« Papa, papa, il est où le dromadaire ? » Il ne viendra pas aujourd’hui. Il passera les 2 et 3 septembre pour clôturer le Village du ramadan. Déception chez le père de famille : il voulait le montrer à sa petite fille. L’Aïd el-Fitr, qui marque la fin d'un mois de jeûne, c’est aussi la fête des enfants.
Beaucoup de familles et de gosses dans le centre commercial de Bobigny. Une ville qui brasse une population jeune, métisse et pauvre. Et à majorité musulmane. Une dizaine de stands composent le village : du Secours Islamique au champagne sans alcool « Night Orient » en passant par du henné.
La plupart des visiteurs profitent de leur venue dans le centre d’achat pour passer entre les stands. Mais certains y viennent spécialement pour l’événement. « J’en avais entendu parler sur Beur FM. Et une amie m’avait dit qu’on pouvait y acheter du champagne sans alcool… Je n’y croyais pas! ». Meriem, jeune cadre dans une agence de recrutement, est pourtant entrain d’en boire une gorgée. « Ça change du champomy... »
Mais il y a peu de monde aujourd’hui. « C’est une journée calme. On marche par pic » confie Mohamed, qui tient un stand autour de produits tunisiens. Et la fête de l’aïd n’aide pas. « L’année dernière, on avait organisé la village avant la fin du ramadan. Beaucoup plus de gens étaient venus », renchérit Alexandre, commerçant pour « Night Orient ». « Les musulmans sont fatigués physiquement par le jeûne. Et ils ont déjà dépensés leur argent » ajoute Mohamed.
Enfin pas totalement… Yassin, du Secours Islamique, reçoit encore de nombreux dons. La fin du ramadan rime avec générosité. Un homme vient au stand, interpelle le salarié, lui donne 40 euros et s’en va. « Monsieur, attendez, prenez un reçu. » « Non, pas besoin. » Et il s’éclipse comme il était apparu. « Parfois, je reçois des sommes beaucoup plus importantes. Avant qu’ils disparaissent, je les rattrape pour au moins les remercier. »
La plupart des donateurs sont musulmans. Mais l’association caritative ne vise pas seulement cette population. La tâche n’est pas facile : les non-musulmans sont intimidés, parfois méfiants : « Hier, une femme s’est arrêté au stand. Elle a regardé l’insigne du secours islamique sur ma veste, puis d’un coup, s’en est allée. Plus tard, elle est revenue. La dame m’a raconté qu’elle s’en voulait d’être partie sans donner à cause de l’association ».
L’aïd, une fête nationale ?
La déconstruction des préjugés prend du temps. Et appelle peut-être des mesures exceptionnelles. Par exemple : faire de l’Aïd, une fête nationale ? L’idée séduit la jeune cadre Meriem : « J’en ai marre de me justifier chaque année pour prendre une journée de congé. L’islam est quand même la deuxième religion de France. »
Yassin la rejoint : « Aujourd’hui, tous les membres de ma famille travaillent. J’aurais pu prendre ma journée, mais à quoi bon si je me retrouve seul ? » La proposition heurte aussi les sensibilités : « En faire une fête nationale…? se demande dubitatif Damien, employé chez Coca-Cola. Cela deviendrait difficile à mettre en place. Car cela s’appliquerait à tous les Français. »
Mohamed, musulman pratiquant, y décèle une fausse-bonne idée : « Cela donnerait l’illusion que les choses avancent. C’est juste un symbole. Les jeunes doivent plutôt se battre pour intégrer la vie politique et économique du pays. »
Les enfants, eux, se moquent de toutes ces considérations. La petite fille demande à son père : « On revient vendredi…? » Il espère, cette fois-ci, que le dromadaire sera présent.






















