Le Gang des Antillais confronte la France à son Histoire

Jimmy Larivière (au centre, veste en cuir) et ses complices. Crédit photo : Franck Alix
Jimmy Larivière (au centre, veste en cuir) et ses complices. Crédit photo : Franck Alix
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Djedje Apali est l’acteur principal du dernier long-métrage de Jean-Claude Barny. Dans Le Gang des Antillais, l’acteur incarne un jeune papa tiraillé entre ce qui est juste et un esprit de vengeance contre le Bumidom, la France colonisatrice et les espoirs déçus. Rencontre.

Nous sommes à Paris, dans le 9ème arrondissement. C’est dans un bureau, plutôt illuminé, que l’on retrouve Djedje Apali, en compagnie du réalisateur Jean-Claude Barny. Un petit mal de gorge oblige ce dernier à laisser son acteur seul en interview. Exit la coupe afro et le look seventies, l’interprète de Jimmy Larivière est avenant, souriant et élégant avec un costume bleu nuit. Il est ici pour nous parler de son nouveau film : Le Gang des Antillais.

Une vraie histoire de gangsters

Affiche du film Le Gang des Antillais, de Jean-Claude Barry. Crédit : Guerrar and co
Affiche du film Le Gang des Antillais, de Jean-Claude Barny. Crédit : Guerrar and co

Inspiré de l’histoire vraie de Loïc Lévy, qui en sortira un livre éponyme en 1985, Le Gang des Antillais raconte la trajectoire de l’auteur, des Antilles à la France, issu de cette génération déçue du Bumidom [Bureau de développement des migrations dans les départements d’outre-mer, ndlr]. « Un type qui a des valeurs, qui ne renie pas son passé mais avec un présent aux antipodes. » Dejdje le décrit comme plus humain et ouvert aux autres. Une belle rencontre pour le jeune acteur.

Dans le film, « Jimmy Larivière est un jeune père de famille qui se bat pour élever sa fille. Il est arrivé en métropole à ses 13 ans avec le Bumidom. Il galère parce que les promesses n’ont pas été au rendez-vous », nous résume l’acteur principal du film, avant d’ajouter : « Avec sa fille, il essaie de survivre. Petit à petit, il rentre dans un groupe d’Antillais qui ont des idées un peu révolutionnaires, identitaires et en même temps, il faut qu’on bouffe donc on doit faire de l’argent par nous-mêmes ! Il se laisse glisser dans la délinquance. »

« À 13 ans, on se moquait de son accent »

Si le réalisateur Jean-Claude Barny qualifie ce film comme étant le plus personnel, c’était définitivement un challenge pour son acteur principal. « C’est un gars bien Jimmy Larivière, sauf qu’il se retrouve confronté à la réalité, dans une société qui ne le reconnait pas. Les Français le regardent bizarrement. Loïc Léry m’expliquait que lorsqu’il est arrivé à l’école en France, à 13 ans, on se moquait de son accent. Il l’a gommé au fur et à mesure pour être comme tout le monde. C’est toutes ces petites humiliations, ces frustrations, qui font qu’au bout d’un moment un type qui a un bon fond glisse petit à petit », dit Djedje Apali.

Mathieu Kassovitz dans Le Gang des Antillais. Crédit : Guerrar and co
Mathieu Kassovitz dans Le Gang des Antillais. Crédit : Guerrar and co

Ce type va d’ailleurs croiser la route d’un propriétaire de bar assez bienveillant à son égard. Ce dernier est interprété par Mathieu Kassovitz. « On a eu un bon contact, raconte aujourd’hui Djedje, il m’a pris un peu sous son aile, un peu comme dans le film. C’est important quand t’es jeune comédien de donner la réplique et partager des scènes avec des acteurs de sa trempe. » Une expérience qui s’inscrit dans la longue histoire de Mathieu Kassovitz et Jean-Claude Barny. Les deux compères se suivent dans la vie – « ce sont des amis d’enfance » – comme dans le travail, depuis 1993, dans les projets de l’un (Métisse, La Haine) comme de l’autre (Putain de porte, Nag Marron).

« Le cinéma français a besoin de mettre aussi à l’affiche cette diversité, qui est tout simplement le reflet de la société »

Mais au-delà de cette histoire de gangster, c’est une autre facette de l’Histoire de France qui est proposée au public. Une énième – mais ô combien importante – vie qui bascule face au racisme, aux fausses promesses de la mère patrie, avant de tomber dans l’oubli de la « grande Histoire ». Pour Djedje, « ce film, c’est l’histoire du Bubidom. C’est une histoire française, caribéenne, antillaise. Ça fait partie de l’Histoire de France, composée de diverses vagues d’immigration. Mais ça parle aussi à la France d’aujourd’hui. La France est multiculturelle, multicolore. Et on est ici aujourd’hui pour partager la France, notre bien commun. Avec toutes ces racines. »

D’où une portée pédagogique indéniable, bien que ce soit avant tout le parcours d’un homme. « Mais il faut qu’on en parle aux enfants, que les gens s’en emparent, qu’on l’aborde aussi dans les livres d’Histoire. Qu’on sache pourquoi nos compatriotes antillais sont là, et comment s’est passée leur arrivée en métropole », complète l’acteur. D’ailleurs, ce sont que des acteurs noirs qui sont à l’affiche de ce film. Fait suffisamment rare pour être précisé. Une bonne nouvelle pour Djedje, qui analyse : « On va voir de plus en plus d’acteurs noirs, français et d’origines diverses. Le cinéma français a besoin de mettre aussi à l’affiche cette diversité, qui est tout simplement le reflet de la société. »

Bande-annonce officielle du Gang des Antillais,

en salle depuis le 30 novembre 2016. Source : YouTube


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