La diversité dans l’emploi : 10 ans après, quel bilan ?

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Le Top 10 des recruteurs de la diversité, qui s’est tenu hier à Bercy, aura vu défiler un certain nombre d’officiels et d’organismes privés comme publics. Le but : dire et redire que la diversité doit être significativement considérée dans les entreprises. Mais il y a encore du travail à faire.

Petit retour en arrière. En 2004, la Charte de la diversité, mise en place par des entreprises privées, est signée. Plus de 3 000 entreprises ont ainsi fait savoir qu’elles feraient les efforts nécessaires en matière de diversité. Quelques années plus tard, en 2008, un « label Diversité » est mis en place, attestant ainsi de l’engagement des entreprises à intégrer les « minorités » dans leur politique de ressources humaines. Ce label est délivré pour quatre ans, et fait l’objet d’un contrôle biannuel. Des engagements étatiques et politiques sincères… mais dont les effets tardent à se faire sentir.

Un « testing » préoccupant

Dans une interview au Monde en 2013, le sociologue Jean-François Amadieu critiquait la mise en place de ces dispositifs, et notamment de ce label « Diversité », puisqu’ils n’étaient pas accompagnés de mesures coercitives : « La grande faiblesse du label est qu’il n’est pas contraignant, de sorte que de nombreuses entreprises bien que labellisées ont toujours des pratiques discriminantes. Il récompense les efforts qui vont dans la bonne direction, mais n’empêche pas la discrimination. » Quant à la Charte de la diversité, il faut passer par la justice si un salarié s’estime victime de discrimination. En effet, sont habilités à trancher le traditionnel conseil des prud’hommes, mais aussi les juridictions pénales. Un employeur qui aura discriminé un salarié pourra encourir jusqu’à trois années de prison et 45 000 euros d’amende pour les personnes physiques (le responsable ou le directeur), et 225 000 euros pour les personnes morales (entreprises, associations).  En somme, la jurisprudence française a les armes pour sanctionner les vilains garnements en la matière. Du temps de sa présence au gouvernement en tant que ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, accompagné par la ministre du Travail Myriam El Khomri, avaient promis une vaste campagne de testing, ces tests à l’embauche pour cibler et punir les sociétés qui ostracisent les candidats.

Une décision survenue dans un contexte alarmant: selon le « 8e baromètre DDD/OIT de perception des discriminations dans l’emploi » – une enquête de l’IFOP –, 85 % des demandeurs d’emploi pensent que les discriminations à l’embauche sont « fréquentes ». D’ailleurs, 43 % s’estimant victimes de discrimination à l’embauche ont abandonné leur recherche d’emploi. Des statistiques accablantes, quand on sait que le manque à gagner est lourd. La France a d’ores et déjà perdu la coquette somme de 150 milliards d’euros. « C’est scandaleux », selon Haïba Ouaissi. Cet avocat est le nouveau président du Club 21ème siècle, un think tank qui a fait de la méritocratie et de l’égalité des chances son cheval de bataille. « Nous sommes surtout un réservoir d’idées et d’actions pour la République, en donnant une vision positive de l’égalité des chances.» Pour cela, le club accompagne des jeunes talents de tout horizon dans le cadre d’opérations de mentoring et d’influence de par un réseau considérable de décideurs politiques et d’entreprises à apporter plus de diversité dans leurs instances de décision.

Un club pour faire bouger les lignes

Haïba Ouaissi déplore que les conseils d’administration des grandes entreprises n’intègrent pas assez la notion de diversité dans leur politique en ressources humaines. « Nous sommes convaincus que les différences sont un levier de performance. Pourquoi les conseils d’administration ne reflètent pas la diversité de vos clients, de vos marchés, plus globalement de la société française ? » lance le quadragénaire  comme un cri du cœur. À cette question, les entreprises répondent dans leur ensemble qu’elles aimeraient changer ça, mais qu’elles « ont du mal à trouver des talents issus de la diversité ». Qu’à cela ne tienne, Haiba Ouaissi a entrepris de sélectionner 24 profils d’excellence que le club s’échine à vouloir intégrer dans les grandes instances des sociétés françaises. « Prenez l’exemple de Samir Karoum, diplômé de l’INSEAD Business School, qui est vice-président des grands projets Moyen-Orient, Afrique et Asie de chez Alstom. Cet homme a un chiffre d’affaires annuel de 600 millions d’euros, une prise de commande de 1, 2 milliard d’euros. Ce qui est choquant, c’est qu’il ne siège pas au CA d’Alstom. »

Le président du Club 21ème siècle lors d'une conférence. Crédits : Capture d'écran Youtube.
Le président du Club 21ème siècle lors d’une conférence. Crédits : Capture d’écran Youtube.

Pour mettre en avant tous ces talents, le club 21ème siècle ne lésine pas sur les efforts… et sur son travail d’influence, considérable. Pierre Gattaz et Emmanuel Macron sont ainsi régulièrement invités à la table des dîners du club où, dit-on, ils ne font pas que de belles promesses, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Le club a d’ailleurs édité un annuaire des administrateurs indépendants du club à l’attention des décideurs économiques. Elle compte aussi sur les journalistes pour tenter de relayer, « avec objectivité », ce qui se fait de bien en la matière. « Les journalistes peuvent librement aller sur notre site et consulter des fiches de personnalités, des experts issus de la diversité, afin d’avoir plus de visages différents de ceux que nous voyons habituellement. » Le chemin est encore long et sinueux avant de parvenir à une réelle diversité au sein des entreprises françaises.


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2 commentaires

  • Les actions du Club 21ème siècle, sous l’égide de Haiba Ouaissi, sont des initiatives très bonnes et concrètes qui font bouger les lignes dans les entreprises françaises. J’ai rencontré Haiba Ouaissi et j’ai pu apprécier son expérience mais surtout sa vision claire et moderne de la diversité dans la société française.

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