Rencontre avec Hachem

C'est autour de la station Stalingrad, à Paris, en octobre 2016, que je rencontre Hachem pour la première fois. Crédit photo : Roxanne D'Arco
C'est autour de la station Stalingrad, à Paris, en octobre 2016, que je rencontre Hachem pour la première fois. Crédit photo : Roxanne D'Arco

Quelle est la vie d’un réfugié à Paris ? Hachem, un jeune Soudanais de 24 ans est arrivé quelques mois auparavant. Un nouveau rendez-vous à suivre sur respectmag.com, où une fois par mois, le jeune homme racontera sa nouvelle vie, ses obstacles et ses espoirs.
Le 7 novembre 2016, à 15h12. Il sort du fast-food, tout souriant, pour venir à ma rencontre. L’échange via WhatsApp, l’application de messagerie, n’était pas ultra-facile pour fixer le lieu de rendez-vous, surtout avec l’arrivée du froid dans la capitale française. Mais on y est arrivé. Hachem est soudanais. Veste en similicuir, pull blanc et jean : la mode ne le laisse clairement pas indifférent. À 24 ans, il est arrivé en France en avril 2016 et vit actuellement dans un foyer aux portes de Paris.

J’avais rencontré le jeune homme à Stalingrad, deux semaines auparavant, avant l’évacuation des 2 500 personnes qui s’étaient réfugiées dans des tentes le long de l’avenue de Flandre. À ce moment-là, je suivais un groupe de jeunes d’Île-de-France qui organisaient une distribution de nourriture et de vêtements pour venir en aide aux nombreuses personnes sans-abri dans ce secteur du nord de Paris. Directement, Hachem m’avait marqué avec son air adolescent. Il était enjoué et patient à la fois.

« Hé journaliste, ça va ?! »

Hachem
Une photo du jeune homme, prise par un ami.

J’avais donc très vite donné ma carte et décidé de le revoir pour en apprendre un peu plus sur lui. Et là, dans ce fast-food en face de la gare de Paris-Nord, le voilà qui vient à ma rencontre et m’interpelle: « Hé, journaliste ! Ça va ?! » Après avoir commandé deux cafés, on en vient très vite à parler de sa vie, et de sa présence à Stalingrad. « Je vais là-bas pour rencontrer d’autres Soudanais et les aider. Ils me demandent des chaussures, un pantalon ou une veste. Je leur amène la fois d’après. »

En attente de ses papiers, après avoir demandé le statut de réfugié, Hachem reste dans une période de transition peu évidente. Il parle un peu anglais, surtout arabe mais pas encore très bien français. Mais la motivation est là. « J’ai cinq bons amis ici, mais un seul parle un peu français. Il faut que je parle la langue. Toi, tu peux m’aider », me dit-il.

La barrière de la langue

Sur son portable, il a noté des expressions basiques en arabe avec leur traduction en français. On peut y lire: « merci beaucoup », « s’il vous plait », « j’ai froid », « j’ai faim »… Pour autant, il arrive plutôt bien à se débrouiller pour un autodidacte, même si la communication est un peu compliquée par moment. Très souvent, il ponctue ses phrases par un: « Tu comprends ? » Ce qui devient assez comique, surtout quand il fait semblant de ne pas comprendre alors que je propose de l’inviter la prochaine fois. Côté cercle social, il a très vite découvert le quartier de ses compatriotes expatriés, vers la porte de la Chapelle, dans le Nord de Paris.

La conversation continue sur mes très (très) maigres connaissances en arabe, notamment en dialecte libanais, ce qui ne manque pas de faire rire notre jeune ami. Son téléphone sonne. Il répond en arabe, fait une pause, puis me demande avec une pointe d’ironie : « Tu comprends ? » Sa famille cherche à avoir de ses nouvelles comme tous les jours. Comme pour beaucoup de réfugiés, Hachem est accro aux réseaux sociaux. Seul moyen de garder le contact avec la famille et les amis restés au pays, c’est un lien d’autant plus important lorsque l’on n’est pas encore très établi dans son nouveau pays.

Les restes d’une ancienne vie

« C’est mon neveu. Il a trois ans », dit-il tout fier, en montrant un selfie avec le petit garçon sur son portable. Il fait défiler les photos de son ancienne vie, avec sa famille, ses amis, avant d’arriver à celles qu’il envoie aux siens pour les rassurer.
Et eux, comment vivent-ils cette situation ? « C’est très difficile, car ils ont vraiment peur pour moi… mais je ne pouvais pas rester au Soudan, et puis le Sud-Soudan, c’est très dangereux comme endroit. Peut-être qu’un jour ils me rejoindront, je ne sais pas », explique-t-il, le visage soudainement plus sombre.

La situation reste encore assez critique pour lui. « Ils me manquent beaucoup, surtout que ce n’est pas facile de s’adapter rapidement ici sans connaître la langue. Même si je suis heureux d’être en France, je n’ai pas encore mon travail, ni de vrais repères », confie le jeune homme. Sa motivation, elle, est toujours intacte. Il fait quelques petits travaux de peinture pour rester actif.

Du Caire à Paris

Avant d’arriver en France, Hachem est resté quatre ans au Caire, la capitale égyptienne. Il travaillait dans une entreprise égyptienne mais le pays ne lui a pas plu. « J’aime bien le reste du monde arabe, surtout les Libanais, les Tunisiens, mais en Egypte, les gens n’étaient pas très gentils », explique-t-il avant d’ajouter en riant : « En France, les gens sont ouverts, plus beaux aussi. » D’ailleurs, Hachem a aussi très envie de partir à Marseille. Il a un ami là-bas et sait « qu’on y parle plus l’arabe ». Autre élément non négligeable pour lui : le soleil. En tout cas, les portes sont ouvertes. 21h09, je reçois un message de lui : « Je suis reconnu comme réfugié. Je suis heureux ! » Une nouvelle vie commence…


Autre article écrit par Roxanne D'Arco

Pour Jacques Séguéla, « vieux, c’est mieux ! »

    A 82 ans, il est plus qu’en pleine forme. Entouré par un...
Lire la suite

1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *