Journal de bord I Par Karim Yahiaoui, élu municipal (Modem) à Villeneuve-la-Garenne
Washington D.C, quel symbole de puissance !
C'est mon premier sentiment à l'arrivée dans cette capitale où toutes « les maisons sont blanches » et plus belles les unes que les autres.
C'est aussi la ville célèbre pour abriter le siège du FMI et les frasques d'un certain ex-directeur.
Deux semaines plus tôt on me propose un voyage aux USA dans le cadre du Black caucus.
Une rencontre annuelle ou le « lobby » Afro-américain, les décideurs politiques et économiques, se donnent rendez-vous pour leur congrès.
Ravi de l'invitation, je n'hésite pas une seule seconde, m'organise rapidement et décolle pour le nouveau monde.
Pour un jeune élu de la banlieue Parisienne, ce genre d'événement peut être très enrichissant.
Comment un pays, qui a connu l'esclavage puis la ségrégation raciale, peut aujourd'hui élire un candidat noir à la tête de son système ?
Notre délégation est composée de 18 membres, occupant chacun des postes de décideurs en France.
Le planning est très chargé, remplis de rencontres nombreuses et importantes.
Premier jour, nous sommes invités au Capitol pour débattre des échanges entre le monde Occidental et l'Afrique.
Quelles solutions pour développer nos échanges avec ce continent ?
La beauté du lieu mérite des intervenants de prestige.
A cette occasion, nous échangeons avec un conseiller en communication de Barack Obama et l'un des présidents du Black Caucus.
Son analyse est claire : les USA veulent devenir l'interlocuteur privilégié de l'Afrique et multiplier les échanges pour aider ce continent.
J'ai conscience qu'il ne s'agit pas uniquement de philanthropie, la finalité est certainement de gagner des parts de marché là où les matières premières abondent.
A l'ère de la mondialisation, la concurrence est rude et nombreux sont les pays prêts à se battre pour s'imposer.
Le jour suivant nous rencontrons des membres de la chambre économique de Washington.
La reconnaissance des minorités ne pourra se faire sans un aspect économique.
On m'explique le « small business act, » .
Un système qui permet aux petites entreprises de répondre aux appels d'offres étatiques.
Dans la soirée, nous sommes reçus à l'ambassade du Nigéria : vaste forteresse à l'architecture moderne aussi imposante que le statut de ce pays en terme de matières premières.
Je suis d'abord impressionné par le lieu, notre délégation est accueillie avec tous les honneurs.
J'ai pour la première fois de ma vie l'honneur de représenter la France.
L'ambassadeur nous dit sa satisfaction de vivre cette période historique où un Noir devient président des États-unis.
Défenseur des valeurs Américaines il reste optimiste et nous explique que, malgré la crise, ici tout reste possible pour les Afro-américains. D'aprés lui, leur chances de réussite sont meilleures que pour les Noirs de France, pays qui se targue d'ideaux républicains. Un vrai débat...
Le troisième jour est le plus riche en émotion: dans la matinée nous avons un entretien avec les conseillers de l'un des plus influents congressmann.
Fasse à nous, une équipe jeune, représentative du « melting pot » américain.
Un Noir, un Blanc, un Indien. Et ce n'est pas juste une juste affiche pour Benetton.
Malgré ses travers, ce pays donne encore sa chance à chacun.
L'aprés-midi, rencontre privée au « Africain American Black Women ».
Un lobby féminin qui a pour but de créér une chaine de solidarité afin d 'émanciper les talents de la communauté.
On nous parle de lutte pour les droits civiques, des héros de la communauté : Martin Luther King, Rosa Parks...
Arrive un cocktail en l'honneur de Mme Valerie Jarnett, une proche de Mr Obama, et même son éminence grise, me glisse-t-on à l'oreille..
Elle prend la parole, le respect et l'admiration sont palpables sur le visage des 90 convives.
Quant à moi, j'étais à la fois fasciné et dubatif : Je comprends que mon pays, symbole de valeurs républicaines, rejette toute forme de communautarisme. Mais en même temps comment ne pas arriver un jour à une autre voie ?
Dans notre pays c'est toujours le règne du « vieux mâle blanc » qui refuse de partager sa place avec d'autres . Qui pourra dire le contraire ?
Soirée à l'hôtel Marriot pour le « young black power ». Un évenement où les talents de demain peuvent se rencontrer.
Les enfants des riches familles influentes sont la et ne rateraient pour rien au monde ce rendez vous.
Dernière journée chez l'oncle Sam. Je la passe à une conférence animée par le président Ivoirien Mr Ouatara.
Son entrée sur scéne est digne de celle d'une rock-star ! Pays du spectacle et de la démesure.
Il nous raconte ses premiers mois au pouvoir, les tensions entre Ivoiriens.
Je l'écoute consciencieusement et j'ai l'impréssion de vivre un rêve. Un rêve en Amerique !
Il me faut maintenant reprendre l'avion et le cours d'une vie normale.





















