Quelle vie avait Hachem au Soudan ?

Hachem raconte à Respect mag sa vie au Soudan, avant qu'il prenne la route... jusqu'à Paris. Crédit photo : Pixnio
Une femme sur un marché au Soudan. Crédit photo : Pixnio

Nous suivons Hachem depuis quelques mois. Ce mois-ci, il raconte un peu plus sa vie au Soudan, et les raisons qui l’ont poussé à quitter sa famille.

Face à son écran qui affiche Google Map, il cherche à se repérer. Nous sommes à Paris, un jour ensoleillé de mars. Hachem a une vingtaine d’années, et vient du Soudan. « Ici », montre-t-il sur cette carte numérique. Il est originaire d’une petite ville pas loin de Laqawa (voir la carte ci-dessous). Pas loin du tout du Soudan du Sud. Il est l’un des derniers d’une fratrie composée de sept enfants. Avec quatre frères et deux sœurs, le jeune homme a vécu bien entouré.

Hachem explique venir de la région de Laqawa, au Soudan. Il raconte à Respect mag la vie là-bas et les raisons de son départ. Crédit photo : Google Maps
Carte du Soudan, où la ville d’Hachem est indiquée. Crédit photo : Google Maps

L’école, il aimait bien d’ailleurs. Hachem y est d’ailleurs allé de ses sept à 20 ans. Il affirme avoir été un an à l’université, avant d’arrêter pour aller travailler. « Je voulais avoir un avenir. Il y a beaucoup de problèmes chez moi. »

« Tous les jours, dans ma ville, il y avait des tirs »

Sur l’écran de son smartphone apparaît alors une vidéo. Il montre des hommes armés. En a-t-il déjà croisé ? « Oui, oui. Beaucoup de problèmes. » Il semble un peu confus sur cette période. « Tous les jours, dans ma ville, il y avait des tirs. »

Un contexte compliqué, qui a poussé déjà certains de ses proches à fuir. Deux de ses frères sont partis en Égypte (où il fera une escale de quelques mois). Le reste de sa famille est toujours au Soudan. Ce qui laisse penser qu’il serait vraiment près de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, touché par une terrible famine. Elle est une des conséquences de la guerre civile qui sévit dans le pays depuis plusieurs années, avec un nouvel éclatement l’année dernière. La situation était déjà critique auparavant. « En 2013, des combats éclatent dans l’armée entre les factions fidèles aux deux hommes, plongeant bientôt le pays dans la guerre civile. Bilan, des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés. En août 2015, un accord de paix est signé, mais de nouvelles violences éclatent en juillet 2016 à Juba », peut-on lire dans Le Point.

Au Soudan, c’était famille et foot

« Là-bas, je mettais de l’argent de côté, vu que je travaillais dans un peu tout ce que je pouvais. Je jouais aussi au foot tous les jours », raconte-t-il. « Ce qui me manque ? La nourriture. Et bien sûr, ma famille. Mes sœurs, ma mère, mes frères, mes cousins… J’aime toute ma famille ! Elle me manque tous les jours… C’est difficile. »
Le jour où il est parti, il avait 300 euros en poche. Sans forcément un temps de préparation. « Mes parents m’ont beaucoup encouragé à partir. Dans ma ville, le gouvernement embarquait les jeunes. Ils disaient : « Toi, tu as quel âge ? 28 ans ? Viens avec nous. » On entendait les « tatatata » ou on ne savait pas ce qu’ils devenaient », explique Hachem, en mimant une mitraillette.

Le jeune homme raconte qu’il est parti un jour où il a entendu qu’une rafle pourrait se faire. C’était fin décembre 2014.

« J’y retournerai si je savais qu’il n’y avait plus de problème. » Le regard triste, il me montre sa carte de séjour. Il a été vieilli de quelques années. Ça le fait rire. Par contre, la date du 1er avril est correcte. Mais soudain, il y pense et ne rit plus. « D’habitude, j’ai ma famille qui chante « joyeux anniversaire », et là, il n’y aura rien… Je ris beaucoup, mais dans mon cœur, ce n’est pas le cas. »


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