Tin-tin et le tatouage : « Quoi de plus artistique que le corps humain et de véhiculer l’art dans la rue ? »

Tin-tin, figure emblématique du tatouage en France et fondateur du Mondial du Tatouage en France ... Crédit photo : Thomas Krauss
Tin-tin, figure emblématique du tatouage en France ... Crédit photo : Thomas Krauss

Chef de file ou maestro du tatouage en France, Tin-tin en est aussi très certainement un de ses meilleurs promoteurs. Le Mondial du Tatouage à Paris ? C’est lui. Le président du Syndicat national des artistes tatoueurs ? Encore lui. Rencontre avec un homme aussi barré que tatoué.

C’est dans son antre, rue de Douai, ce 20 février, que Tin-tin arrive enfin. Plus de quarante minutes de retard, mais quand le patron débarque au salon de tatouage, c’est subitement l’effervescence. Décontracté, la voix qui porte, le célèbre tatoueur s’excuse, salue tout le monde, et nous fait monter à l’étage, là où il peint les corps.
Grand, bien en chair, un peu bourru et provocateur, il donne l’impression de jauger la personne en face, tout en gardant un côté très déconneur. Show ou pas ? On ne le saura pas vraiment… Mais une chose est sûre, Tin-tin est un sacré personnage. Au risque d’avoir l’impression de poser des questions bien trop banales pour lui. Petite précision : au bout de cinq minutes, le tutoiement était de rigueur.

Est-ce que tu pourrais revenir sur ton parcours ?

Là… Je suis directement descendu de chez moi et je suis venu à la boutique ! En plus j’habite dans la rue donc je n’ai pas eu un super gros parcours ! (rires)
Plus sérieusement… Je me suis lancé tout seul ! En faisant faire des tatouages. Dès que je voyais des tatoueurs, j’avais envie de leur piquer leur machine, persuadé que j’allais faire bien mieux aussitôt. En 1984, j’ai commencé. Après, on se débrouille pour acheter du matériel et on débute.

Que représente le tatouage en 2017 ?

C’est un phénomène social qui représente tout ce qui est représentable en fait ! C’est vraiment une vaste question. Il n’est certainement pas un phénomène de mode puisque la mode et le tatouage sont antinomiques au possible. La mode est par définition éphémère tandis que le tatouage est permanent.

Aujourd’hui, le tatouage représente beaucoup de choses. Y en a qui se font tatouer pour la mort de leur grand-mère, d’autres pour l’adoption d’un petit chien, certains parce qu’ils sont partis en vacances à Tahiti. Y en a qui font ça par haine. Y en a qui font ça par amour. Y a vraiment mille manières de se faire tatouer.

Donc quelles sont les raisons de se faire tatouer ? Je pense que de plus en plus de gens s’offrent une œuvre d’art, sans message particulier autre que celui de porter de l’art sur sa peau. On tombe amoureux d’un tatoueur et de ce qu’il tatoue. Quoi de plus artistique que le corps humain et de véhiculer l’art dans la rue, plutôt que de l’accrocher dans son salon. Là, c’est accessible plus facilement et beaucoup plus populaire.

Ça me fait penser à l’expo tatoueurs-tatoués… (exposition au musée du Quai Branly, à Paris, entre mai 2014 et octobre 2015, ndlr)

Ça te fait penser à ça ? Ça tombe bien j’en étais son directeur artistique ! (rires)

Encore faudrait-il que le tatouage soit reconnu comme un art à part entière par l’Etat

Est-ce qu’on peut donc dire qu’on est dans une nouvelle forme de démocratisation de l’art grâce au tatouage ?

Je ne l’aurai pas dit mieux moi-même mais encore faudrait-il que le tatouage soit reconnu comme un art à part entière par l’Etat. Puisque ça t’as fait penser à « Tatoueurs, tatoués », on peut notifier que ça a été fait dans un musée national. Le musée du Quai Branly organise une exposition sur le tatouage, avec l’argent du contribuable, mais on ne reconnait pas les tatoueurs comme des artistes… C’est un paradoxe assez phénoménal qui nous aidera à atteindre notre but, même si tout le monde s’accorde à le considérer comme le dixième art !

Au Mondial du Tatouage 2016 à Paris, l'art sur la peau était comme d'habitude à l'honneur, par Jean-Pierre Mottin. Crédit photo : Anthony Dubois
Au Mondial du Tatouage 2016, l’art sur la peau, par Jean-Pierre Mottin. Crédit photo : Anthony Dubois

Mais tu notes des avancées malgré tout ?

