Interview extraite de Respect Mag "100% Noirs de France", en kiosque. Egalement disponible sur Respectmag.com
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"Noir désir". Pourquoi ce titre?
Parce que je le trouve fascinant. C'est une façon pour moi d'aborder la question noire et de parler de l'amour dans sa plus grande complexité, la manière dont il lie les gens.
J'ai toujours évoqué de près ou de loin ma culture noire, elle habite toujours mes textes mais, dans cet album, elle n’est pas centrale. On peut considérer que c'est mon ADN. Ce titre est peut-être aussi un clin d'œil à la frustration par rapport à la culture d'origine, il peut cacher un manque, qu'on fantasme ou qu'on exalte.
Noirs de France?
Noir désir de France... Il y a une diversité noire. Certaines disparités aboutissent à des incompréhensions.
Dans l'album, je dis : « Les clichés continuent encore à s'empiler, vous m'avez traité de nègre monsieur l'agent, mais vous êtes antillais. » D'un autre côté, on reproche aux Antillais de ne pas être assez africains, comme si nous voulions leur demander d'avoir un mode de vie et une vision qui soit celle de la terre-mère.
Mais ils ont une culture et une histoire qui leur est propre et qu'il faut respecter, chose que, plus jeune, j'avais du mal à intégrer. Il y a une foule de questions à se poser, mais déjà une certitude: la place des Noirs en France n'est pas encore faite.
Des hommes ou des femmes qui t'ont marqué?
Les leaders politiques et militants, forcément. Lumumba, Toussaint Louverture, Malcolm X, Mohamed Ali; des artistes comme Otis Redding ou mon père parce que j'aime bien ce bonhomme et que c'est une grande figure.
Des anonymes comme Mohamed Bouazizi, ce jeune Tunisien dépassé par la vie, qui montre son ras-le-bol, proteste, s'insurge, s'immole et, par cet acte dramatique, encourage d'autres à se révolter, 10, puis 100, puis 100 000, un pays, une région entière du globe, l'eEgypte, la Libye, la Syrie...
Les urnes, c'est une bonne arme?
Euh... c'est une arme, oui. Je ne suis pas sûr de son efficacité mais c'est un outil à ne pas négliger. Je vote à toutes les élections et je m'épuise. Alors je continuerai de voter et de dire aux gens qu'il faut le faire, mais si je suis honnête, j'avouerai que je reste un peu sur mes frustrations.
Fils du parrain de la rumba congolaise, tu accordes autant d'importance aux lyrics qu'à la musique ?
J’ai toujours soigné ma musique mais je m'attachais peut-être moins à sa couleur. Auparavant, j'étais peut-être inconsciemment à la recherche de sons qui me permettaient d'être à l'aise dans ma performance.
Là, je me suis concentré davantage pour parvenir à une espèce de chaleur et de cohérence, et ça se ressent dans le disque. Les chansons se tiennent plus entre elles. J'ai pensé cet album comme un tout.
Meilleure note de l'académie de Versailles au bac L, puis études de littérature, ça pousse à l'exigence dans l’écriture?
Peut-être pas de manière aussi mécanique mais, inconsciemment, oui, ça pousse à être d'autant plus passionné, à devenir pointu, avec pas mal de références de grands auteurs auxquels se comparer... Ou auxquels ne sur- tout pas se comparer.
Si je te dis «processus de création»?
Rester toujours en alerte et en situation d'écriture. J'écris en permanence. Dans L’effet papillon, je dis: « J’ai repris le métro pour retrouver l'inspi». J'ai juste besoin que la vie tourne autour de moi, entendre les gens parler, les observer, voir la façon dont ils s'habillent ou s'interpellent. Les lectures, les films, la télé... Des trucs les plus profonds aux plus bêtes, je trouve des codes partout. Ensuite viennent des mécaniques d'écriture qui me sont propres.
Sur cet album, j'en ai une nouvelle: mon fils de deux ans. Avoir ce petit homme auprès de moi, ça m'inspire sur des sujets insignifiants en apparence. Pour lui, des danseurs sur des échasses, c'est un truc de malade! Alors j'ai le sentiment d’avoir été un peu blasé, un peu snob, un peu branché. Et cette magie dans ses yeux, ce regard neuf sur tout, ça ouvre de nouvelles pistes d'écriture.
Une devise?
«Ce qui ne te tue pas te rend têtu.»
Photos: ©Darnel Lindor/Respect mag























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