres ont voulu le manipuler un peu, comme l’équipe de Jean-Luc Mélenchon, d’après l’homme au chapeau. Certains ont été très corrects et courtois, comme François Asselineau, même si ses partisans, eux, l’ont moins été. Et d’autres n’ont pas souhaité le suivre comme Nathalie Arthaud qui dénonce une « mesure capitaliste »… Des réactions diverses, de toute part, hormis Marine Le Pen, qu’il n’a pas souhaité solliciter !

La lutte contre la corruption pour une nouvelle citoyenneté ?

Celui qui se décrit comme un « scribouilleur de la vérité » ne risque-t-il pas de nous dégoûter définitivement de la politique ? Pas forcément, puisque « plus vous en saurez, moins ils pourront le faire [être corrompus]. C’est une démarche constructive ». Mais ce n’est pas non plus aller vers un système de démocratie où les citoyens sont constamment sollicités. « Pour moi, c’est impossible. Les gens n’ont pas envie d’être tous les jours en politique. Mais il faut qu’on renforce les contrôles, qu’on réduise les mandats et qu’on mette en place de vraies sanctions. »

Cette démarche se complète aussi avec sa bataille contre l’abstention. Pour lui, voter nul ou blanc est la seule manière d’être quantifié. « Et plus on bourre les urnes comme ça, moins ils seront légitimes. C’est une erreur de penser que plus vous vous abstiendrez, plus on arrivera à obtenir le vote blanc. Au contraire, plus tu t’abstiens, plus c’est facile d’être élu. Et plus il y aura de l’abstention, plus on arrivera à nous imposer le vote électronique. Et il n’y aura plus aucune sécurité du vote. J’ai des preuves que le vote électronique est truandé. La seule manière d’avoir un minimum de sécurité, c’est le vote manuel. »

« Dans mes études, il y a autant de femmes pourries que d’hommes »

Citoyen engagé, Philippe Pascot regrette bien des aspects de notre société. Des éléments très présents en politique. En tête, la montée des extrêmes, le communautarisme, mais aussi un certain laxisme face au sexisme et autres délits liés. « Je ne comprends pas comment dans tous les délits sexuels que j’ai pu dénoncer, quand ces hommes se représentent, ils sont de nouveau élus. Ça veut dire que des femmes votent pour eux. Je suis effaré !, lâche-t-il, après, dans mes études, il y a autant de femmes pourries que d’hommes. On les voit moins parce qu’il y a moins d’élues. Par exemple, j’ai connu une ancienne ministre qui n’embauchait que des filles pour passer sous la table. Ce n’est pas une question de sexe, mais de pouvoir et de système. Est-ce qu’on pourrait enfin avoir des gens intègres et compétents ? »

Tristes affaires… Mais après le casier judiciaire, et en même temps que la lutte contre l’huile de palme et le gaz de schiste, ce « scribouilleur de la vérité » s’est lancé dans un nouveau défi : faire tomber la pratique des sondages, ces « influenceurs maléfiques » !

« Pourquoi réfléchir quand un sondage nous donne la réponse ? »

Et la méthode est plutôt simple. C’est répondre n’importe quoi à un sondage, tout le temps. « De façon à faire passer la marge d’erreur de trois – la marge actuelle – à 10 % ! », explique-t-il. Il estime qu’avec 100 000 signataires (le lien de la pétition se trouve ici), aucun sondage ne sera plus valable en France, faute de savoir si les gens disent la vérité ou non.

Motivé et sûr d’y arriver, on pourrait se demander pourquoi tant de haine… « Pourquoi réfléchir quand un sondage nous donne la réponse ? Et malheureusement, la société est en train de se diriger vers ça. Ça me rend fou ! Et si on fout en l’air les sondages, ça va devenir intéressant. Pourquoi ? Parce que ça va obliger les gens à descendre dans la rue. A voir ce que veulent les gens, et non pas par procuration ».

Allez (presque tous) vous faire … de Philippe Pascot, aux éditions Max Milo, 19,90€


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