« Donner à ces femmes le pouvoir de se réaliser »

© Led by Her

Créée en 2015, l’association Led By Her vient en aide aux femmes victimes de violence en les aidant à mûrir et construire un projet professionnel d’entreprise. Chiara Condi, la créatrice de la structure, revient pour Respect mag sur ce projet qui refuse la fatalité.

A partir de quel constat avez-vous créé Led By Her ?
Au départ, je voulais être bénévole pour d’autres associations de défense des femmes. Je voyais qu’il y en avait beaucoup qui aidaient les femmes ayant subi des violences, notamment dans leur prise en charge psychologique ou leur hébergement. Mais j’ai senti qu’il fallait compléter la chaîne. Pour sortir du cycle de violence, une femme doit d’abord connaître son autonomie, son indépendance. En un mot : se réaliser. Pour accomplir cette mission, j’avais besoin de personnes issues du monde professionnel. J’ai ensuite demandé à toutes ces personnes de donner de leur temps pour accompagner ces femmes dans leur processus de reconstruction professionnelle.

Quelle est votre vocation ?
Donner à ces femmes le pouvoir de se réaliser. Si leur projet voit le jour, elles vont pouvoir aider d’autres femmes à leur tour. L’idée est de leur donner les outils pour s’accomplir, pour qu’elles puissent transmettre leur savoir à la société.

Est-ce le fait d’avoir été bénévole au sein de l’association HERA (qui aide les femmes victimes de trafic humain à devenir entrepreneuses, ndlr) qui vous a donné envie de créer votre propre association ?
Exactement, mais avec quelques nuances. J’ai créé un programme qui dure un an, alors que mon expérience avec l’association HERA se situe dans un contexte plus global. L’association HERA aidait les femmes sur un temps très court, deux semaines, via des projets d’entrepreneuriat. Alors que Led By Her met en place le même type de programme, mais sur une année, comprenant 300 heures de cours, avec du mentorat et des événements tous les mois.

Nous mettons l’accent sur la personne, son identité

Comment se déroule votre accompagnement, tant au niveau des étapes que du suivi ?
Les femmes commencent par postuler sur notre site web, pour obtenir un entretien avec un des membres du conseil d’administration de l’association. Une fois la candidature validée, elles font partie d’une nouvelle promotion chaque mois de septembre, jusqu’à juillet. Elles suivent ensuite des cours de un à deux jours par semaine, accompagnées de mentors qui suivent avec elle une feuille de route avec des objectifs à tenir pour mener à bien leur projet entrepreneurial. Chaque année, 50 femmes bénéficient de ce programme.

 A quelles difficultés sont confrontées ces femmes durant la mise en œuvre de leur projet ?
Elles se posent surtout la question du premier pas à faire avant la mise en œuvre de leur projet. Beaucoup de femmes ne savent pas comment faire.

Qu’est-ce que l’entrepreneuriat leur apporte ?
Une belle envie d’agir. Notre programme d’entrepreneuriat est très fort dans cette symbolique. Nous mettons beaucoup l’accent sur la personne, son identité, pourquoi est-elle là, quelle est sa motivation, celle de son projet. Ce qu’il y a de plus important, c’est que la porteuse de projet sache pourquoi elle est là.

Les femmes accompagnées se sont senties rassurées

Quels sont les projets qui ont déjà vu le jour ? Avez-vous eu des témoignages de femmes qui connaissent le succès dans leur activité entrepreneuriale ?
12 projets ont déjà vu le jour. Ces femmes sont venues vers nous avec une très forte motivation. L’année de formation les a beaucoup aidées. Le fait d’avoir bien défini leur projet dans les détails aussi, grâce à des outils très concrets pour les aider à le réaliser. Les femmes qui ont été accompagnées se sont tout de suite senties rassurées. Il faut retenir le fait que même lors de la création du projet, et une fois la formation terminée, elles peuvent aussi revoir les cours qu’elles ont suivis grâce à une plateforme d’e-learning sur notre site web.

Les violences contre les femmes persistent en France. Que nous reste-t-il à faire ? Quelles lignes faut-il bouger ?
Il faut une approche beaucoup plus globale dans la prise en charge des femmes victimes de violence, qui prenne en compte l’aspect juridique, la santé, l’insertion professionnelle. Il faut travailler de façon globale sur la personne, dans un contexte qui va être lié à celui de leur hébergement à leur sortie et leur insertion professionnelle. Le centre Hubertine Auclert a publié un rapport sur l’insertion professionnelle des femmes victimes de violence montre que nous sommes la seule association qui travaille sur la question en France. Nous gagnerions à travailler en complémentarité avec d’autres structures pour une meilleure prise en charge de ces femmes.

Ci-dessous, l’association Led By Her en chiffres : 


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