Tribune
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Par Frank Arthur Mbatang, créateur de Vie De Noir |
De nombreuses personnalités noires ont donc décidé de se regrouper pour en formuler une et faire entendre notre voix. Elles ont posé, via Le Monde, cette question: «À quand une femme noire en couverture de Elle?»
La rédactrice en chef nous dit qu’elle n’est pas raciste. Nous en sommes convaincus mais il serait peut être temps alors de donner à la femme noire la place qui lui revient.
Comment? En l’intégrant plus souvent dans le choix de ses Une mais surtout en la banalisant dans ses pages. Les quelques deux millions de femmes noires de France pourraient enfin se sentir vraiment concernées par ces revues qui prétendent parler d’elles.
Il faudrait aussi (et surtout) leurs attribuer des postes au sein de leurs rédactions, des postes décisionnaires de préférence, pour que, là encore, ce genre de méprises puissent être évitées. Nous avons assisté, ces derniers temps, à de nombreuses maladresses conscientes ou inconscientes de la part de personnalités, médias et autres présumés représentants français. Mais que savent-ils de la France d’aujourd’hui, eux qui semblent être enfermés dans des tours d’ivoires se la jouant grands penseurs et donneurs de leçons, dont le regard n’est tourné que vers une partie de la population, la partie blanche.
L’Homme noir fait partie intégrante de la société. Nous sommes nés ici. Nous sommes français et nous n’accepterons plus de nous faire insulter de la sorte. L’ignorance manifeste dont fait preuve ceux qui composent la sphère publique de notre société - et qui sont censés de par leurs actions symboliser la nation - n’est plus tolérable.
Nous demandons au magazine Elle et à tous les autres (Marie Claire, Glamour, Be, Cosmopolitan…) d’embaucher des femmes noires pour que le sujet soit traité par des expertes (les coupes afros sont, par exemple, absentes des coupes tendances sur le site de Elle) et de banaliser leur présence dans ses articles afin que toutes ces revues soient vraiment représentatives de notre société. Sans quoi nous assisterons à une fracture toujours plus grande et à la naissance d’initiatives alternatives et jugées communautaires (Fashizblack, Vie de Noir, Afrosomething, Miss Ebene…) par ceux qui, finalement le sont, en nous excluant de leurs contenus.
Et comme le suggère Christian Kamga Djeumo, étudiant à Euromed Marseille, fervent défenseur de la cause noire, parler de «code blanc» revient à nier l’existence même d’un style provenant de la culture afro-antillaise. Hors il existe de nombreux créateurs talentueux:
Adama Paris en tête de file, dont vous, médias de mode, ne parlez pas.
On trouve, sur vos sites, des informations sur les Fashion Week du monde entier. Qu’en est-il sur celles de Dakar, Lagos ou Yaoundé? Ce sont peut être des évènements mineurs, pour vous, qui n’ont pas le droit de cité; mais une fois encore, nous insistons. Nous sommes des millions à être concernés, c’est une partie de notre héritage. Au même titre que la marinière était chère aux bretons, le wax était cher à nos parents.
La France est un pays métissé. C’est une richesse. L’heure est venue de mélanger les cultures, de s’affranchir de nos peurs respectives et d’avancer ensemble. Nous voulons croire que cette «société plus juste», «plus égalitaire» et surtout «plus mixte» dont parle Mme Toronian (extrait de Le Monde, 3 février 2012) n'est pas qu'un vœu pieux. Et nous espérons que vous et vos amis, dictateurs de notre image, serez vous affranchir de ce trop plein de démagogie et être à la hauteur de ces paroles pleines d’esprit.
Nous venons de vous faire part de nos griefs, place aux actes. Tout comme vous ne voulez plus laisser personne se poser des questions sur vos convictions (cf. communiqué de la Société des journalistes de Elle, 1er février 2012), nous ne voulons plus nous demander les raisons pour lesquelles vous sortez depuis trop longtemps des magazines remplis de telles aberrations.
À l’attention de Mme Toronian et des rédacteurs en chef de Cosmopolitan (Corinne Nocella), Glamour (Laurence Vély), Marie Claire (Désirée de Lamarzelle), Vogue (Sarah Herz), Femme Actuelle, Grazia, Be.