Laïcité ! Laïcité ! Laïcité ! Les politiques n’ont que ce mot à la bouche. Un seul d’entres eux en connait-il le sens ? À en croire le nouveau projet de loi adopté par le Sénat, un doute subsiste. Jetons un œil au Petit Larousse 2012. La laïcité est un « système qui exclut les Eglises de l’exercice du pouvoir politique et administratif, et en partie de l’enseignement public ». Gardons cette définition en mémoire pour ce qui va suivre.
Avant-hier soir, aux alentours de 23h, le Sénat déserté par ses sénateurs a voté une loi. Jusqu’ici tout va (presque) bien. Le texte cherche à étendre l’obligation de neutralité religieuse et politique aux structures d’accueil de la petite enfance. Cette initiative de Madame Laborde prête à discussion…
Si le prosélytisme s’exerçait en cachette, nous serions tous des islamistes radicaux chère Françoise. La plus inquiétant reste à venir. L’article 3 tend à élargir cette obligation aux assistantes maternelles à domicile. Madame Laborde dit vouloir lutter contre « l’endoctrinement » de nos enfants.
Alléluia (oups, le mot de trop), Françoise va enfin débarquer sur son beau cheval laïc et blanc pour nous délivrer des terribles extrémistes religieux qui convertissent en masse nos chères petites têtes blondes. Tant pis pour l’article L 122-45 du code du travail, qui interdit toutes discriminations à l’emploi, et pour la liberté de culte. Grâce à Super Françoise, les vilains fanatiques devront dénoncer leurs infâmes religions et brûler tout insigne religieux, y comprit chez eux.
Il est vrai qu’en ces temps de crise économique il nous faut, à tout prix, lutter contre le prosélytisme inconscient dont, vous et moi, avons été victime depuis notre plus tendre enfance (ah Milouda, comme tu m’as traumatisé toi et ton voile sur les cheveux!). Vive l’insertion de l’Etat dans la vie privée. Laïcisons au plus vite tous ces appartements sectaires afin que chaque mur illustre les valeurs de la France tolérante et aimante de ces citoyens.
Outre la grande forme de notre République (voter une loi à 23h avec une dizaine de sénateurs c’est moyen) regrettons qu’Esther Benbassa ait été l’une des seules à s’insurger contre ce texte:
« Étendre l’obligation de neutralité aux assistantes et aux assistants maternelles, dans le cadre de leur activité d’accueil d’enfants à leur domicile constituerait une intrusion de l’Etat dans la sphère privée.[…] Cette ingérence de l’autorité publique entrainerait vraisemblablement une atteinte à la vie privée des intéressés au sens de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme […] Le respect de la privauté est un des acquis inaliénable de la modernité et du progrès qui lui ait attaché. L’Etat a le droit et le devoir de veiller à la neutralité religieuse dans l’espace public, et à l’application du principe de laïcité, mais conformément à l’esprit et la lettre de la loi de séparation de l’Église et de l’Etat de 1905, à savoir dans le respect des convictions religieuses de chacun et de chacune et tant que l’expression de ses convictions n’empiète pas indument sur cet espace. » […] Comment déterminer avec précision ce qui relève de l’expression d’une conviction religieuse dans le domicile d’un ou d’une assistante maternelle ? Sera-ce la façon de nourrir l’enfant ? Un objet décoratif particulier ? [..] On pourra aisément ainsi tomber dans la surinterprétation, la pure conjecture ou le simple préjugé, rien ne fournissant plus ici de justification rationnelle et objective »
Reste que la loi doit encore être votée à l’Assemblée Nationale pour entrer en application. Mais pouvons nous encore compter sur l’intelligence de nos politiques ? Cela reste à voir. Rappelons que le Sénat était censé être majoritairement à gauche. No comment. La suite au prochain épisode.






















