55 minutes… pour dresser un portrait sans concession d’une fille des années 2010. Cru. Sabrina est une jeune femme un peu paumée. Participer à une industrie qui la dégoûte lui permet juste d’atteindre son but : amasser des sous, pour vivre des jours meilleurs. Trois nuits par semaine, elle est au Boudoir. Elle paye de sa personne à la barre, mais gagne à peine de quoi payer son loyer. Sa bonne descente lui permet d’assumer les regards et d’oublier combien elle ne les supporte plus. Tout ce que vit Sabrina, en cours, chez elle, est montré sans artifices. Pleine de paradoxes, elle renvoie à ceux auxquels sont confrontés les jeunes d’aujourd’hui. Pas tout à fait sortis de l’enfance, effrayés par leur arrivée dans l’âge adulte. Et la débauche, pour compagnon d’angoisse.
55 minutes… pour nous toucher. Sabrina rêve d’ « avoir un boulot et un salaire fixes ». La vie d’adulte, quoi. Sauf, que son visage poupon et sa chambre, emplie de peluches, tranchent avec son désir de grandir. Le pole dance n’est pas sa vocation, c’est juste sa survie. Passer son examen pour changer de vie et devenir aide-soignante n’est pas chose aisée. Sa seule stabilité : Loïc, son coloc, son ex-amoureux, vivotant de contrats d’intérim et leur nid, une maison en travaux depuis deux ans. Une vie en suspens que la réalisatrice filme, au plus près des errements de la jeune femme, mal engagée sur la route vers l’indépendance. Sans doute, déjà, un (lourd) passé la précède, que nous, spectateurs, sommes conviés à lire sur son corps, lors d’un contrôle médical. Une des plus belles scènes de ce portrait intimiste mais universel, où l’extrême vulnérabilité de Sabrina est mis à jour, autrement que sous les regards des hommes du Boudoir. L’Âge adulte est par ailleurs truffé de scènes drôles. On rit de certaines des situations que les deux protagonistes doivent traverser. Le descriptif désabusé et ironique des shows privés que Sabrine offre à ses clients est impayable.
55 minutes… pour nous convaincre du talent d’Eve Duchemin. Caméraman de formation, c’est son sixième film. La rencontre avec la tempétueuse Sabrina s’est bien passée. Et le tournage ? « J’ai été en empathie avec cette sale gosse ! On ne filme que les gens qu’on aime. En immersion avec elle pendant 9 mois, je l’accompagnais la nuit, je la motivais à passer son examen. » avoue la jeune femme de 32 ans. Ce qui est montré de la vie de Sabrina peut paraître choquant. Mais il donne corps à une réalité peu représentée. Un étudiant sur cinq vit en deça du seuil de pauvreté et a un travail précaire pour subvenir à ses besoins. « C’est mon rôle : montrer ce que personne d’autre ne voit » confie la réalisatrice. Ce documentaire contredit l’adage qui affirme que « vingt ans est le plus bel âge de la vie ». Et, à raison, au vu du contexte actuel… Au final, un film à mettre devant tous les yeux, pour prendre la température sociale d’une partie de la jeunesse française, qu’on voit si peu à la télé.
â–º L’âge adulte d’Ève Duchemin, diffusion jeudi 16 février sur Arte à 23h20. Ce documentaire est le 7ème et dernier film de la collection d'Arte “Les Gars et les Filles”. En savoir plus






















