La conférence, présidée par Lilian Thuram et Elisabeth Caillet, a réuni Michel Wieviorka, Doudou Diène, Françoise Vergès et beaucoup d'autres.
Le projet : penser la conception du sauvage à travers le temps. « Ne sommes-nous pas en train de fabriquer l'infériorité de certaines personnes aujourd’hui ? » s'interroge Élisabeth Caillet. Bref rappel historique. Dans l'Antiquité, le sauvage renvoie à l'autre, différent de « moi » par ses pratiques culturelles et sa langue. « Il est le barbare. L’ennemi qu'on se représente » selon Michel Wieviorka.
Cette construction réapparaît au fil du temps. Elle trouve son apogée en France, au début du XIXème siècle. « L'établissement des races est venu du milieu scientifique. La science a légitimé l'idée de hiérarchisation entre les hommes » précise Carole Rayno Palico, professeur à l'université de Californie et de New York. Ces données rapportées dans les manuels scolaire de l'époque (jusqu'en 1930 pour certains), distinguent 4 races. La blanche y est décrite comme « la plus parfaite des races ». D'après la chercheuse, il resterait toujours « les traces d'une pensée raciale en France. Elles structurent encore notre imaginaire. Le terme de race à été discrédité par l'usage qu'en ont fait les nazis. Désormais on parle d'ethnie. Ce mot continue à véhiculer une vision du monde biologisante. Il truste le discours des hommes politiques et des journalistes. ».
Une attitude que dénonce Doudou Diene, juriste sénégalais.« Prenez l'exemple du président Sarkozy. En visite à l'université de Dakar, il s’est permis de dire que l'homme africain n'est jamais entrer dans l'histoire. Parler ainsi montre que lui, ou la personne ayant écrit son discours, suppose que l'on peut tenir ce genre de propos. Comme s'il s'agissait d'une vérité. ».
Les sauvages seraient-ils désormais parqués dans les banlieues? Ceux que Jean Pierre Chevènement, pendant les émeutes de 2005, nommait « les sauvageons » sont les nouveaux barbares de la République.
Et lorsqu'un spectateur demande comment est-il possible, aujourd'hui, de lutter contre les stigmatisations galvaudées du quotidien, Lilian Thuram prend la parole: «Il nous faut tout déconstruire. Faire comprendre aux enfants qu'ils doivent dépasser les questions de couleur ou de religion pour construire l'humanité. Expliquer aux jeunes adultes qu'ils doivent se méfier des discours politiques qui divisent les gens. Car si l’on vous raconte milles fois un mensonge, au bout de la millième fois, il devient une vérité ».
⇒ Exposition "Exhibitions, l’invention du sauvage" au musée du quai Branly, jusqu'au 23 juin 2012. En savoir plus























