Dans le monde comme à Paris, les femmes (et pas seulement) ont fait leur marche

À Paris, le 21 janvier, la Women’s March a rassemblé près de 7 000 personnes venues faire entendre leur voix en faveur des droits humains. Crédit photo : David Sultan
À Paris, la Women’s March a rassemblé près de 7 000 personnes venues faire entendre leur voix en faveur des droits humains. Crédit photo : David Sultan

Au lendemain de l’investiture du nouveau président des États-Unis, plus de deux millions de manifestants ont défilé samedi 21 janvier à Washington et dans le monde entier. À Paris, la Women’s March a rassemblé près de 7 000 personnes venues faire entendre leur voix en faveur des droits humains. Reportage.

Elles sont arrivées dans la joie et la bonne humeur, au milieu d’une foule aux couleurs de l’arc-en-ciel, pointillée de banderoles avivées aux feutres fluos, de bonnets roses et de fiers sourires. Simone de Beauvoir, Angela Davis, Malala Yousafzai et d’autres portraits d’illustres féministes se tenaient là, devant le Parvis des droits de l’homme à Paris, brandis par des femmes venues témoigner leur solidarité avec la Women’s March de Washington. Un mouvement né sur Internet au lendemain de la victoire de Donald Trump, à l’instar de Theresa Shook. Cette grand-mère, habitant à Hawaï, a d’abord créé un événement privé destiné à quarante amies sur Facebook. En quelques heures, des milliers avaient répondu présentes.

Très vite, d’autres femmes du monde entier ayant eu la même idée se regroupent « pour défendre leurs droits », affirme Françoise Morvan, présidente de la Coordination française pour le lobby européen des femmes (CLEF), à l’initiative de la Women’s March parisienne. « Nous travaillons au niveau européen, mais nous regardons aussi au-delà des frontières. Nous avons ainsi été alarmées par la volonté des Américaines de réagir face au sexisme et à la misogynie de leur nouveau président. Bien que ce ne soit pas une manifestation anti-Trump », tient-elle à préciser.

« Nous travaillons au niveau européen, mais nous regardons aussi au-delà des frontières. Nous avons ainsi été alarmées par la volonté des Américaines de réagir face au sexisme et à la misogynie de leur nouveau président. Bien que ce ne soit pas une manifestation anti-Trump », explique Françoise Morvan, à Paris, le 21 janvier 2017, lors de la Women's March. Crédit photo : David Sultan.
« Nous travaillons au niveau européen, mais nous regardons aussi au-delà des frontières. Nous avons ainsi été alarmées par la volonté des Américaines de réagir face au sexisme et à la misogynie de leur nouveau président. Bien que ce ne soit pas une manifestation anti-Trump », explique Françoise Morvan. Crédit photo : David Sultan.

Liberté, égalité, sororité

« No Trump president », « Can you hear us Donald Trump ? ». Si l’on pouvait entendre des slogans directement adressés au nouveau président des États-Unis, la plupart entonnés par des Américains résidents en France, le crédo de cette marche était bel et bien la « résistance ». « Le plus dangereux n’est pas Trump lui-même, mais le message qu’il représente. Ses idées ne font pas avancer la société mais la ramènent en arrière, s’indigne Inna Shevchenko, leader des Femen, également présentes ce samedi 21 janvier. Cette marche, c’est avant tout pour dire que nous n’acceptons pas toutes les idées politiques. Les politiciens représentent le Vieux Monde, alors que nous voulons en construire un nouveau. Aujourd’hui, c’est vers lui que nous marchons. »

Les Femen à la Women's March, à Paris, le 21 janvier 2017. Crédit photo : David Sultan
Les Femen à la Women’s March. Crédit photo : David Sultan

Il faut dire que depuis l’annonce de sa candidature aux présidentielles américaines, les propos conservateurs du tonitruant milliardaire n’ont pas cessé d’alerter les associations de défense des droits des femmes. Pourtant légal aux États-Unis, Donald Trump avait affirmé pendant sa campagne qu’il fallait « interdire » l’avortement. Face aux critiques, il était revenu partiellement sur sa déclaration, précisant qu’il fallait « punir les médecins qui le pratiquent ». « Mais qu’en sera-t-il demain ? Maintenant qu’il a les pleins pouvoirs…», s’inquiète Alexandra, une jeune Américaine de 21 ans, venue marcher avec ses amies françaises.

