À croire que la migration n’était que le simple prétexte de l’exposition « J’ai deux amours ». Le parcours proposé par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) parle bien sûr du statut des migrants, du voyage, de double culture... Mais elle engage surtout une réflexion sur l’art.
D’où l’artiste « vagabond » puisse-t-il sa source ? Dans ses racines et son histoire passée? Dans les espoirs et les craintes suscités par le lieu de migration? Ou plutôt dans l’errance et les difficultés même du voyage ?
La réponse se situe à la croisée de ces pistes. Et chacune des œuvres de l’exposition porte en elle un double message: l’un sur la réalité sociologique et anthropologique de la migration, l’autre sur la création propre aux artistes migrants.
Exemple, Bottari Truck-Migrateurs, de l’artiste coréenne Kimsooja. La jeune femme apparaît elle-même au premier plan, de dos, transportant derrière elle un tas de baluchons bariolés traditionnels de Corée. Sa tenue sombre, ses cheveux noirs et raides en queue de cheval basse, les sacs de tissus multicolores… Tout, dans le premier plan, nous transporte quelque part en Extrême-Orient.
Mais l’impression est troublée par le second plan. Derrière dans le flou, se dessine l’ange de la Bastille, reconnaissable entre tous. Orient et Occident se trouvent rapprochés d’un coup. À la fois radicalement séparés par l’effet d’optique et connectés par la prise de vue qui les assemble à jamais. Une allégorie de la vie du migrant entre ici et là-bas, le passé et le présent.
À travers l’humour, l’ironie ou le décalage, les œuvres passent en revue les épreuves du migrant. La traversée, par la mer ou par la terre ; les contrôles d’identités ; la difficulté de s’installer dans un nouveau pays, de garder un lien avec le lieu d’origine, etc.
L’exposition ne joue pas pour autant sur les clichés. Elle les détourne pour mieux pousser la réflexion sur les préjugés et la construction des identités.
Comme la photo La République – série « Périphéries » de Mohamed Bourouissa. Une image de banlieue, la nuit, avec des jeunes visiblement agités. Un reportage sur une émeute ? Non. Une mise en scène calquée sur des tableaux de Géricault ou Delacroix. Histoire de rappeler que les images se laissent très facilement manipuler.
Une expo à découvrir, à la fois pour sa fraîcheur artistique et son témoignage singulier sur le vécu des migrants.
â–º Jusqu’au 24 juin 2012 à la CNHI (239, avenue Daumesnil 75012 Paris Métro Porte Dorée) www.histoire-immigration.fr






















