«C’est le cœur de cette musique, affirme Jérome Levasseur, coordinateur local du festival. On a voulu rendre hommage au reggae original, au reggae "conscient". Et à toute cette génération d’artistes qui l’a inventé».
Soirée d'ouverture, Burning Spear - quarante ans de carrière, voix emblématique du roots reggae et du mouvement rasta - monte sur scène pour plus de deux heures de concert intense. À l’affiche également, « Studio One Revue », hommage au label mythique des années 60 et 70, sorte de Motown du reggae. « L’idée de monter cette revue Studio One nous trottait dans la tête depuis un moment. Elle s’est concrétisée grâce à DJ Fatta de Soul Stereo qui travaille depuis plusieurs années avec des artistes jamaïcains comme Lone Ranger ou Carlton Livingston ».
Les festivaliers, pour une bonne partie pas encore nés aux heures prolifiques du label, ont pu découvrir en live certains des deejays et chanteurs qui ont contribué à son succès: King Stitt, Prince Jazzbo, Dillinger, Willi Williams, Dawn Penn, Jim Brown ou encore Alpheus, dernière signature de Clement « Coxsone » Dodd, à la fin des années 90.
Qui dit roots ne dit pas forcément ancien. La nouvelle génération était également présente à Bagnols-sur-Cèze (Gyptian, Queen Ifrica, Protoje, Midnite, Junior Kelly, Lutan Fyah…) ainsi qu’un « Dub Station Corner », dédié aux amateurs de dub anglais et de grosses basses. Sonorisés par les deux plus puissants sound system français, OBF et Blackboard Jungle, Jah Shaka - référence de la scène anglaise - et King Jammy - producteur renommé, à l'origine du reggae digital, avec son fameux Sleng Teng en 1985 - ont fait vibrer le public avec leurs sélections pointues.
Quasiment absent du festival, les artistes français et/ou dancehall . « Ce n’est que la deuxième édition à Bagnols, on voulait frapper fort. Le cœur de notre ligne artistique, c’est le reggae jamaïcain. Et c’est surtout pour ça que le public se déplace».
En effet, les Français sont "réputés" jusqu’à Kingston pour être de sérieux amateurs du genre. «Le mouvement s’est développé petit à petit. Au début des années 80, il y avait 1% de Blancs et 99% d’Africains et d’Antillais dans les concerts de reggae à Paris. J’ai vu le public se mélanger progressivement. Aujourd’hui, des jeunes de 17 ans connaissent le roots que j’écoutais il y a presque 30 ans ! ».
Malgré tout, cette musique, née dans les ghettos de Kingston, reste ignorée des grosses maisons de disques et très peu médiatisée. En cause, notamment, les clichés qui lui sont associés. « Avec en première position, la dimension de l’herbe. On préfère schématiser rapidement et ne voir que des Rastas qui fument des joints et qui planent…On ne parle jamais de ce qu’il y a derrière : une musique originellement militante, engagée politiquement et socialement».
Plus de 48 000 personnes ont fait le déplacement au Parc Arthur Rimbaud. De quoi être confiant pour l'avenir selon Jérôme. « Dans les années 80, aucun groupe français ne maitrisait les rythmiques jamaïcaines. Plusieurs chanteurs de variété ont essayé, mais ça ne sonnait pas. Seul Gainsbourg a réussi. Parce qu’il est allé chercher Sly & Robbie. Depuis le début des années 90, des formations ont intégré les rythmes reggae et les ont développés. Des centaines de groupes et de sound systems existent en France. La Jamaïque nous envie même quelques backing bands comme Dub Akom ou No More Babylon qui joue avec Ken Boothe ».
Photo: Jennyfer/UnitedReggae.com






















