Les WiFilles à l’assaut du numérique

Wi Filles - Numérique / Crédit :Capture d'écran Youtube - Wi Filles
Capture d'écran Youtube / Wi Filles

Le parcours, qui vient d’être labellisé par La France s’engage, vise à sensibiliser les collégiennes aux métiers de l’informatique et du numérique. Mais pas que. Autonomisation et empowerment des participantes sont également au coeur de ce parcours ponctué d’ateliers pratiques et de rencontres professionnelles. Salwa Toko, à l’origine de ce programme, nous explique l’esprit de WiFilles et ses prochains développements.   

A partir de quel constat est né le programme WiFilles ?
J’ai pu constater lors de mes interventions dans les établissement scolaires dans le cadre de mes fonctions chez Face 93 (Fondation agir contre l’exclusion, ndlr) que les élèves avaient des visions genrées des métiers. Les filles disent s’intéresser aux métiers de la santé, de la petite enfance, des services à la personne… Les garçons évoquent la technique, la mécanique, la plomberie… J’ai donc commencé à faire des interventions sur la diversification des choix professionnels pour expliquer que les métiers n’avaient pas de sexe et que tout le monde pouvait se diriger vers tous les métiers. Puis en avril 2012, je suis invitée par l’IUT de Montreuil pour la cérémonie de remise des prix du concours national « les 24h de l’informatique». Sur la centaine de participants, seule une petite dizaine étaient des filles. Là j’ai pris conscience d’un vrai manque de candidature féminine dans les formations informatiques.

Et pourtant les secteurs d’activité de l’informatique et du numérique sont particulièrement pourvoyeurs d’emploi et bien rémunérés.
Oui parfaitement. Et le numérique a envahi tous les métiers. Si les femmes ne sont pas confrontées au numérique dès leur plus jeune âge, elles souffriront d’une discrimination supplémentaire sur le marché de l’emploi.

De nombreuses actions travaillent sur le sujet de la sensibilisation des filles aux métiers de l’informatique et du numérique. Pourtant le nombre de filles dans ces filières est stable. Comment expliquez-vous cet échec ?
Des chercheurs estiment que l’école n’encouragerait pas suffisamment les filles à s’orienter vers les filières scientifiques et que généralement ces actions étaient menées trop tard dans la scolarité et selon un format “one shot”. Ils préconisent la création de parcours avec plusieurs rencontres où les élèves ont les mains dans le cambouis. C’est à partir de ce constat qu’est né le parcours WiFilles.

Les filles apprennent à manipuler les outils du numérique pour créer et non plus seulement consommer

Comment se déroule le programme ?
WiFilles s’adresse aux filles en classe de 3e, une classe clé dans l’orientation. C’est un parcours en immersion totale dans le monde du numérique et du code en particulier. Chaque année, le programme se déroule de février à juin hors temps scolaire, tous les mercredis après-midi et durant les quatre semaines de vacances scolaires de cette période. Les filles apprennent à manipuler les outils du numérique pour créer et non plus seulement consommer. Nous en sommes à notre troisième promotion.

Quels sont les objectifs de ce programme ?
WiFilles est certes un parcours d’acquisition de compétences avec des ateliers pratiques mais c’est aussi des rencontres avec des professionnels, des visites d’entreprises et la participation à plein d’événements autour du numérique et de l’informatique. On les a emmenées au sein des locaux de Mozilla, à l’école 42 [école information créée par Xavier Niel, le pdg de Free], Epitech… Par ailleurs, elles sont mentorées par des réseaux de femmes du secteur informatique, comme Duchess ou Girls in tech. Tout cela concourt à les sensibiliser au sujet de l’égalité Femmes/Hommes dans le milieu professionnel et dans l’informatique en particulier. Une sensibilité qui leur permettra de devenir des ambassadrices du programme au sein de leurs établissements et de ferventes militantes à l’égalité professionnelle dans ce secteur.

Ces programmes ont-ils réveillé des vocations ?
Le programme est jeune encore, une seule ancienne WiFilles a passé son bac pour l’instant. Grâce à WiFilles, elle a intégré un DUT informatique à Montreuil (93), un cursus bien différent de la filière marketing qu’elle avait envisagée avant de suivre le programme.

Nous réfléchissons à la manière dont les anciennes WiFilles peuvent participer au lien social et à la lutte contre la fracture de l’usage du numérique

Mais le programme WIFilles n’a pas vocation à faire de toutes les participantes de futures développeuses ou codeuses….
Tout à fait. Pour autant le programme leur apporte une approche numérique du futur métier ou secteur qu’elles veulent intégrer. Par exemple, deux jeunes filles de la première promo aimeraient toujours travailler dans la petite enfance, mais depuis WiFilles, elles réfléchissent à créer des applications au service de ce secteur d’activité. Deux autres, fondues de développement durable, songent à créer une application pour sensibiliser aux problématiques écologiques via une application ludique qui parle aux jeunes. Wifilles fait aussi en sorte qu’elles s’approprient le numérique en tant que citoyennes. Sans une bonne maîtrise des outils numériques, on se retrouve en marge de la société dans l’accès à ses droits.

D’ailleurs WiFilles provoque des effets positifs dans la Cité.
Oui. Une des participantes au programme a donné des cours d’informatique dans la maison de retraite de sa grand-mère ! D’ailleurs, nous réfléchissons à la manière dont les anciennes WiFilles peuvent participer au lien social et à la lutte contre la fracture de l’usage du numérique. Ce sujet préoccupe beaucoup en Seine-Saint-Denis. Et nous sommes en train de travailler avec les CCAS (centre communal d’action sociale, ndlr) de sorte que des WiFilles puissent animer des ateliers auprès du public.

Le programme existe en Seine-Saint-Denis. Avez-vous des projets de développement dans d’autres régions ?
Oui et ce projet est impulsé par la labellisation La France s’engage du programme. Nous sommes en train de finaliser la pédagogie et la méthodologie qui va permettre à toutes les structures du réseau Face et à d’autres structures de dupliquer le programme, d’abord en Ile-de-France puis ailleurs.


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