Les réactions face à la persécution d’homosexuels en Tchétchénie

Ramzan Kadyrov, le président Tchétchène
Ramzan Kadyrov, le président Tchétchène

L’information est venue de Russie : des homosexuels seraient kidnappés, enfermés, torturés et tués dans des prisons « secrètes » de Tchétchénie. Associations, ONG et politiques appellent à l’action. Respect mag fait le point.

C’est le très influent journal d’opposition russe Novaïa Gazeta qui est à l’origine de la révélation : les autorités tchétchènes auraient lancé, depuis la fin du mois de mars, une opération d’arrestations et de tortures d’homosexuels. Selon le bihebdomadaire Novaïa Gazeta, les associations Inter-LGBT Russe et Russian LGBT Network, ils seraient plus d’une centaine enfermés dans des « prisons secrètes ». Le journal et les assos affirment même connaître le lieu d’une d’entre elles : Argoun, non loin de Grozny, capitale du pays, où trois personnes ont par ailleurs trouvé la mort.

« Il n’y a pas de gays en Tchétchénie »

Des témoignages recueillis par Novaïa Gazeta affirment pourtant qu’il y en aurait beaucoup plus. Mises en cause, les instances dirigeantes de Tchétchénie ont affirmé sans sourciller que « les gays ne peuvent pas être tués, tout simplement car il n’y en a pas ». Novaïa Gazeta affirme par ailleurs que « dans le Caucase, un coming-out équivaut à une condamnation à mort », ce qui pousse nombre de tchétchènes homosexuels à cacher leur orientation sexuelle.

Kheda Saratova est membre du conseil tchétchène pour le développement de la société civile, et représentante des droits de l’Homme du pays. La responsable politique a déclaré qu’elle « n’avait pas reçu une seule plainte au sujet d’un décès d’homosexuel, et que même si elle en avait reçue, elle ne l’aurait pas traitée », ajoutant que « l’homosexualité est l’œuvre du diable que chaque citoyen tchétchène devrait combattre ». Une preuve que même les éléments les plus pacifistes du gouvernement tchétchène adoptent une attitude de déni. Ambiance.

En France, quelques candidats à l’élection présidentielle se sont élevés contre cette purge anti-gay. Ainsi, Benoît Hamon appelle « la communauté internationale à condamner les exactions rapportées par la presse de Kadyrov contre les homosexuels en Tchétchénie ». Emmanuel Macron  « condamne les actes odieux perpétrés contre les homosexuels en Tchétchénie ». Quant à François Fillon et Marine Le Pen, ils n’ont pas encore réagi.

Même son de cloche chez Philippe Poutou :

Svetlana Zakharova, militante de l’association Russian LGBT Network, est très inquiète. Dans une interview donnée à la chaîne ukrainienne Hromadske, elle affirme que la Tchétchénie « est spécifiquement une région où on pourchasse, on kidnappe et on torture des milliers d’homosexuels », accusant le gouvernement d’être « directement responsable » de ces persécutions. Svetlana Zakharova exhorte « la communauté internationale à faire pression sur les gouvernements russes et tchétchènes pour faire cesser cette purge anti-gay ». « La Tchétchénie est une région très fermée, presque inaccessible, où il peut y avoir des meurtres de gays sans que cela ne suscite de réactions du fait de la protection du pays voisin, la Russie », déplore la militante.

Le temps presse

Joint par Respect mag, un responsable d’Amnesty International affirme que Novaïa Gazeta « est une source fiable » et qu’ils « savent que c’est un pays qui a depuis longtemps adopté ce genre de pratique d’enfermement et de torture d’homosexuels ». L’ONG s’est jointe à l’Inter-LGBT, Russie-Libertés et SOS homophobie, qui ont publié un communiqué appelant « les autorités russes à se saisir immédiatement du sujet afin qu’elles : fassent cesser ces exactions, poursuivent en justice les auteurs de ces crimes en assurant la rigueur des enquêtes policières et l’indépendance de la justice et viennent en aide, dans la mesure de leurs moyens, aux personnes LGBTI qui sont ou ont été victimes de ces agissements atroces ». Elles en appellent aussi à l’ONU et à l’Union Européenne.

Rapport Amnesty sur la condition des homosexuels en Tchétchénie

Les organisations concernées ont par ailleurs organisé un rassemblement jeudi 13 avril à 19H, place de la Colombie, dans le 16ème arrondissement de Paris. Joël Deumier, président de SOS Homophobie a notamment pris la parole en commençant par un vers d’Aragon, « le silence a le poids des larmes », une allégorie littéraire pour dénoncer le manque d’action de la communauté internationale pour faire cesser ces crimes commis dans le Caucase.  D’autres rassemblements sont à prévoir dans toute la France.


Autre article écrit par Mounir Belhidaoui

Quand le sexisme s’invite à l’école : un rapport critique le corps enseignant

    Le Haut-conseil à l’égalité recommande, dans un rapport publié mercredi 22 février,...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *