Tu es toujours « le meilleur rappeur francophone » ?
(Rires) Ce morceau est vraiment old school, le seul où je peux kicker ! Je voulais faire un truc hip-hop. J'ai commencé ma carrière de rappeur par du freestyle au Sénégal. Dans l'Analyse Episode 1 comme dans l' Episode 2, j’aborde plus la question de la musicalité. Je sais qu’on ne peut pas plaire à tous, mais faire un titre dans le délire egotrip me plaisait beaucoup.
Meilleur Rappeur Francophone - ABASS ABASS
Tu vis au Sénégal ?
J’y suis né et j'y retourne souvent. C'est là bas que j'ai fait mes premières armes en tournant dans tout le pays avec mon premier album, Zibizizaba. Je n'avais pas encore trouvé d’identité musicale et je voulais surtout montrer que je savais rimer et rapper. Un peu comme de l'art pour l'art. Il m'a fallu du temps pour comprendre ma voix. J'ai pris des cours et ça m'a beaucoup aidé, surtout dans la composition de mes deux derniers albums.
Tu dis que tu n'avais pas encore trouvé ton identité musicale. Ça veut dire que tes précédents albums ne te ressemblaient pas ?
Je me cherchais encore. Quand tu fais de l'art pour l'art ou que tu copies les Américains, en fait, tu cherches ta personnalité. Dans mon deuxième album, Président de la rue Publik, je critique le gouvernement sans amener de solutions. C'est tout de suite moins fort. A quoi ça sert de critiquer Sarkozy sur tout un album ? Une fois qu'il ne sera plus président, tout cela sera oublié. En gagnant en profondeur, l'Analyse épisode 1 est toujours d'actualité. Il me représente. Les thématiques abordées sont universelles.
Pourquoi l'Analyse époside 2 ?
L'objectif était de pousser au maximum ce qu'on avait entrepris dans le premier. Lorsque je discutais de l'Analyse épisode 1, les gens me disaient « Abass, on peut encore faire mieux ». D'où ces reprises qui viennent donner un second souffle à d'anciens morceaux. On est loin de la réédition, l'album compte 9 nouveaux titres. La musique a un grand pouvoir sur les esprits. C'est le seul moment où l'on est écouté. Là, plus d'égotrip. Le mec est seul avec son casque sur les oreilles et entend vraiment ce que tu as à lui dire. L'Analyse épisode 2 met le cran au dessus. Je l'ai compris après avoir écrit "Abdou", un morceau hommage à un ami mort. Il a cartonné au Sénégal. Un fan m'a même dit que cette chanson l'avait aidé à reprendre ses études.
Le travail d'écriture ?
Souvent après une discussion entre amis, dans les transports, en studio ou devant la télé. Je m'inspire beaucoup de ce que je vois. Dans Vie d’immigré je raconte ce que je vois au quotidien. J'ai des papiers français mais plein d'amis qui n'en possèdent pas. Avec ce morceau j'ai voulu mettre un nom sur tous ces chiffres dont on nous parle à la télévision. Montrer qu'ils sont avant tout des êtres humains, dignes, avec une famille, des soucis, et qu'on ne peut pas les comparer à des criminels.
Dans Nappy Attitude tu dénonces le comportement des diasporas africaines qui se calquent sur les canons esthétiques occidentaux. Comment analyses-tu ce phénomène ?
Je refuse la domination culturelle. Je suis venu au monde avec des cheveux crépus et pour être beau je n'ai pas besoin de les défriser. Les spécialistes du cheveu ont longtemps oublié qu'il y avait un vrai marché à exploiter. Il est désormais en plein essor mais une hôtesse de l'air ne peut toujours pas coiffer ses cheveux au naturel. C'est de la discrimination. Mais attention à ne pas tomber pas dans l'excès inverse. Dans le clip de "Nappy" je montre aussi des femmes blanches aux cheveux raides ou des métisses. La beauté n'appartient à aucun peuple, aucune race. Notre cheveu crépu est beau comme un cheveu raide est beau.
Dans "Fatou" tu dis : « Intégré veut pas dire que ta culture faut la rejeter »...
Aujourd’hui l’Afrique est dominée financièrement et nous devons l'accepter parce que c'est vrai. Mais ce que nous refuserons toujours c'est qu'un peuple se prétende plus intelligent qu'un autre. « Fatou » c'est un message à tous les Africains qui viennent en Europe. Je veux leur dire qu'ils ont en eux une grande richesse, leur culture d'origine. Ces valeurs n'ont pas à être rejetées.
Ton avis sur la scène rap française ?
J’écoute beaucoup de rap français même si je trouve qu'en France, nous, rappeurs, on cherche trop à copier les Américains. Ne rejetons pas nos valeurs pour adopter celles des autres. Quand tu poses ta galette on doit te reconnaître. C'est cela l'art. Des mecs comme Féfé ou Youssoupha ont leurs propres univers: c'est ce que j'admire. L'artiste n'e doit pas être soumis aux désirs du public. L'autre problème réside dans les textes. Je dirige des ateliers d'écriture. Pour moi, un rap doit être en phase avec la personne qui l’écrit. Je demande souvent aux jeunes si les valeurs qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants tournent autour du ghetto, de la drogue et de tous les clichés possibles qui existent sur la banlieue. Nos textes ont une répercussion sur ceux qui les écoutent. Un petit ne doit pas être fier d'aller en garde à vue.
â–º Abass Abass en concert au New-Morning à Paris le 10 février. Nouvel album L'Analyse épisode 2, dans les bacs le 30 janvier.






















