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Présidentiables, oyez: 5 propositions pour les quartiers populaires

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6 Décembre, 2011
Par: Chloe Goudenhooft

« Nous ne marcherons plus » assure la voix de Nassurdine Haidari, auteur d’un Appel* du même nom. Trente ans après la marche pour l’égalité et contre le racisme du 18 octobre 1983, cet élu PS du premier secteur de Marseille dénonce l’inaction des politiques en direction des quartiers populaires. Et interpelle les candidats à la présidentielle avec 5 propositions pour les quartiers populaires.

Mardi 6 décembre à 11h, la lumière règne autour du Grand Palais. Sous la verrière se déroule un défilé Chanel. La conférence qui anime la salle d’à côté est un rien plus terre-à-terre : les conditions de vie des quartiers populaires.

Pour commencer, hommage à la marche du 18 octobre 1983 pour l’égalité et contre le racisme. 28 ans et des poussières après, « le constat est amer », conclut Nassurdine Haidari, initiateur de la conférence qui fait suite à l’Appel du 15 octobre « Nous ne marcherons plus ». « Dans les quartiers populaires, le chômage est endémique, et touche parfois plus de 40% des actifs. Les plus diplômés n’atteignent même pas le stade de l’entretien d’embauche ! »

« Cette marche, on nous l’a volée ! »

François Mitterrand a accueilli les 100 000 personnes qui atteignent Paris le dernier jour de cette marche partie de Marseille. Mais son bilan, comme celui de ses prédécesseurs reste globalement négatif. « Cette marche, on nous l’a volé, s’insurge Hanifa Taguelmint, soutien actif du mouvement. Nos frères de gauches nous l‘ont volée. C’est un rendez-vous historique raté. Avant, les jeunes de quartiers se faisaient tirer dessus par des policiers racistes. Aujourd’hui, ils se tuent entre eux ! » Malgré tout, « la jeune génération doit porter ce combat, affirme Hanifa. Face au manque de courage des élus, la réponse ne peut être que politique. » Marcher ne suffit plus.

Cinq propositions pour les quartiers populaires

Nassurdine Haidari, adjoint PS à la mairie du premier secteur de Marseille, forme un collectif et pose sur la table cinq propositions. Autant de revendications adressées aux futurs présidentiables. Le but : améliorer le sort des habitants de quartiers.

  1. Logement. Contre le mal logement, Karima Delli, députée européenne d’EELV propose d'encourager la mixité sociale en augmentant le pourcentage de logements sociaux par ville (en augmentant à 30% le quota de logements sociaux dans les communes où la demande est importante). Il est aussi question d’établir la transparence dans les attributions et l'anonymat des dossiers.
  2. Ministère de l'Egalité. Pour rétablir plus d’équité, Almamy Kanouté, conseiller municipal de Fresnes (94) et co-fondateur du parti indépendant Emergence, imagine la création d‘un ministère de l’égalité. Sont concernés l’égalité sociale, économique mais aussi l’égalité entre hommes et femmes, les problèmes des milieux ruraux et la désertification.
  3. Politique. Pour une représentation politique et diplomatique à l’image de la France d’aujourd’hui, Bolewa Sabourin, responsable de l'association Cités en mouvements, propose de limiter le nombre de mandats électifs successifs à trois et d'interdire le cumul des mandats. L’objectif est d’inciter un renouvellement politique et culturel.
  4. Contrôle au faciès. Sihem Souid, ex-agent de police, auteur de Omerta dans la police, propose de mettre en place une attestation de contrôle d’identité. Elle comprendrait la date, l’heure, le lieu, le cadre légal et le motif du contrôle. Objectif : lutter contre le contrôle au faciès, établir une meilleure évaluation du travail de la police, sur la base de faits, et contrer les policiers hors-la-loi. Cette mesure serait suivie d’une réforme globale de la police.
  5. Emploi. La cinquième proposition, formulée par Haouaria Hadj Chikh, élue communiste à Marseille, soutient l’attribution de marchés publics aux entreprises qui luttent effectivement contre les discriminations, bilan à l’appui. En même temps, elle souligne la nécessité de travailler en ce sens au sein même des collectivités

Malgré son appartenance au PS, Nassurdine Haidari affirme la nécessité de dépasser les clivages politiques et luttes électoralistes. « L’important, ce n’est pas celui qui porte le projet, mais que le projet avance et que les conditions sociales s'améliorent réellement ». Mais les reproches à l’égard du PS fusent. Face à ce débordement d’émotions, Christophe Madrolle, secrétaire national adjoint du MoDem et vice-président de la communauté urbaine de Marseille, réagit. « Attention à ne pas se tromper de problème. Ce qu’a fait la politique de Sarkozy, on n’avait jamais vu ça avant ! Il y a quand même une différence entre la gauche et la droite, c’est un homme du centre qui vous le dit… » Mais pas le temps de finir. L’homme, remis en cause sur l’ouverture de son parti à Marseille, quitte la salle.

Marianne Louis, adjointe PS à la mairie d’Evry, trouve la colère à l’égard des socialistes légitime. « On attend beaucoup de ceux qui peuvent le plus nous défendre ». Le PS, tout comme le MoDem, se disent ouverts à un travail sur la base de ces propositions. « Oui pour pousser la mixité sociale dans le logement », indique Laurianne Deniaud, conseillère jeunesse de François Hollande. Mais le parti de la rose préfère une loi à l’instauration d’un ministère pour réfléchir aux questions d’égalité réelle. « Sur la question des contrôles policiers en revanche, vous nous avez ouverts les yeux. Il y a un an, nous ne réfléchissions pas à ce sujet ».

Le Front de Gauche assure au contraire travailler ces questions au cœur même de son programme. Pour Clémentine Autin, qui représente le parti de Jean-Luc Mélenchon, les quartiers populaires ne sont pas une question périphérique mais centrale. « Le lien avec la politique a été rompu. Il faut le renouer par des propositions cohérentes. » Le parti d’Europe Ecologie Les Verts, représenté par Eros Sana, dénonce, quant à lui, les « îlots de riches » en matière de logement. Pour plus de mixité sociale, le parti revendique des sanctions politiques. Il dénonce également le cumul des mandats, la sous-représentation des femmes et prône un meilleur contrôle des services de police. Un consensus, de façade, règne donc quant à l’urgence de replacer, au cœur de la politique, les quartiers populaires. Reste à voir qui annoncera haut et clair des mesures en ce sens. Et retroussera ses manches pour les faire appliquer…

 
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