"100% NOIRS DE FRANCE": NOUVEAU RESPECT MAG EN KIOSQUE
Pourquoi consacrer un numéro aux « Noirs de France » ?
L’idée est née dans la même perspective que d’autres numéros, notamment celui sur les musulmans de France. Le postulat de départ : toutes les composantes de notre société disent, évidemment, des choses sur leur propre histoire – importante à beaucoup mieux connaître – mais elles disent aussi beaucoup sur l’histoire de la France, son identité, ses blocages, ses points de rencontres. Parce qu’elles sont intimement liées à la structuration de la société française contemporaine.
On apprend par exemple, dans l’interview de Pascal Blanchard, que les présences noires en France remontent à plusieurs siècles. L’héritage esclavagiste et colonial, la question des Outremers, l’histoire des migrations, la conception de la citoyenneté française… Tout cela révèle beaucoup de choses sur ce que nous sommes collectivement.
Le pari de ce numéro ? Aller au fond d’une spécificité, celle des Noirs de France, en s’adressant à tout le monde. Contrairement à ce qu’on entend très souvent, étudier en profondeur nos spécificités ne sépare pas les individus ; Cela ne crée pas du communautarisme mais permet, au contraire, de rétablir le fil entre les différentes composantes de notre société et notre histoire collective. Les comprendre, c’est se comprendre soi-même, quelle que soit son origine. C’est un pari essentiel, ambitieux, notamment dans une société qui voudrait faire croire que la seule manière de rétablir du lien social serait d’oublier, voire de nier nos histoires et nos réalités spécifiques.
Qu’entendez-vous par « Noirs de France » ?
Nous parlons des « Noirs français » ou « Français noirs ». Mais aussi des migrants. Par ailleurs, les identités sont complexes, et riches de cette complexité, notamment du fait des Outremers qui ont toujours été considérés comme une périphérie de l’histoire et de la société. Le terme « de France » permet donc une plus large identification collective.
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EN KIOSQUE
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Pourquoi un numéro en 3 parties : Passé, présent, futur ?
La plus grosse partie est celle sur le présent mais, pour le comprendre, il nous faut revenir sur le passé, d’autant plus lorsque cette histoire reste très occultée, donc peu connue. Le danger d’une histoire occultée, c’est, non seulement, de ne pas aller vers la transmission, mais aussi de véhiculer beaucoup de fantasmes.
L’histoire des Noirs de France est très contrastée. Ce n’est pas seulement une histoire d’oppression. Marquée au fer par l’esclavage, c’est aussi le constat d’une immense contradiction, celle de l’utopie coloniale et son oppression. Paradoxalement, c’est durant cette période que la présence noire, en terme politique, est la plus importante en Hexagone. Comprendre ces contrastes permet de sortir des schémas simplistes. Plus une situation est complexe, plus elle est riche. Plus elle est complexe, plus elle est passée sous silence ; Et plus elle entretient des malentendus, des rancœurs, des colères tout à fait légitimes.
La partie PRÉSENT ?
Nous abordons des questions sociétales : discriminations et statistiques ethniques, représentation politique, notion de diaspora, poids économique de ces communautés, images du corps noir... Nous revenons aussi sur la situation des Outremers. Musique, ciné, littérature, en sortant du cliché selon lequel la culture serait « naturellement » ouverte à la diversité… En nous parlant des Noirs de France, ces sujets, très divers, nous éclairent bien sur toute la France. Et plus particulièrement sur sa jeunesse : nous allons, évidemment, vers des générations très métissées, cette présence sera donc de plus en plus significative. Un article revient d’ailleurs sur les origines des métissages dans notre histoire : comment ils se sont réalisés, ce qu’ils ont véhiculé et comment on arrive, aujourd’hui, à notre société, avec toutes les questions que ça engendre.
Tous les sujets traités montrent qu’aller au fond d’une spécificité est primordial. Se priver de ça, c’est se priver des clés qui permettent de comprendre qui nous sommes, tous, d’où nous venons et surtout, où nous allons.
La partie FUTUR ?
Comme on n’a pas encore de boule de Crystal ni de voyant dans l’équipe, c’est de la fiction ! J’ai demandé à deux auteurs, le cinéaste Jean-Pierre Bekolo et l’auteure Fatou Biramah, d’imaginer le sujet du numéro dans un futur proche, en 2030. Nous publions aussi un extrait du premier roman de Pascal Boniface, l’Expulsion. Trois textes imaginatifs pour dire que cette histoire une histoire peut faire rêver, même si certains rêves ont des couleurs de cauchemars. Ce qui n’empêche pas Bams de clore cette partie avec un texte-appel : « Evolution »…
Un numéro compliqué à réaliser ?
Compliqué depuis sa conception jusqu’à sa réalisation. J’ai voulu considérer qu’il fallait se nourrir de cette difficulté. Y compris dans les équipe de Respect Mag comme chez beaucoup de Noirs de France - puisque dans nos équipes il y a de nombreux Afro-caribéens – l’impensé du sujet reste très fort.
La question noire renvoie à des réalités difficiles à appréhender. Nous manquons d’outils : ce numéro en est un, à la fois ludique et très instructif. Il arrive aussi en amont dans un contexte : l’exposition Exhibitions, l’invention du sauvage, dirigée par Lilian Thuram au musée du quai Branly, le livre La France noire, chapeauté par Pascal Blanchard, le film Noirs de France… Il rend également hommage à toutes les batailles qui aboutissent à la loi Taubira et aux remarquables travaux, toujours d’actualité, du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.
Au final, nous sommes arrivés à cerner une histoire, des enjeux, des apports, des questions essentielles formulées par cette présence noire. Il a fallu organiser plusieurs comités de rédactions, rencontrer beaucoup de personnes, regarder quels étaient les traitements à l’étranger… Tout cela pour saisir le particularisme de notre société : cet impensé de la question noire. C’est pour moi essentiel. Comprendre l’histoire de cette construction c’est à la fois cerner le passif derrière la représentation de cette couleur, ce qui la constitue, et aussi toute son évolution. On s’adresse autant à l’inconscient et à l’imaginaire qu’aux réalités. Comprendre ça, c’est comprendre à quel point le « blanc » est une construction politique et historique, une conception de rapports sociaux et humains extrêmement racialisée. Pour appréhender cette réalité, et vouloir la changer, il faut passer par l’histoire des Noirs de France. Quelle que soit notre couleur.
Propos recueillis par Johana Blum
Nouveau Respect Mag "100% Noirs de France", en kiosque.
























