Tribune I Par le collectif Cités en mouvements
Cités en Mouvement est une idée, une belle idée, à la fois simple et ambitieuse, évidente et exigeante.
L’exigence et l’ambition sont au rendez-vous, hier à Pantin, aujourd’hui à Lunel, demain partout en France pour permettre à la majorité de la population de retrouver la place qui devrait être la sienne au sein de la société française.
L’ambition qui nourrit notre démarche, c’est d’arracher définitivement les clichés qui collent depuis trop longtemps à la peau de la jeunesse des quartiers populaires.
Aujourd’hui, allons au-delà des mots, ne nous contentons pas des belles intentions.
Nous refusons que soit encore et toujours activé les leviers de la stigmatisation gratuite et hâtive pour dissimuler les vrais sujets derrière les faux-semblants. Nous refusons de laisser de côté des millions de personnes, sous prétexte qu’ils ne résident pas à la bonne adresse, avec la bonne culture ou la bonne couleur de peau.
Notre ambition, c’est de refuser de céder au fatalisme, qui voudrait que la même caste économique, politique ou culturelle enclave à perpétuité les jeunes des quartiers dans l’absence de perspective personnelle et de projet collectif. Notre ambition, finalement, c’est de réussir à faire prendre conscience à la jeunesse qu’elle peut, qu’elle doit s’élever comme peut et doit le faire chaque femme et chaque homme libre.
Mes chers amis, à partir du moment où nous décidons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour élever cette jeunesse jusqu’au destin auquel elle a droit, où nous combattons pour qu’aucun talent ne soit gaspillé, qu’aucun atout ne soit perdu, et que l’énergie perdue dans la rage et l’ennui bascule vers la construction d’un avenir possible, nous devons faire preuve d’une exigence et d’une rigueur à toute épreuve.
Au sein de CEM, nous pensons que la solution doit venir de l’intérieur, des projets de vie qui font le quotidien des jeunes des quartiers, de l’émulation des différentes personnalités, de la mise en commun des structures existantes ou à venir.
Mais ne nous y trompons pas, décider de se prendre en main, d’agir au lieu de subir, d’imposer au lieu de céder, tout cela demande de combattre sans relâche, de surmonter les échecs inévitables, de faire face aux difficultés, de franchir un par un les innombrables obstacles qui seront posés sur notre chemin sans jamais renoncer à notre destination.
CEM se structure autour de 3 principes, 3 idées fortes, 3 moyens d’agir concrètement pour désenclaver dès maintenant la jeunesse des quartiers.
CEM a été créée pour rassembler, former et dénoncer.
Rassembler les jeunes. Oui, mais autour de quoi ? De tout ce qui aujourd’hui concerne et compose leur quotidien. De tout ce qui déterminera demain leur avenir. Songez qu’aujourd’hui, on a plus de 640 000 chômeurs, 640 000 (!), qui sont âgés de moins de 25 ans. Parmi la jeunesse, le taux de pauvreté a été multiplié par 4 en moins de 30 ans !! L’emploi, la lutte contre les discriminations, le logement, les solidarités, le lien social, autant de revendications qui nous rassemblent pour passer d’un problème à sa résolution. Aujourd’hui, et c’est pour ça que CEM est une des plus belles aventures de notre vie, on voit à Montpellier, Bègles, Paris que les solutions existent, qu’on va les mettre en œuvre, qu’on va bousculer l’ordre existant jusqu’à le faire tomber et le remplacer par un ordre qui protège tout le monde, et non pas les uns contre les autres !
CEM c’est aussi former les jeunes. Nous disons bien former, et pas formater. Nous ne sommes pas rassemblés ici pour raccrocher la jeunesse des quartiers à tel ou tel parti politique, tel ou tel grand mouvement associatif. Non, nous sommes ici pour donner à la jeunesse rien de moins que les leviers fondamentaux à leurs essors, les outils de l’émancipation. Nous devons donc leur transmettre les codes qui leur permettront politiquement de se mettre à niveau. Ce que nous proposons, c’est le combat à armes égales. Oui, nous sommes entrain de redonner à la jeunesse les mêmes armes que les groupes sociaux qui les enferment ou les soumettent. CEM se fonde sur une ambition égalitaire. Il faut parvenir à sortir des déterminismes sociaux pour laisser la place au seul combat qui compte, celui des idées, celui des projets. Ne nous y trompons pas, l’enjeu qui nous réunit est énorme car seule l’égalité réelle changera leurs vies.
