Karim Albrem, syrien et porte-parole des jeunes réfugiés : « Nous avons besoin d’aide, mais nous pouvons aussi agir ! »

Karim Albrem est un Syrien et porte-parole des jeunes réfugiées, au Sénat, le 31 janvier 2017. Crédit photo : Louise Pluyaud.
Karim Albrem, au Sénat, le 31 janvier 2017. Crédit photo : Louise Pluyaud.

Ce Syrien de 21 ans a fui la guerre en 2015. Il habite désormais en Allemagne, où il a trouvé refuge. Après avoir vécu dans un centre daccueil pendant huit mois, sa demande dasile a été acceptée. Aujourdhui, Karim est un étudiant comme les autres, à la seule différence que cet éternel optimiste est aussi devenu par son engagement humanitaire le symbole dune jeunesse impliquée.

Les jeunes sont déjà les acteurs du monde de demain ! Telle était l’affirmation revendiquée par l’ONG Plan International lors d’une table-ronde organisée, mardi 31 janvier, au Palais du Luxembourg de Paris. Âgés entre 15 et 24 ans, de jeunes ambassadeurs du Brésil, du Burkina Faso, du Niger, de la Sierra Leone ou de Syrie étaient ainsi venus présenter leurs différentes formes d’engagement au sein de l’ONG.

L’étudiante brésilienne de 18 ans, Luana Barbosa Paiva est la première à s’être exprimée pour sa participation aux programmes politiques de santé sexuelle et reproductive dans son pays. « Je me bats pour mes droits, pour l’égalité, pour une éducation et des programmes de santé de qualité et aussi pour une société meilleure pour moi et toutes les filles et les femmes », a-t-elle lancé fièrement à la salle. Une battante, tout comme Karim Albrem, venu quant à lui s’exprimer sur son implication face aux crises humanitaires.

« J’ai décidé d’aller en Europe parce que les pays arabes avaient peu de chance de m’accorder l’asile, explique aujourd'hui Karim, un jeune Syrien de 21 ans, au Sénat, le 31 janvier 2017. Crédit photo : Louise Pluyaud
« J’ai décidé d’aller en Europe parce que les pays arabes avaient peu de chance de m’accorder l’asile, explique aujourd’hui Karim. Crédit photo : Louise Pluyaud

La vie d’avant

« Jusquen 2011, tout allait bien », se souvient ce grand brun au regard éclairé d’émotion. Il est alors étudiant en économie et traduction anglaise à l’Université d’Alep, où il vit avec sa famille. Puis la guerre éclate. Les bombardements, les arrestations, la peur. Karim décide de fuir le pays en 2015, seul. « Mes parents sont restés là-bas, mais je communique chaque jour avec eux », confie-t-il avec réserve et pudeur.

Karim mettra deux semaines pour rejoindre l’Allemagne où, entre 2014 et 2015, 1,5 million de personnes ont trouvé refuge. Avant il a traversé les frontières du Liban, la Turquie, la Grèce, la Serbie, la Hongrie, et l’Autriche. « Jai décidé daller en Europe parce que les pays arabes avaient peu de chance de maccorder lasile, explique-t-il. En Grèce, nous étions 46 réfugiés sur une petite barque de huit mètres. C’était difficile pour tout le monde, pas seulement pour moi. »

Il arrive à Hambourg au printemps de la même année. Il séjourne dans un foyer d’accueil durant 8 mois, avant d’être hébergé quelques temps chez une dame. Au bout d’un an, il obtient un permis de résidence temporaire. « Aujourdhui, jai un passeport et une carte didentité allemande », se réjouit Karim qui vit désormais avec son frère et son cousin. Il a depuis repris le chemin des études pour apprendre l’allemand.

Mobilisateur de communautés

Dès son arrivée en Allemagne, le besoin d’agir se fait ressentir. Karim a certes besoin d’aide, mais il veut pouvoir aider les autres. « Je ne pouvais pas rester sans rien faire. Réfugié ne veut pas dire passif. » Il se porte alors volontaire auprès des bénévoles et administrateurs du centre d’accueil de Hambourg en tant que traducteur. « Beaucoup de réfugiés ne parlent pas anglais. Je les ai donc aidés à remplir leurs papiers, à exprimer une requête ou leurs besoins auprès des autorités compétentes. »

Construire des ponts, instaurer un dialogue. Telle est la mission que s’est aussi donné Karim en rejoignant Plan International Allemagne. Depuis mai 2016, il est le porte-parole d’un groupe de jeunes réfugiés baptisé « Mobilisateurs de communautés ». Originaires de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan, de Palestine ou d’Érythrée, ils sont une dizaine à partager les mêmes buts : alerter les politiques et la société sur les défis auxquels sont confrontés les enfants et jeunes réfugiés, militer pour leur protection, et défendre leur insertion dans les prises de décisions politiques qui les concernent.

"nous demandons nous aussi à être en sécurité et aspirons seulement à vivre enfin une vie normale"... Karim 21 ans, se tient droit et fier au Sénat, le 31 janvier 2017, dans le cadre d'une journée organisée par Plan International soutenant l'engagement des jeunes. Crédit photo : Louise Pluyaud
« nous demandons nous aussi à être en sécurité et aspirons seulement à vivre enfin une vie normale »… Karim 21 ans, se tient droit et fier au Sénat. Crédit photo : Louise Pluyaud

Le rôle de la jeunesse peut être positif

Comme le déplore Karim : « Souvent, les décideurs politiques ont de bonnes intentions. Mais ils ne demandent pas à la population touchée ce dont elle a besoin. Ils ne connaissent pas les défis auxquels nous avons été confrontés en quittant notre pays puis en arrivant dans un nouveau. » Pour améliorer les choses, ONG, gouvernements et réfugiés ont donc tous un rôle à jouer, main dans la main. « Oui, nous demandons de laide, mais nous pouvons aussi agir », revendique ce défenseur des droits humains qui, malgré sa timidité, continue de parcourir le monde pour éveiller les consciences face aux défis qui se posent pour sa communauté.

En 2016, il a ainsi représenté les jeunes réfugiés d’Allemagne auprès du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Genève pour une consultation mondiale. « Nos revendications ont été prises en compte dans un rapport intitulé « We believe in Youth », écrit dans le contexte actuel dimmigration massive et forcée », relate le jeune ambassadeur. Au niveau du campement à Hambourg, les mobilisateurs de communautés ont obtenu entre autres des salles de classes avec des enseignants.

Mais difficile parfois de se faire entendre quand les propos racistes se libèrent. Quelques heures après l’attentat perpétré à Berlin en décembre 2016, les politiques migratoires avaient été pointées du doigt et les réfugiés avaient subi de plein fouet la xénophobie. « Or, nous demandons nous aussi à être en sécurité et aspirons seulement à vivre enfin une vie normale », conclut avec éloquence ce jeune plaideur plein d’avenir, sous le plafond enluminé du Sénat.


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