Découvrez l’école du genre, le webdoc qui déconstruit nos stéréotypes

L'école du genre est un webdocumentaire qui décrypte comment nous sommes déterminés comme fille ou garçon avant même notre naissance. Léa Domenach nous en dit un peu plus ! Capture d'écran
L'école du genre est un webdocumentaire qui décrypte comment nous sommes déterminés comme fille ou garçon avant même notre naissance. Capture d'écran

Si la question du genre débutait avant même la naissance ? C’est ce qu’explore le webdocumentaire L’école du genre. Au menu : des futurs parents, des parents, des enfants, des hommes, des femmes, des expert(e)s nous parlent des clichés qui nous habitent tous, et sur tous les aspects de la vie. Pour nous en parler, Respect mag a rencontré sa coréalisatrice, Léa Domenach.

Comment est venue l’idée d’un tel projet ? 

Léa Domenach est coréalisatrice du webdocumentaire L'école du genre. Elle répond aux questions de Respect mag. DR
Léa Domenach est coréalisatrice du webdocumentaire L’école du genre. DR

L’idée vient de Brigitte Laloupe, auteur d’un blog qui s’appelle Olympe et le plafond de verre, qui a eu beaucoup de succès. Il traite surtout des problèmes d’égalité salariale, et se demande pourquoi les hommes montent en hiérarchie plus vite que les femmes. Elle avait écrit un livre là-dessus et était venu voir la productrice Marie-Agnès Azuélos, avec le projet de déconstruire les stéréotypes avant la naissance, comprendre comment ils se construisent et justement pourquoi nous arrivons à des inégalités telles que nous les connaissons aujourd’hui.

A ce moment-là, elle ne savait pas sous quelle forme le faire puisqu’elle voulait en faire un outil pédagogique… Surtout que c’est énorme comme sujet ! Il y a plus de 200 minutes à regarder. On s’est arrêté, mais on pourrait le faire à l’infini !

Marie-Agnès Azuélos savait que j’avais déjà bossé sur ce genre de sujets, notamment sur les femmes. Elle m’a donc proposé de coréaliser le film avec Jean-Paul Guirado pour deux raisons : il y avait beaucoup de travail, et c’était bien d’avoir une fille plutôt jeune, sans enfant, donc moi, avec un mec plus âgé et papa de quatre enfants.

« Genre » est un terme que l’on utilise en sciences sociales… Il n’y a pas de théorie, il y a un juste un concept

Deux ans de travail, plus de 200 min à visionner plus tard… Quels ont été les obstacles à surmonter pour ce film ?

Quand tu fais un film, tu ne rencontres que des obstacles ! (rires)

Déjà, on avait « genre » dans le titre et c’était juste après la polémique autour des « ABCD de l’égalité », où il y avait une pseudo théorie du genre, alors qu’on sait très bien que la théorie du genre n’existe pas hein ! C’est un peu comme la théorie du complot. « Genre » est un terme que l’on utilise en sciences sociales… Il n’y a pas de théorie, il y a un juste un concept.

Quand on est allés dans les établissements, on donnait le nom « école du genre », on nous répondait « non, non, on est contre la théorie du genre », on ne veut rien avoir à faire avec ça. Après, en présentant le projet sous le nom « éducation et stéréotypes », ça passait super bien. Aucun souci, nous on fait des choses formidables.

Ensuite, on n’a pas pu tourner dans des collèges et lycées considérés comme « poubelles », c’est-à-dire dans les quartiers sensibles alors qu’on avait préparé une super séquence dans un collège qui était ravi de nous accueillir. La prof de français avait préparé un truc autour du Déjeuner sur l’herbe (tableau très connu d’Edouard Manet, ndlr)… Le ���hU<N�n,�r�ǯ�/о’�L���i, mais le rectorat était contre. On a essayé de savoir pourquoi et la seule bribe de réponse qu’on a pu avoir, c’est qu’il est compliqué de mettre une caméra dans un lycée sensible comme ça…

Dans le webdocumentaire L'école du genre, place aux questions sociales et sociétales autour du genre. Léa Domenach, coréalisatrice, explique comment le sujet est ancré dans notre société, et ce, avant même la naissance d'un enfant. Capture d'écran
Dans le webdocumentaire L’école du genre, place aux questions sociales et sociétales autour du genre. Capture d’écran

Comment L’école du genre est accueillie ?