CEM c’est enfin dénoncer. Notre émancipation ne pourra être effective qu’à la condition d’un bouleversement des mentalités. Nous ne pouvons plus être résumés à des ghettos, des bandes ou des quotas. Notre jeunesse n’est pas celle-là. La stigmatisation et la discrimination doivent cesser d’être notre seul étendard dans la société.
Cette inversion totale des mentalités et des comportements ne pourra s’accomplir que si nous nous prenons en main. Mais il faut également qu’une action politique accompagne favorablement notre mouvement.
Quelle expression nous est offerte quand depuis plus de 10 ans, un groupe d’individus sape méthodiquement la mission de l’éducation nationale. Quelle avenir nous est offert quand ces mêmes personnes agitent les vaines promesses d’un plan Marshall pour les banlieues pour au final multiplier les dispositifs sécuritaires, racistes et, disons le clairement, de plus en plus ouvertement fascisantes !
"Être responsable dans un pays sous-développé, c'est savoir que tout repose en définitive sur l'éducation des masses, sur l'élévation de la pensée, sur ce qu'on appelle trop rapidement la politisation.
On croit souvent en effet, avec une légèreté criminelle, que politiser les masses c'est épisodiquement leur tenir un grand discours politique. On pense qu'il suffit au leader ou à un dirigeant de parler sur un ton doctoral des grandes choses de l'actualité pour être quitte avec cet impérieux devoir de politisation des masses. Or, politiser c'est ouvrir l'esprit, c'est éveiller l'esprit, mettre au monde l'esprit. C'est comme le disait Césaire, «inventer des âmes». Politiser les masses ce n'est pas, ce ne peut pas être faire un discours politique. c'est s'acharner avec sa rage à faire comprendre aux masses que tout dépend d'elles, que si nous stagnons c'est de leur faute, qu'il n'y a pas démiurge, qu'il n'y a pas d'homme illustre et responsable de tout, mais que le démiurge c'est le peuple et que les mains magiciennes ne sont en définitive que les mains du peuple . Pour réaliser ces choses, pour les incarner véritablement, répétons-le il fat décentraliser à l'extrême. La circulation du sommet à la base et de la base au sommet doit être un principe rigide non par un souci de formalisme mais parce que tout simplement le respect de ce principe est la garanti du salut. C'est la base que montent les forces qui dynamisent le sommet et lui permettent dialectiquement d'effectuer un nouveau bon. Encore une fis nous, Algériens avons compris très rapidement ces choses car aucun membre d'aucun sommet n'a eu la possibilité de se prévaloir d'une quelconque mission de salut. C'est la base qui se bat en Algérie et cette base n'ignore pas que sans son combat quotidien, héroïque et difficile, le sommet ne tiendrait pas. Comme elle sait que sans un sommet et sans une direction la base éclaterait dans l'incohérence de l'anarchie. Le sommet ne tire sa valeur et sa solidité que l'existence du peuple au combat. A la lettre, c'est le peuple qui se donne librement au sommet et non le sommet qui tolère le peuple.
Les masses doivent savoir que le gouvernement et le parti sont à leur service. Un peuple digne, c'est à dire conscient de sa dignité, est un peuple qui n'oublie jamais ces évidences. Pendant l'occupation coloniale on a dit au peuple qu'il fallait qu'il donne sa vie pour le triomphe de la dignité. Mais les peuples africains ont vite compris que leur dignité n'était pas seulement contestée par l'occupant. Les peuples africains ont rapidement compris qu'il y'avait une équivalence absolue entre la dignité et la souveraineté. En fait, un peuple digne et libre est un peuple souverain. Un peuple digne est un peuple responsable. Et il ne sert à rien de "montrer" que les peuples africains sont infantiles ou débiles. Un gouvernement et un parti ont le peuple qu'ils méritent. Et à plus ou moins longue échéance un peuple à le gouvernement qu'il mérite."
Frantz Fanon, Les damnés de la terre, 1961
Avec CEM, nous avons entre nos mains un outil pour dynamiter ce climat de haine et enfin rentrer positivement dans la vie. A nous de nous en saisir dès maintenant, sous peine d’être une nouvelle génération sacrifiée… Au boulot !
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