Car, en France aussi, l’avortement est un droit sans cesse contesté. En réaction au 42e anniversaire de la loi Veil, célébré le 17 janvier, les militants anti-IVG ont organisé le dimanche 22 une « Marche pour la vie ». Un événement soutenu par le pape et le mouvement Sens commun, composante du parti Les Républicains. « Ils ont toujours un train de retard » goguenarde Luce. Aux côtés de ses copines, sous une banderole blanche sur laquelle est écrit en rouge vif « Encore Féministes ! », cette militante de 88 ans n’en est pas à sa première marche. « Je manifeste pour les droits des femmes depuis que j’ai 17 ans. Même dans les grandes démocraties, les droits que nous avons obtenus à l’issue de longues luttes sont toujours menacés. »

"Ils ont toujours un train de retard" goguenarde Luce. Aux côtés de ses copines, sous une banderole blanche sur laquelle est écrit en rouge vif « Encore Féministes ! », cette militante de 88 ans n’en est pas à sa première marche. A Paris, le 21 janvier 2017. Crédit photo : David Sultan
« Ils ont toujours un train de retard » goguenarde Luce. Aux côtés de ses copines, sous une banderole blanche sur laquelle est écrit en rouge vif « Encore Féministes ! », cette militante de 88 ans n’en est pas à sa première marche. Crédit photo : David Sultan

En 2014 puis en 2016, Luce a participé à deux meetings en soutien à la manifestation des Espagnoles puis celle des Polonaises pour réaffirmer leur droit à l’IVG. Comme le redoutait Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

« Faites l’amour, pas des murs »

Mais si le féminisme était l’étendard de la marche, il n’en était pas l’apanage. L’événement – auquel se sont ralliés SOS racisme et le mouvement LGBT – se voulait « inclusif », comme le souligne Françoise Morvan : « La manifestation est ouverte à tous les promoteurs et défenseurs des droits humains. » Un front commun mis en avant dans l’Appel des Américaines : « Nos différentes communautés font la force de notre pays », quoi qu’en dise Donald Trump. Lui qui perçoit d’un si mauvais oeil le melting pot. « Le slogan « Faites l’amour, pas des murs » fait d’ailleurs référence au mur qu’il veut faire construire à la frontière mexicano-américaine pour lutter contre l’immigration clandestine mexicaine, explique Françoise Morvan. Si cette grande muraille voit le jour, ce sera une catastrophe pour l’humanité. »

Des portraits d'illustres féministes sont brandies à la Women's March parisienne, le 21 janvier 2017. Crédit photo : David Sultan
Des portraits d’illustres féministes sont brandies à la Women’s March parisienne. Crédit photo : David Sultan

Alors que les partis populistes et d’extrême-droite gagnent du terrain en Europe, la Women’s March de Paris se voulait donc aussi la réaffirmation de la lutte contre les incitations à la haine et à l’intolérance. « Le racisme sévit partout dans le monde. Mon mari est noir, et il ne se passe pas une semaine sans qu’il soit victime de discriminations », témoigne Anne-Laure, 52 ans, portant à bout de bras un panneau « Black Lives Matter ».

Venu défendre des valeurs de solidarité, c’est devant le mur pour la Paix, installé au Champ-de-Mars, que le cortège a conclu son parcours en entonnant l’hymne du MLF (Mouvement de libération des femmes, ndlr.), appelé aussi Hymne des femmes. « Levons-nous femmes esclaves. Et brisons nos entraves. Debout, debout, debout ! » Devant la Tour Eiffel, leurs voix s’élevaient comme un écho vibrant à l’inscription gravée en 1903 aux pieds de la Statue de la Liberté. Quelques vers empreints d’humanisme, écrits par une femme, Emma Lazarus : « (…) Ici, devant nos portes battues par les flots / Se dressera une femme puissante, / La flamme de sa torche / Est faite de la capture d’un éclair / Et son nom est Mère des Exilés. / De son flambeau / S’échappent des messages de bienvenue au monde entier (…) »

Plus qu'une manifestation féministe, on pouvait trouver des pancartes en soutien au mouvement "Black Lives Matter", ce 21 janvier 2017, à la Women's March de Paris. Crédit photo : David Sultan
Plus qu’une manifestation féministe, on pouvait trouver des pancartes en soutien au mouvement « Black Lives Matter ». Crédit photo : David Sultan

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