Oui, ça avance… Grâce à vous les médias, aux gens qui en parlent… Le fait d’avoir été directeur artistique de cette exposition, c’est forcément une petite brique dans ce grand mur. Ça fait partie de ces avancées qui font que nous serons reconnus comme artistes tôt ou tard.

On est rétribués comme des prestataires de service

Quel est justement le statut des tatoueurs aujourd’hui ?

Ils n’en ont pas, ou en fait, ils en ont plusieurs ! Ils sont considérés soit comme des commerçants, soit comme des artisans, soit en profession libérale… Moi, je le suis ! Comme un avocat… En tout état de cause, on est rétribués comme des prestataires de service. On paie la TVA plein pot alors que Macdonald’s a une TVA réduite… Apparemment quand tu achètes de la malbouffe à emporter, c’est considérer comme artistique.

[Il s’arrête de parler, l’air grave et sort : elle est belle la punchline là !]

Quel est ton rapport avec les personnes que tu tatoues ?

C’est un rapport assez puissant, intrinsèque j’ai envie de dire ! Ils sont souvent un peu dénudés donc t’as un contact corporel, qui est assez long, qui fait mal en plus.
Les gens te parlent, tu peux être une sorte de confident ou de docteur de l’esprit. Tout dépend des personnes. Après quand tu as une clientèle choisie, quand tu peux te le permettre, il y a des gens avec qui ça se passe mieux que d’autres, que t’as plus envie de tatouer parce que leur état d’esprit correspond un peu plus au tien.

Est-ce qu’il y a un tatouage qui t’as plus marqué ?

Ils m’ont tous marqué même s’il y en a qui s’effacent un peu ! Mais ils m’ont tous marqué à peu près pareil (en examinant ses deux bras tatoués) … Ils se voient bien t’as vu ! [rires] Non, plus sérieusement, je n’en ai pas… C’est l’éternelle question, mais non… Ce serait triste si j’avais déjà fait LE tatouage. Mais on va dire que c’est le dernier que j’ai fait, ce qui prouve que je continue de progresser.

On fait le plus bel événement de la planète, qui fait briller les yeux de tous les tatoueurs

Quelle est la vocation d’un salon comme le Mondial du Tatouage à Paris ? Comment a-t-il évolué ces dernières années ?

La vocation, c’est de s’amuser, de faire avancer le dixième art, et de faire un chouette événement à Paris qui manquait depuis longtemps. Je ne suis pas vraiment un organisateur d’événements donc j’avais fait un salon en 1999 et en 2000. C’était resté comme une convention mythique dans la mémoire collective. Tout le monde m’en parlait. Treize ans après, je me suis laissé convaincre.

Le Mondial du Tatouage, un rendez-vous devenu incontournable. Ils étaient déjà nombreux l'année dernière, tandis que cette convention pourrait accueillir plus de 35 000 personnes cette année ... Crédit photo : Anthony Dubois
Un rendez-vous devenu incontournable … Crédit photo : Anthony Dubois

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Parce que ça ne m’amusait plus. Je le fais avant tout parce que ça m’amuse. C’est devenu aujourd’hui une grosse entreprise. C’est le plus gros événement de la Villette donc ça nous coûte très cher, et ça rapporte beaucoup d’argent. On équilibre tout ça.

Ça fait vivre aussi plein de gens. On n’a pas de bénévoles, nous ne sommes pas sous le couvert d’une association. On touche zéro euro de subventions… Et on fait le plus bel événement de la planète, qui fait briller les yeux de tous les tatoueurs. Tous les vieux briscards sont là. Je fais venir plein d’Américains, plein de Japonais, de Néo-Zélandais, de Brésiliens… ça vient de la planète entière. On a quarante pays représentés… C’est vraiment the place to be. Ça n’a pas de commune mesure ! Ça devient aussi une convention de musique, où l’on fait jouer plein de groupes. Je crois qu’on fait plaisir à beaucoup de monde, parce que c’est authentique, élitiste et populaire à la fois.

Le prochain Mondial du Tatouage à Paris, c'est très bientôt !

Du 3 au 5 mars 2017, le Mondial du Tatouage reprend ses quartiers à la Grande halle de la Villette, à Paris. Pour l'occasion, 420 tatoueurs, venus du monde entier, seront réunis ! Chacun apportera son style, sa culture... La diversité sera donc au rendez-vous pour représenter le dixième art. Plus d'informations sur le site : www.mondialdutatouage.com

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