Article extrait du Hors-série Respect mag "Jeunes et handicaps" - Informations en bas de page
Comment démarre ton histoire ?
Je suis né à Kinshasa il y a 30 ans. J’ai contracté une poliomyélite à 2 ans et cela a endommagé une de mes jambes. J’ai par la suite été adopté en France à l’âge de 5 ans. Mon enfance s’est déroulée à Saint-Malo, auprès de mes parents.
Pourquoi le break dance ?
Depuis mon plus jeune âge, j’ai une passion pour la danse et l’acrobatie. À l’adolescence, j’ai fait la connaissance de Jeff et Rudy, des amis qui pratiquaient le hip-hop en Bretagne. Ils faisaient des voyages à Paris et enseignaient ensuite aux jeunes Bretons ce qu’ils y avaient appris. J’ai commencé la compétition de break à 15 ans et j’ai gagné mon premier Breizh battle en 1997. À l’époque, il y avait des équipes parisiennes qui y participaient et c’est là qu’on m’a remarqué. On m’a encouragé à pousser plus loin.
Comment a réagi ta famille ?
Mes parents, comme tous les parents, ont trouvé cette activité atypique, et risquée. Je pense qu’ils ont eu peur pour moi, peur que je ne puisse me relever d’un échec. Ils ont même essayé de freiner un peu mon ambition. Je crois que le handicap a beaucoup pesé dans leur attitude.
Comment as-tu transformé la passion en carrière?
J’avais une réelle détermination à me dépasser, parce que j’adore ce que je fais et que je ne pars pas avec un avantage. En travaillant avec mon groupe le Wanted Posse, j’ai trouvé mon style d’expression!
Nous avons écumé les compétitions au début des années 2000 : le championnat du monde en équipe, le Battle of the year, le championnat de France. Les contrats et les cachets ont commencé à tomber régulièrement. Au final, je n’ai jamais fait que ça, je n’ai pas d’autre expérience professionnelle et j’ai arrêté mes études après mon Bac STT, au bout d’un trimestre de Deug d’anglais.
L’émission Incroyable talent?
J’avais déjà une carrière avant l’émission. J’avais travaillé pour Djamel Debbouze, Madonna ou Rohff. Là, il s'agissait d'un challenge personnel, et une reconnaissance de mon art, parce que le public vote et que tu t’exposes à la vue de tout le monde. Faire ça avec un handicap, ce n’est pas évident, le rapport au corps est intime. Gagner une finale en prime time, ça booste la confiance en soi, c’est comme si tu passais une étape en fait, une façon de faire ses preuves aux yeux de tous. Ça m’a également permis de prétendre à de plus gros cachets!
Et depuis tu fais quoi?
J’ai monté un spectacle solo, Buanattitude. Il tourne depuis fin 2008. Je l’ai présenté un peu partout, de Paris au Cap Vert, en passant par Madagascar. L’idée de cette production, c’est un retour initiatique sur ma vie, un partage d’expérience pour ceux qui sont dans la même situation que moi.
Le message sous-jacent, c’est également: ne vous limitez pas aux apparences... notamment pour Buana, qui peut induire en erreur. Ce mot, on lui donne en général le sens de « Maître », comme si celui qui le prononçait était un lèche-bottes. En fait, c’est un mot swahili qui a un sens noble, c’est celui qui a accompli des choses, qui a su se dépasser. J’aime ce genre de valeur, ça veut dire qu’on fait de son mieux, en restant qui on est.
Pour moi, le pire des conseils, c’est dire à quelqu’un de se conformer. On est tous unique, différent, et pourtant on a tous droit à une place dans la société, à de la considération. Au fond, je veux exprimer cette idée simple : il faut épouser ses différences pour le meilleur et pour le pire, et savoir regarder au-delà des apparences.
Tes projets?
Je travaille actuellement au développement d’une marque de vêtements, Buana Wear. Il s’agit encore de faire partager cette philosophie du dépassement, de croire en ses rêves. Je suis en train de monter une équipe pour ça et de développer le site internet.
Photo: Darnel Lindor/Respect mag
► Retrouvez l’actualité de Junior sur: www.b-boyjunior.com et www.buana-wear.com
Article extrait du Hors-série Respect mag "Jeunes et handicaps" (Nov. 2011).
Diffusé gratuitement en partenariat avec Handicap.fr, l'Arpejeh, Job in Live, Starting block, la FAGE, la SMEREP, Tremplin et la Fédéeh et sur les réseaux institutionnels (MDPH, Forum de l'Adapt, ...)
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