Quelles nouvelles orientations comptez-vous donner au CRAN ?
Ancrage et ouverture, voilà les deux grandes orientations du CRAN nouveau. Ancrage social, car le CRAN doit s'enraciner sur le terrain, dans les trois territoires naturels qui sont les siens : banlieues, départements d'Outre-Mer, Afrique. C'est là que nous aurons à mener les prochaines batailles. Ancrage donc dans notre identité, dans nos valeurs, dans nos territoires.
Mais, en même temps, ouverture : vers les autres groupes discriminés avec lesquels nous allons travailler, qu'il s'agisse des jeunes, des personnes âgées, des femmes, des homosexuels, des arabes, des juifs, des personnes handicapées, etc. L'union fait la force. A l'approche des élections présidentielles, nous ne pouvons nous permettre d'avancer de manière séparée. Le CRAN nouveau appelle à la convergence des luttes, et nous invitons les hommes et les femmes de bonne volonté à nous rejoindre désormais.
Que faites-vous des accusations de communautarisme ?
Ces accusations sont de plus en plus derrière nous. Elles étaient récurrentes au début, c'est vrai. Elles sont beaucoup moins fréquentes depuis un certain temps - soit parce que les gens ont mieux compris notre projet, soit parce qu'ils se sont lassés de répéter toujours les mêmes choses.
Ces accusations seront d'autant plus dépassées si, demain, nous travaillons dans l'ouverture, comme je m'y emploie déjà. Nos prochaines actions le montreront très rapidement, car nous oeuvrons avec des associations qui se situent dans tous les domaines de l'anti-discrimination.
Du reste, si l'on compte toutes les personnes discriminées, femmes, jeunes, personnes âgées, handicapées, homosexuels, noirs, arabes, asiatiques, juifs, personnes vivant dans les quartiers défavorisés, etc. cela fait plus de 80% de la population française. Par ailleurs, ceux qui ne sont pas dans ces 80% ont été jeunes un jour, sont appelés à vieillir également, et sont donc exposés à la discrimination à ce double titre. Bref, 100% des Français sont discriminables ! Si je défends 100% de la population française, est-ce du communautarisme ?
Le CRAN est souvent présent dans le champs médiatico-juridique à travers des procès contre des propos jugés racistes ou discriminatoires, mais il semble inaudible sur des sujets aussi importants que l'emploi, l'éducation, l'immigration, la sécurité. Quelles réponses comptez-vous apporter ?
Sur la sécurité, dès 2008, nous avons publié un sondage avec l'institut CSA, qui montrait que les jeunes, surtout s'ils sont noirs ou arabes, sont surexposés aux contrôles d'identité. A la suite de notre enquête, un ministre de la République, en l'occurrence Eric Besson, a dû reconnaître la réalité du délit de faciès -c'était une première. L'enquête du CNRS a, un an plus tard, confirmé nos analyses. Nous avons été les premiers à lancer l'idée de l'attestation de contrôle, qui obligerait la police à justifier les contrôles d'identité, si souvent conduits en fonction du faciès. Je vois que cette idée est aujourd'hui reprise un peu partout, et je m'en réjouis. Il faut maintenant la faire admettre par les candidats à la présidentielle. J'y travaille.
Je pourrais évoquer aussi le travail mené avec Seybah Dagoma, adjointe au maire de Paris, pour faire en sorte que l'attribution des marchés publics soit conditionnée au respect de la diversité. Au cours d'une conférence de presse en juillet dernier, nous avons annoncé la mise en place de cette mesure. La mairie de Paris n'est pas allée aussi loin que nous le voulions, mais cette avancée est déjà intéressante. A terme, cela permettra de favoriser l'emploi des travailleurs issus de la diversité dans les entreprises qui prétendent aux marchés publics. Ce dispositif pilote doit être renforcé, et étendu à tous les marchés publics, pas seulement à Paris. Ce sont là des exemples très concrets.
Votre présence comme porte-parole du CRAN a été vue par certains comme étant la "caution antillaise" d'une "association africaine". Est-ce qu'un rapprochement entre ces deux branches de la négritude fait partie de vos projets ?
Est-ce que j'ai la tête d'une caution ? Je ne suis pas vraiment homme à faire de la figuration. Et maintenant que je suis président du CRAN, élu à l'unanimité, on le voit encore mieux. Mais il est vrai que mon origine antillaise permettra, je l'espère, de dissiper certains malentendus. C'est pourquoi je dis aux associations domiennes comme aux autres,: vous êtes les bienvenues au CRAN. Du reste, cet appel commence à être entendu...






















