Fêter et s’indigner
13h45. Un chapiteau blanc signale que le Secours Islamique a pris ses quartiers, n'en déplaise aux skateurs qui squattent la place ! Et c'est sous un beau soleil que la répétition pour la flash mob commence. Tous vêtus de blanc. Caméra oblige, tout doit être parfait, on n’a pas tous les jours vingt ans ! En capitales, le mot « souffrance » est inscrit sur le sol à la craie. Pourquoi ?
Rachid Lahlou, président de l’organisation rappelle : « Ce n’est pas qu’une fête, nous venons aussi crier notre colère contre la misère qui touche notre pays, la France. On met sur pied une distribution alimentaire symbolique. Nous sommes là aussi pour marquer un temps de solidarité contre l'exclusion, le refus de la misère et de la vulnérabilité. »
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Sophie Delile ©SIF
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Sophie Delile, coordinatrice de la mobilisation confirme. « L'objectif est de faire connaître le Secours au-delà de son public habituel de donateurs. En 2012, nous allons à la rencontre des gens, partout dans le monde.» Et ça marche ! Deux jeunes hipsters, chaussures bateau et foulard vintage sur les épaules, osent s'approcher du stand d’information du Secours. Des familles, des militants du milieu associatif se massent derrière le pupitre pour prendre la parole. Ils scandent des mots « égoïsme », « incompréhension ». Les bénévoles ont pour mission de les inscrire sur le sol, comme pour mieux les conjurer. MO-BI-LI-SES, on vous dit !
Présence dans les médias
Cette journée vient rappeler aussi qu’au royaume de l’humanitaire, tous ses acteurs ne sont pas rois. Le Secours Islamique pâtit d’un manque de visibilité significatif. Ce qui tend à changer selon Youssef, participant, « Je suis venu parce que je connais les activités du Secours Islamique. C’est un acteur important de la solidarité. L’organisation médiatise plus ses actions. »
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Dunia Oumazza ©SIF
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Dunia Oumazza, directrice de la communication, confirme cette tendance. « Depuis quelques années, le Secours a adopté une attitude affinitaire et non pas communautaire, avec l'idée de s’adresser à tout le monde. Notre slogan « La souffrance n'a ni origine, ni religion, ni genre, la solidarité non plus. » illustre bien notre propos. Notre campagne dans le métro a été satisfaisante. Beaucoup de gens nous ont écrit être fiers de voir l’organisation s'afficher dans les transports. D'autres pour dire qu'ils n'auraient jamais pensé à donner, avant de voir cette campagne. Ils ont pu comprendre notre message, sont allés sur internet et souhaitent devenir donateurs.»
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Les bénévoles du Secours Islamique France en action
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Une ONG à l’image de notre société
L’action continue. Malgré le sérieux de la cause, il y a de la gaieté dans l’air. La majorité des bénévoles a moins de trente ans. Désirée Amore, chef de mission Haïti souligne : « Leur jeunesse est l’une des grandes forces de l’organisation. » S’engager, oui, mais comment fait-on? « Il suffit d’être majeur. C'est la seule condition !» nous dit Jessica, militante en herbe.
Pour beaucoup, « islamique » rime avec «musulmans only » (parfois avec extrémiste !). Cela peut freiner les envies de s’engager. «Nous vivons la diversité, que ce soit sur le terrain ou en interne. Du moment qu’on respecte nos valeurs, tout le monde est bienvenu. On n'interroge pas les gens qui joignent notre mouvement sur leurs origines, parce que c'est indiscret. Des personnes d’autres confessions ou athées travaillent avec nous.» précise Rachid Lahlou.
Pour les vingt ans… à venir
Un souhait? Dunia Oumazza formule ses vœux. « J'espère que nous aurons moins de travail, cela voudra dire que, dans le monde, les choses vont mieux, et que le Secours Islamique en France aura plus facilement sa place dans la société civile et les médias. » Et à l’étranger?
« Que l’organisation garde son dynamisme impressionnant, ce n'est pas courant dans les grandes ONG où, normalement, tout est déjà cadré.» témoigne Chiara Lizzi, chef de mission au Sénégal. «Notre approche n'est pas colonialiste ou franco-française. On écoute les besoins qui viennent du terrain et on essaie de trouver des solutions. Ça ne part pas du bureau de Paris. Ça vient plutôt du Sud pour monter jusqu'en Europe! ». Cette fête, c’est aussi politique? «En Europe, on est concentré sur la crise, la baisse de notre pouvoir d'achat. C'est bien de rappeler qu'il y a des gens qui souffrent vraiment.»
Fin de journée. Très vite, tout le monde se disperse. Il fait frais, il faut rentrer. Le mot « souffrance » inscrit sur le sol à la craie a été effacé par les bénévoles, comme si le vœu cher à l'organisation se réalisait subitement. Ce dont nous sommes encore loin...





















