Baskin : valides et handicapés jouent sur le même parquet

Le baskin permet à des personnes valides et des handicapés d'exercer le même sport sur un même terrain
© Pixabay

A Nantes, l’association Orea tente de faire connaître un sport pas comme les autres. Inclusif, le baskin, dérivé du basket, regroupe valides et personnes en situation de handicap sur le même terrain. Une mixité que la vingtaine de bénévoles mettent aussi en avant lors d’ateliers de sensibilisation au handicap. Nous avons rencontré Anthony Penaud, son président, âgé de 42 ans, non-voyant.

Racontez-nous la genèse de votre association, Orea ?
Elle a été fondée en octobre 2005 par Florianne Livet et Myriam Chanson, professeure de sports adaptés et éducatrice sportive adaptée, à la suite d’un volontariat européen effectué en Grèce pour aider des enfants polyhandicapés. Elles se sont rendues compte que de nombreuses structures accompagnaient les personnes en situation de handicap en France, mais que la relation aidants-aidés était trop prégnante. Que faire pour changer le regard des valides ? Elles ont lancé la structure, afin de favoriser la mixité, ainsi que la rencontre et le bien vivre ensemble. Et ce, au travers d’actions sportives et culturelles.

Et pourquoi ce nom, Orea ?
Tout simplement, car « Orea » signifie « Super » en grec. Lors de leur séjour, Florianne et Myriam avaient remarqué que c’était le cri de joie des enfants dont elles s’occupaient. Aujourd’hui, onze ans plus tard, elles sont toujours là ; l’une est vice-présidente de l’association, l’autre, membre du conseil d’administration. A noter que nous sommes tous bénévoles et certains mènent une vie professionnelle en parallèle.

Le baskin est l’un des seuls sports inclusifs qu’on peut pratiquer en France

Comment avez-vous découvert le baskin, contraction du mot « basket » et « inclusif » ?
Après qu’un ami leur ont parlé de ce sport inclusif, permettant à des invalides de jouer avec des valides, les deux fondatrices Florianne et Myriam se sont rendues, en 2011, en Italie pour se former. En effet, le baskin y est né. On y trouve une fédération ainsi qu’un championnat et des clubs dans de nombreuses villes. La discipline, pratiquée par des milliers de personnes, a été inventée en 2004 par un professeur d’EPS et un père d’une élève handicapée motrice.
A Orea, nous avons considéré que les valeurs de ce sport reflétaient les nôtres : promouvoir la mixité et la rencontre entre personnes différentes. Aussi avons-nous importé l’activité physique pour la faire connaître à Nantes et dans ses environs. Aujourd’hui, nous proposons des démonstrations, des entraînements, ainsi que des tournois. Le dernier en date a eu lieu le 29 mai, à Nantes. Une centaine de joueurs y ont participé. Sur place, nous avons formé 10 équipes (de juniors et de seniors) de 6 joueurs chacune.

Pouvez-vous nous rappeler les règles en quelques mots ?
Sur le terrain composé de quatre paniers (au lieu de deux), chacun, homme ou femme, joue son propre rôle en fonction de ses capacités motrices. Le but du jeu est de marquer le plus de paniers. Parfois, avec des balles plus légères, si besoin. Durant la phase de jeu (qui dure 4 X 6 minutes), le capitaine, un joueur valide, s’assure que les joueurs handicapés aient bien le ballon pour leur mission.

L’idée est de mettre en situation les valides, afin qu’ils se mettent à la place des personnes souffrant d’un handicap

Le baskin se développe en France, désormais ?
Le baskin est l’un des seuls sports inclusifs qu’on peut pratiquer en France. Mais il y a encore une marge de manœuvre. Cela se développe lentement. Notre association est la seule en France à promouvoir le baskin. D’autres jouent à Lyon (sur le campus de Lyon 1, à la fac de sciences et techniques des activités physiques et sportives, NDLR). Lors de notre grand tournoi, une délégation de la fédération italienne de baskin nous a rendu visite et incités à monter une association nationale, regroupant l’ensemble des acteurs français. Nous y travaillons, actuellement.

Quels autres types d’activités ou d’ateliers organisez-vous au sein de l’association ?
Depuis le début, nous menons des missions de sensibilisation dans des établissements scolaires, dans des centres aérés, où nous organisons, des initiations au braille, des apéros « sous bandeau » ou des promenades à fauteuil roulant. L’idée est de mettre en situation les valides, afin qu’ils se mettent à la place des personnes souffrant d’un handicap. Bien sûr, ils ne pourront jamais se rendre compte à 100 %, mais ils pourront aisément se faire une idée. Nous présentons, par ailleurs, notre association lors de festivals. Des manifestations qui permettent toujours, en tout cas, de lancer une conversation, un débat.


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