Son nom est associé à celui de Mesrine, dont il fut le coéquipier. Mais Charlie Bauer se défend d’être un bandit. Il se définit comme « révolutionnaire professionnel ».
Les gamins qui ne jurent que par Scarface, Bauer les recadre illico. « Je rejette toute forme de gangstérite ou de voyoucratie. Est-ce que je roule en Porsche, m’habille Armani ? Non ! Je ne me laisse pas intoxiquer par des besoins. Ma démarche, c’est de montrer mon opposition à une société fondée sur l’exploitation et la domination, pas de prendre du fric pour obtenir gloire et pouvoir. » Contrairement à Mesrine. « C’était mon ami, on a fait des coups ensemble, mais je n’adhérais pas à son désir de vedettariat. Il n’agissait au nom d’aucune idéologie, il n’était pas politique. Moi, je ne suis que ça. »
Flashback
1943, quartiers nord de Marseille. Naissance du petit Charlie dans une famille communiste, « au temps où c’était l’évidence chez les pauvres ». Père résistant, « adepte du coup de pied au cul ! Mais il m’a enseigné qu’on ne gagne pas son statut d’homme en se fixant le nombril. » Une conscience sociale qui ne le quittera pas. Et le mènera vers des choix extrêmes : engagement en Algérie auprès du FLN, soutien des fronts libertaires « en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Liban... » Passé dans la clandestinité, Bauer gagne sa croûte (rien à voir avec l’idéal révolutionnaire) en participant à des braquages. Le voilà repris dans les mailles d’un système, aussi alternatif soit-il ! Le gaillard l’admet et assume, arguant qu’il n’y a jamais perdu sa ligne, ses principes.
1979. Mesrine est abattu par la police, Charlie est arrêté. Retour à la case zonzon, où il passe au total 25 ans de sa vie. Et contre laquelle il milite, « pas pour les détenus eux-mêmes, qui peuvent être des salopards sans nom », mais en combat contre l’aliénation. « Le but d’un pénitencier n’est pas juste de priver l’individu de liberté, mais de le faire souffrir, de l’abaisser. Un tel lieu ne peut que nourrir un désir de revanche, et donc alimenter la délinquance. Pour en sortir, il faut valoriser le droit à exister, à se représenter humain, à se former, à apprendre à formuler la critique de ses actes… »
Le choix des armes
Bauer fait du chemin. Doctorat d’anthropologie sociale en poche, il comprend qu’il y a pas que « le couteau et les gants de boxe » pour secouer le système. « "Étudiez", disait Mandela, à sa libération, aux jeunes qui réclamaient des armes. Pas pour réussir, au sens capitaliste du terme, mais pour apprendre à penser par soi-même. L’ignorance est la plus dangereuse des bastilles. L’acte le plus révolutionnaire est de donner à chacun les moyens de s’inventer son 14 juillet, de devenir responsable et maître de son existence. »
La vraie subversion aujourd’hui ? « Ne pas se contenter de dire “fuck le système”, mais se donner les moyens pratiques de mettre ses idées en mouvement. » De l’économie solidaire au végétarisme (« pour défaire l’humanité de sa prédation et combattre l’impérialisme qui oblige les pays du Sud à cultiver des céréales pour nourrir les bœufs occidentaux ») en passant par l’égalité entre les sexes (« je ne peux concevoir la femme comme le prolétaire de l’homme ») et la valorisation de la diversité, car « l’intelligence est inévitablement plurielle. C’est dans la rencontre et l’échange qu’on progresse. »
Parce que « les histoires de sacripants et de truanderie fascinent », les mémoires de Charlie Bauer, Fractures d’une vie, se sont vendues à 150 000 exemplaires. Son nouveau livre, Le Redresseur de clous, lui vaut à nouveau l’intérêt des médias. « Je les utilise comme eux le font avec moi, pour transmettre une parole, proposer des idées. » Et participer, à son niveau, à l’évolution du genre humain. « Évolution avec un R devant. R comme rage. Comme revendication. Comme rêve. »






















