La famille Traoré réclame justice !

Crédits : Ferguson in Paris

La mobilisation pour faire toute la lumière sur la mort d’Adama Traoré continue. Un rassemblement sur fond de militantisme politique a eu lieu le 14 décembre en soutien à la famille d’Adama Traoré. En parallèle, à Pontoise, un procès électrique s’est ouvert suite à l’incarcération de deux des frères du jeune homme disparu le 19 juillet 2016. Respect mag fait le point.

Cette soirée du 14 décembre, au sein du Centre International de Culture Populaire, a exprimé un ras-le-bol : celui d’un acharnement judiciaire fait à la famille d’Adama Traoré, mort le 19 juillet dernier, jour de son 24ème anniversaire, des suites d’un « syndrome d’asphyxie » lors de son interpellation par les gendarmes de la petite commune de Beaumont-sur-Oise, en banlieue parisienne. L’arrestation a, ensuite, donné lieu à une méfiance entre la famille et les gendarmes qu’elle accuse d’avoir commis une « bavure ». Dans une manifestation survenue le 22 juillet, des personnes présentes ont alors crié « Assassins » aux gendarmes chargés d’encadrer le rassemblement, avant que la famille appelle au calme. Une défiance qui ne cesse de planer depuis.

A la poursuite de la vérité

Une fin d’après-midi de juillet à Beaumont-sur-Oise. Bagui Traoré, frère d’Adama, est recherché dans le cadre d’une enquête judiciaire pour extorsion de fonds. Adama, voyant arriver la police, décide de partir, n’ayant pas ses papiers sur lui. Mais il fait l’objet d’une poursuite acharnée de la part des forces de l’ordre. Adama Traoré se cache dans un petit appartement, tapi dans la pénombre. La police le trouve. S’ensuit alors une légère résistance de la part d’Adama Traoré qui est emmené dans un véhicule de la gendarmerie, la cage thoracique compressée par près de 240 kilos de masse corporelle sur lui. A la sortie du véhicule, Adama perd connaissance. Il est constaté que l’homme a encore un pouls, mais il n’est plus réactif ni au toucher ni à la voix. Les pompiers n’arriveront jamais à réanimer Adama.

C’est de ce tragique événement qu’est née la volonté de la famille et des proches du jeune homme de connaître la vérité sur ce qui s’est réellement passé. A Beaumont-sur-Oise, le fantôme des révoltes urbaines resurgit après cette mort que les jeunes du quartier ont qualifié de « bavure ». Une vengeance pour signifier à certains membres des forces de l’ordre qu’ils n’ont pas tous les droits dans ces quartiers. Alors que le procureur de la République (muté à un autre poste depuis) Yves Jannier ne pointait que la « maladie » d’Adama Traoré comme cause principale de son décès, les deux autopsies réalisées sont concordantes et concluent à une mort par asphyxie.

« C’est parce qu’ils sont des militants des quartiers populaires que des années de prison les attendent », déclame le charismatique Samir Baaloudj, activiste, et par ailleurs, responsable du meeting de rassemblement qui a eu lieu au CICP ce 14 décembre. Une foule compacte, nombreuse, parmi elle quelques journalistes, étaient venus réagir à l’incarcération de Bagui et Youssouf Traoré. Les deux frères voulaient assister à une séance du conseil municipal au mois de novembre pour avoir des éclaircissements sur la disparition d’Adama. Ce qu’a refusé Nathalie Groux, maire UDI de la commune.

Rassemblement du 14 décembre à la mémoire d'Adama Traoré et en soutien à ses frères Bagui et Youssouf, incarcérés. Crédits : Collectif Vérité pour Adama
Rassemblement du 14 décembre à la mémoire d’Adama Traoré et en soutien à ses frères Bagui et Youssouf, incarcérés. Crédits : Collectif Vérité pour Adama

Des policiers sous tension et des manifestants en quête de vérité, qui ont conduit à des heurts et à l’incarcération des deux membres de la famille, sans oublier le gazage par la police de la mère de la famille Traoré, ainsi que du cadet, Samba. Le procès, qui s’est déroulé à Pontoise, a eu lieu au même moment que le rassemblement au CICP. « Justice pour Adama », « Liberté pour Bagui et Youssouf », tels étaient les slogans tagués sur de larges banderoles collées à un mur dans ce petit local du 11ème arrondissement parisien. Un lourd silence sur fond d’attente régnait dans la salle. Un mutisme qu’est venue briser une voix volontaire, énergique, où l’on ne sentait pas de haine, mais une atmosphère teintée d’injustice : celle de Samir, le porte-voix de ce rassemblement de soutien. « Les médias, la police et la justice n’ont fait que relayer la parole de la maire » de Beaumont-sur-Oise. L’édile a été accusée d’envenimer la situation, notamment via Facebook où elle avait partagé la publication d’un homme qui appelait « les Français de souche » à « prendre les armes pour aider les pauvres policiers sans recours ».

Une justice inégale

Samir Baaloudj prend le micro comme une arme démocratique, et dénonce une « justice qui n’est pas la même partout ». « Un militant des quartiers populaires, quand il passe en justice, n’est pas traité de la même manière que tout le monde », assène-t-il devant la foule attentive. Cette dernière a, au cours de la soirée, été invitée à prendre librement la parole. Les échanges furent durs, vindicatifs, mais justes, tout droit sortis du cœur. Des constats liés aux déclarations d’Assa Traoré.

La grande sœur d’Adama incarne depuis le début de cette affaire cette révolte pour une justice équitable, dans une affaire qui comporte encore trop de zones d’ombre. Dans une interview parue dans le Nouvel Observateur datée du 24 novembre, elle estimait par ailleurs que « les forces de l’ordre ne doivent pas abuser de leurs pouvoirs en les dévoyant à des fins autres que celles qui font leur légitimité », dénonçant une « justice à deux vitesses ». A Paris, les pensées se dirigeaient vers Pontoise, où la teneur du procès, mouvementé et sous tension, notamment du fait des témoignages contradictoires des agents, a conduit la juge à rendre un jugement final qui verra Bagui et Youssouf Traoré écoper « respectivement » de 8 et 6 mois de prison ferme. L’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, s’élèvera contre cette enquête « bidon », « pourrie », « minable ».

Avant le délibéré, durant la soirée, la prière par la pensée est de mise. C’est sans doute le moment où est projeté un mini-documentaire retraçant les dernières minutes avant la mort d’Adama Traoré qui soulève définitivement l’émotion. Dans cette vidéo, on peut voir des intimes de la famille raconter « in situ » le déroulement de l’interpellation d’Adama Traoré peu avant son arrestation. « Il était sur son vélo, il avait rien demandé… ». A Paris comme à Beaumont-sur-Oise, dans cette lutte pour que lumière soit faite sur cette affaire, la famille Traoré puise dans la douleur une tenace énergie.

La mort du jeune homme de 24 ans, suite à son interpellation par les forces de l’ordre, continue de susciter nombre de questionnements. Chronologie de l’affaire. 


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