Avis aux physiciens et aux amateurs de science-fiction: l'Union européenne abrite une dimension parallèle. Elle n'est accessible qu'à un cercle restreint de malheureux élus.
Cette dimension est formée par les centres de rétention pour étrangers qui parsèment l'Europe. En 2009, leur nombre était estimé à 250. Ce qui se passe à l'intérieur de ces prisons - dénomination moins officielle mais plus honnête - franchit difficilement les fils barbelés qui les entourent. Mis à part les détenus et le personnel, il n'y a généralement que des organisations humanitaires qui y ont accès.
Les journalistes n'y sont pas bien vus. Et pourtant, ces structures sont financées par l'argent public et respectent (ou du moins devraient respecter) des règlements bien précis. Cacheraient-elles quelque chose d'embarrassant ? En Italie le doute est devenu certitude le 1er avril, suite à la publication d'une circulaire signée par le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni. L'incipit du document mérite d'être cité : "En considération du très grand afflux d'immigrés en provenance de l'Afrique du Nord et afin de ne pas entraver les activités qui leur sont destinées", l'accès à ces structures est réservé à certaines organisations (Croix Rouge, Médecins Sans Frontières, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés…). Et ce, "jusqu'à nouvel ordre".
Sans trop se presser, le 25 juillet, la FNSI (le syndicat unitaire des journalistes italiens) et l'ODG (l'association des journalistes professionnels), ainsi que plusieurs associations de la société civile et une vingtaine de parlementaires, ont organisé une journée de mobilisation nationale. Le bilan de l'initiative est mitigé : bonne couverture médiatique, mais aucune réaction de la part du gouvernement. Sans doute était-il trop occupé à régler les dernières affaires avant la pause estivale. Une en particulier : l'adoption d'une loi transposant la très controversée "directive retour". Le 3 août, le texte est passé au Sénat. L'Italie étant désormais en ligne avec les standards européens concernant la rétention administrative, les immigrés pourront y être enfermés jusqu'à 18 mois. Et les journalistes ? Ils n'ont qu'à s'occuper d'autre chose.






