C’est très compliqué de sortir du cercle des intéressés. On a eu la presse du côté des féminins et des titres engagés, un peu comme Respect mag ou Socialter, mais impossible d’apparaître dans la presse nationale généraliste. Pour eux, ça n’intéresse pas, c’est un truc de nana …

Après, on veut servir comme outil éducatif, et même si nous avons reçu des certifications ministérielles, il y a des académies qui ont annulé des projections dans des collèges et des lycées. Leur raison : « non, pour le moment y a les élections, on ne parle pas de genre ». Un peu compliqué de mobiliser…

Est-ce que vous et les personnes qui avez participé au projet ont changé d’avis sur la question du genre ?

Ce qui est marrant, c’est que pendant qu’ils répondaient aux questions, ils réalisent leurs paroles, de la manière dont ils agissaient. Beaucoup plus qu’après l’avoir regardé. C’est d’ailleurs très drôle, parce que dans un épisode – notamment les parents –  il y a un couple qui se regarde et qui rit en se rendant compte de ce qu’ils disent.

Et moi, j’ai énormément appris avec ce tournage. Non seulement avec les experts, mais aussi avec les gens. Si les personnes qui regardent L’école du genre apprennent un quart de ce que j’ai appris, on a tout gagné.

Eric Macé, ici lors du tournage du webdocumentaire L'école du genre, fait partie des spécialistes consultés sur la question du genre. Crédit photo : Léa Domenach
Eric Macé, ici lors du tournage, fait partie des spécialistes consultés sur la question du genre. Crédit photo : Léa Domenach

Comment justement avez-vous évolué dans votre jugement ? Vous êtes déjà une personne engagée à la base.

Je suis très engagée, mais je ne me rendais pas compte à quel point j’avais été élevée à l’école du genre, à quel point fille comme garçon, on nous a inculqué des barrières qui se transforment en normes sociales. Pourtant, ce n’est pas  vraiment ce que tu es, et ça correspond au genre auquel tu appartiens. Il faut se comporter comme si, comme ça.

L’épisode que je cite à chaque fois, est celui où l’on voit un médecin du sport. Il explique que pour lui, on devrait mettre fille et garçon dans les mêmes entraînements, dans les mêmes sports et dans les mêmes compétitions. Tout est une question de ce qu’on va mettre dans leur entraînement et des limites qu’on va leur donner psychologiquement.

Maintenant, je fais très attention à la façon dont je parle aux enfants, dont je parle des gens. J’essaie de ne pas genrer et d’être sexiste malgré moi. Ça nous arrive à tous, rien que dans les insultes !

En France, on part du principe que notre devise « Liberté, égalité, fraternité » est dite, et qu’au final c’est acquis !

D’après vous, pourquoi la France est aussi en retard sur la question du genre ?

La France est à la base un pays catholique où toutes les questions autour de la sexualité ou de la quête de l’individu ne sont pas évidentes. Aujourd’hui, en plus, il y a un retour du religieux que ce soit d’un côté avec la Manif pour tous, et de l’autre avec du fondamentalisme religieux musulman où les droits de la femme sont aussi squeezés.

Ensuite, je pense qu’en France, on part du principe que notre devise « Liberté, égalité, fraternité » est dite, et qu’au final c’est acquis ! Ce sont des choses qui se réfléchissent, se construisent…que ce soit au niveau du genre, des couleurs de peaux, des milieux sociaux, et ce depuis les prémisses de l’éducation, mais en France, c’est un postulat et on ne va pas plus loin.

Si une personne regardant L’école du genre devait retenir une chose, quelle serait-elle ?

Qu’il faut arrêter de faire parler la nature. Qu’on arrête de penser qu’être une fille ou un garçon, ça nous tend socialement vers des aptitudes, des compétences.

L’école du genre est disponible sur le web, en accès libre. 


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