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Web-doc : "17 octobre 1961, la nuit oubliée"

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12 Octobre, 2011
Par: Aziz Oguz

17 octobre 1961. Le Front de libération nationale (FLN) appelle les Algériens de France à manifester à Paris. La répression policière, menée par le préfet Maurice Papon, est sanglante : des centaines de morts et des milliers de personnes emprisonnées. Oliver Lambert et Thomas Salva retracent cette histoire dans le web-documentaire « La nuit oubliée - 17 octobre 1961 ». Olivier Lambert revient sur la genèse du web-doc et la mémoire de cet événement qu’il replace dans un ensemble plus large : la guerre d’Algérie.

Comment est né votre projet ?

Tout commence en 2007. Thomas Salva écoute l’émission de France Inter, Là-bas si j'y suis, qui est consacrée à l’événement du 17 octobre 1961. Il s’y intéresse. Et Il photographie une série de témoins et de lieux pour le journal "l’Humanité". Par la suite, on décide de travailler ensemble. Mais entre temps, on se consacre à un autre projet: « Brève de trottoirs ».

Fin 2010, on se remet à travailler sur le 17 octobre. Et comme la date anniversaire des 50 ans approchait, tout a été plus simple pour le financement, obtenu auprès du Centre national de la cinématographie (CNC) et de Dailymotion. Mais on ne veut pas s’arrêter à l’événement en lui-même. On veut faire vivre le site pendant au moins deux ans. Bientôt l’Algérie fêtera les 50 ans de son indépendance. Il y aura beaucoup d’événements, de débats, etc. On veut participer à tout ce mouvement. D’ailleurs, on va traduire le web-documentaire en arabe.

D’autres documentaires ont traité cet événement. Qu’apporte votre web-documentaire de plus?

On veut qu'il devienne une plateforme de référence sur Internet, où on mêlera photo, vidéo, son et texte. Notre démarche est aussi artistique. Concrètement, on parle de lieux. Le 17 octobre s’est déroulé en plein Paris ! Devant tout le monde. Grands Boulevards, place de la République, de l’Etoile, à Saint Michel, etc. Pas au fin fond d’une banlieue cachée et enclavée. Pourtant aujourd’hui, il n’y en a plus aucune trace. A part une plaque à Paris…

On confronte des images d’hier et d’aujourd’hui. Par exemple, on montre une photo d’un mur criblé de balles puis, 50 ans après, le même mur repeint qui ne laisse rien transparaitre.

Une vidéo d’introduction racontera le 17 octobre et posera le contexte. Le FLN y commet de nombreux attentats contre la police. Cette dernière est sous tension. Maurice Papon revient d’Algérie chargé à bloc avec des nouvelles techniques de tortures…

Mais ensuite l’internaute pourra naviguer librement sur une carte de Paris où il trouvera le témoignage de différentes personnalités. D’ailleurs, celles-ci sont interviewées dans les lieux mêmes où elles ont vécu cette journée.

Justement, qui sont ces personnes interrogées ?

On a essayé d’avoir le spectre le plus large possible. Jean-Luc Einaudi, historien de référence, est présent. Ali Haroun, l’un des anciens chefs du FLN en France aussi. On a ensuite des Algériens qui ont manifesté ce jour-là.

C’est plus compliqué d’avoir des témoignages du côté de l’Etat ou de la police. La plupart des personnes sont mortes. Et celles qui sont encore vivantes ne veulent pas être filmées. Elles considèrent que le dossier est clos.


 

Comment expliquez-vous cette chape de plomb sur le 17 octobre ?

C’est la guerre d’Algérie en général qui est taboue. Officiellement, on parle de guerre depuis seulement une dizaine d’années. Jusqu’alors, on disait les « opérations de maintien de l’ordre ». Dans une interview, un Algérien dit que le 17 octobre c’est seulement un jour dans la guerre.

Et le rôle politique n’a jamais joué dans la reconnaissance de l’événement par l’Etat français. En février 1962, neuf militants de gauche ont trouvé la mort à Paris près de Charonne. Les organisations de gauche, et notamment le Parti communiste, ont pesé de tout leur poids pour que Charonne soit considéré comme un événement noir. Le 17 octobre était organisé par le FLN. Les manifestants étaient pour la plupart algériens… L’Algérie avait obtenu l’indépendance. L’événement a été oublié.

Les Algériens ont-ils, facilement, acceptés d’être interviewés?

Le temps passe. Et ils sentent qu’ils ne sont plus très nombreux à avoir vécu les événements. Ils savent que c’est maintenant ou jamais.
En même temps, c’est douloureux. Ces Algériens ont souffert, subi, et ont dû vivre avec, sans jamais le raconter. Certains sont critiques envers eux-mêmes. C’est-à-dire qu’ils se sont battus pour l’indépendance de l’Algérie. Ils l’ont obtenue. Mais ils ressentent de la frustration par rapport à l’état actuel de l’Algérie. Ces vieilles personnes ne regrettent pas d’être restées en France mais elles se disent : « si on s’est battu pour l’Algérie, on devrait y retourner. » Ils sont amers : ils ont l’impression que les centaines d’Algériens tuées le 17 octobre sont mort pour rien.

â–º Le web-documentaire sera mis en ligne le 17 octobre à l’adresse suivante : http://www.17octobre.fr. Les internautes peuvent financer le web-documentaire sur le lien suivant : http://www.kisskissbankbank.com/projects/la-nuit-oubliee-17-octobre-1961

Un webdocumentaire réalisé par Olivier Lambert & Thomas Salva, diffusé sur LeMonde.fr
Une coproduction Hans Lucas et Dailymotion
En partenariat avec l’Emi, AdLibris et L’Esprit du Monde
Développé sur 3WDOC
Avec le soutien du CNC

ET AUSSI :

1954-1962, la guerre d'Algérie - Portraits croisés

"J'ai voulu, humblement, rendre hommage à ces anonymes du conflit mais en m’inscrivant dans un devoir de mémoire", affirme Nadia Henni-Moulaï.

La journaliste a choisi de raconter la guerre d'Algérie via une série de portraits croisés. Recueil de témoignages d'anciens témoins ou acteurs du conflit. Enfants lors de la guerre, parents, militants...

Convaincue que tout doit être dit, elle s’est attachée à dérouler les fils d’une Histoire, étroitement liée à celle de sa famille. Et entend palier un manque, surtout au plan mémoriel.

"La parole des civils, enfants, femmes… de l’époque reste à mon sens tabou. Comme s’il fallait éviter de leur donner une place dans cette guerre alors qu’ils ont joué un rôle à part entière" confie-t-elle dans une interview à Yahoo.

1954 - 1962, La guerre d'Algérie - Portraits croisés (Nadia Henni-Moulaï, Ed. Les Points sur les i)

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