Pourquoi un film sur les Noirs de France ?
Pour faire émerger plusieurs paroles. J’ai vécu 25 ans en Angleterre. Dans mon milieu socioprofessionnel, Noirs, Blancs, Anglais du continent indien, métis travaillaient ensemble. Quand je suis rentré à Paris, il y a six ans, la mixité ethnique française existait dans la rue, oui, mais pas dans le travail ! Dans les sociétés de production, dans les milieux décisionnaires: que des Blancs! Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à creuser.
Uniquement sur la question noire?
Des documentaires comme Mémoires d’immigrés de Yamina Benguigui (1997), des films de fiction ont été réalisés sur notre histoire commune avec le Maghreb. Cela existe, même s’il reste beaucoup à faire.
Mais rien sur les Noirs. Or, ils sont une composante importante de l’identité française, depuis longtemps. On m’a même demandé: «Pourquoi raconter une histoire séparée des Antillais, ce sont des Français ? », comme s’il y avait une peur de communautarisme.
Le film veut libérer la parole sur une des plus grandes migrations à l’intérieur même de l’espace français. Une grande méconnaissance règne sur ce
pan de l’Histoire. Il reste des zones d’ombre. Les gens oublient, ou bien reconstruisent le passé.
Par exemple, lorsque je demande d’expliquer la présence des Antillais en France métropolitaine, on me répond qu’on est dans un pays de mélange, qu’ils ont toujours été là. Or, le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer), créé en 1963, a placé 160 000 Domiens en Hexagone dans des emplois de services.
Le film parle aussi des Noirs africains venus en France... 
Mon point de départ, c’est la perception. Les Noirs sont vus comme noirs avant d’être perçus comme Martiniquais, Sénégalais, Lyonnais, etc.
J’ai voulu mener différentes histoires de front sans les confondre. Celles qui se tissent aux Antilles d'une part, en Afrique d'autre part. En montrant quand elles sont séparées, et quand elles se rencontrent. Comme lors du Congrès de la race nègre en 1919, lorsque des Caribéens français, des Noirs américains se sont réunis pour parler de ce que veut dire être noir. Ces histoires font partie du patrimoine culturel français. Mais d’un point de vue collectif, on manque d’outils pour les appréhender.
C'est l'origine de votre collaboration avec Pascal Blanchard?
Oui. Pascal réfléchit sur ces problématiques depuis longtemps, avant même que soit posée la question noire en France. Il a aussi travaillé sur le regard colonial porté sur l’autre. Du coup, il donne une vraie légitimité au projet.
* Produit par la Compagnie des phares et balises.
Article extrait de Respect Mag "100% Noirs de France"
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