Libérer la parole des femmes pour lutter contre le sexisme en politique


Lancé par une dizaine de collaboratrices parlementaires, le site Chaircollaboratrice.com dénonce l’ambiance sexiste qui règne au sein des hémicycles de nos institutions. Une initiative, imaginée suite à « l’affaire Baupin », pour libérer la parole de ces femmes, victimes de remarques et de regards, qui travaillent dans un milieu professionnel où la parité n’existe pas. Entretien avec Charlotte Soulary, collaboratrice parlementaire et porte-parole du collectif Chaire Collaboratrice.

Respect Mag : Quel état des lieux peut-on faire aujourd’hui du sexisme au sein de la sphère politique française ?

Charlotte Soulary : Globalement, il y a du sexisme dans ce milieu professionnel comme dans d’autres milieux professionnels, où il y a une majorité d’hommes. Que ce soit l’Assemblée Nationale, le Sénat ou généralement le monde politique en France, les élus hommes sont plus nombreux que les femmes. On est bien loin de la parité. Et il y a une banalisation, un côté assez exacerbé du sexisme, qui ne choque pas grand monde. Le révélateur pour nous a été « l’affaire Baupin ». Juste après, on s’est mise à plus en parler entre nous, ça a créé une certaine parole. Mais en même temps, on s’est rendu compte que ça ne choquait finalement pas tant que ça le monde politique. Et avec les autres affaires, on a eu un sentiment d’impunité totale des hommes politiques sexistes.

Une société sexiste n’est pas une société qui fonctionne très bien.

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Le site est illustré par les dessins d’Emma (crédit : chaircollaboratrice)

Qu’est-ce que ça révèle sur notre société ?

Une société sexiste n’est pas une société qui fonctionne très bien. C’est triste en fait. Mais j’ai envie d’être optimiste, on essaie avec cette initiative de libérer la parole parce qu’on se rend bien compte que, dans le milieu politique, il y a un gros tabou. Mais la parole elle se libère partout, notamment avec le harcèlement de rue ou récemment avec le sexisme au travail. Je pense à la campagne de la CGT, qui s’appelle « Vie de mère ». On s’inscrit dans un certain nombre d’initiatives qui ont émergé. On souhaite avoir un outil de plus pour continuer à libérer la parole. Pour moi, une société qui commence à mettre les mots sur les problèmes est une société qui évolue. C’est en ça que je reste optimiste. Si on est capable, nous de dire et eux d’entendre et de se remettre en question, on est sur le bon chemin.

Le sujet est-il véritablement un tabou en France ?

Oui, c’est clairement un tabou. C’est difficile d’en parler librement, d’arrêter de banaliser, d’arrêter de se dire que, de toute façon, c’est comme ça que ça fonctionne et que ça ne changera pas. Il y a à la fois le « c’est normal » et le « c’est pas grave ». On a aussi entendu « c’est gentil » ou « c’est de l’humour ». Il y en a aussi qui disent que ce sont des compliments : « vous devriez être contentes qu’on vous appelle ma jolie ». Il y a une incompréhension… C’est pour ça qu’on s’est appelé « chair » collaboratrice. On en a marre d’être juste ramenées à un corps, à un objet.

Pour moi, une société qui commence à mettre les mots sur les problèmes est une société qui évolue.

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Le site reçoit de plus en plus de témoignages de collaboratrices parlementaires victimes de sexisme.

C’est étonnant, pourquoi les politiques ne se rendent pas compte que c’est inapproprié ?

Idéalement, on aimerait qu’ils comprennent par eux-mêmes que c’est blessant, humiliant et dévalorisant. Mais bon… Il n’y a pas suffisamment d’indignation dans la société sur le sexisme pour qu’ils se disent « politiquement, ce n’est pas bon de parler comme ça ». Mais il y a eu plein d’affaires qui, à chaque fois, rajoutent un niveau d’indignation de la part de la société. Il y a peu d’autres solutions que la sensibilisation et de conscientisation de la société sur le sexisme. Ça ne peut changer que si on s’y on met tous et toutes, ça ne changera pas tout seul, quelles que soient les lois qu’on met en place.

Afficher le sexisme ordinaire en politique est une solution efficace ?

Notre objectif, c’est d’avoir un outil pour libérer la parole parce qu’on s’est rendue compte que ce n’est pas si facile d’en parler, de commencer à mettre les mots sur certaines de ces humiliations quotidiennes. L’impact qu’on espère, c’est aussi que ça fasse réagir les gens et en premier lieu les élus, qu’ils comprennent que c’est un problème. Je crois beaucoup dans le fait de donner des exemples. Les témoignages sont une accumulation d’exemples de sexisme ordinaire et de harcèlement en politique. En politique, le fait qu’il y ait plus de femmes élues nous aide, les collaboratrices, car elles prennnent la parole. On l’a beaucoup vu à l’Assemblée Nationale ces dernières années, les députés et les ministres femmes dérangent. Je pense par exemple à Cécile Duflot qui s’était faite siffler par des députés parce qu’elle était venue en robe. Ou Véronique Massonneau, députée EELV, lorsqu’un député avait caqueté pendant sa prise de parole. On avait appelé ça « l’affaire de la poule ».

Les députés et les ministres femmes dérangent.

Le collectif est-il composé de militantes féministes ?

Je suis militante féministe depuis plusieurs années mais ce n’est pas le cas de tout le collectif. Mais, le constat, on le fait toutes. La question est de se mettre à en parler, à le dénoncer, à le remettre en question et que ça se fasse de manière collective. Ce n’est pas être féministe que de remarquer qu’il y a du sexisme, ça nous dérange qu’on soit féministe ou pas. Moi, je l’analyse comme un des éléments qui contribue à toujours dévaloriser les femmes et donc à maintenir cette relation de pouvoir inégal qui fait l’inégalité Femme – Homme. Mais il n’y a même pas besoin de l’analyser comme ça pour le remettre en question.


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1 commentaire

  • le sexisme a lieu à tous les niveaux, c’est un fait, mais la parité n’a rien à voir
    c’est un état d’esprit individuel qui enfle avec l’effet de groupe
    quand un homme dit « salut ma jolie » cela n’a rien à voir avec le fait d’être sifflé parce que l’on est en robe ou d’être dérangée par un caqueteur lorsque l’on fait un discours C’est juste un compliment !
    je suis fière d’être une femme digne de ce nom, mais remettons les choses à leur place, cessons de croire que parce qu’une majorité d’hommes exerce dans un même lieu, cela crée du sexisme.
    La vérité c’est que même entre eux, certains hommes politique ont un égo qui leur donne l’illusion d’être autorisé à perdre certaines valeurs ou certains repères -particulièrement quand ils sont entre eux.
    A nous, femmes, de les remettre dans leur droit chemin…

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