Un groupe de rescapés tente de survivre dans un monde apocalyptique grouillant de zombies. Le scénario de Walking Dead, bande dessinée créée par Robert Kirkman en 2003 (1), n’a rien de très original. Pourtant, succès indéniable.
« Walking Dead séduit tout le monde. Pas seulement les fans de zombies », raconte Hicham Haddaji, responsable du rayon comics à la librairie Album (Paris). Cercle vertueux et magie d’Internet obligent, l’adaptation télévisée réalisée par Franck Barabont et diffusée depuis octobre 2010 sur la chaîne AMC renforce, en France, l’engouement du public pour la BD.
« Les ventes du premier tome ont triplé depuis la diffusion de la série », reconnait Hicham. Même schéma avec la diffusion des premiers épisodes en France, le 20 mars 2011, sur la chaîne Orange cinéchoc. « Le tome 13 paru le 16 mars est directement entré n°1 des ventes BD, et n°11 du top 20, tous livres confondus », remarque Emmanuelle Klein, chargée de la BD chez les éditions Delcourt.
La raison d’un tel succès ? Selon les fans, le réalisme de la BD, et ce qu’elle montre de la nature humaine. « L’histoire est très bien écrite et les personnages très vivants, explique Hicham. Le scénario se focalise sur la psychologie du survivant. Il positionne l’individu autrement. Le groupe devient primordial et chacun est amené à faire des choix radicaux. Exemple, sacrifier un des leurs pour la sécurité des autres. » Comme dans toute histoire de zombie, remarque. Mais la BD met l’accent sur le ressenti interne de chaque personnage. « C’est en cela qu’elle ouvre le genre sur une nouvelle dimension. »
Nora, fan de films d’horreur et de zombies, confirme. « Ce qui fait la force de la BD, c’est qu’une vraie mise en abîme est possible. Lorsque les personnes sont confrontées à des situations extrêmes, le lecteur se projette. Du coup, il s’interroge sur la manière dont il réagirait à leur place ».
L’univers de Walking Dead comme champ d’expérimentation de l’humain ? En quelque sorte. Mais c’est là une caractéristique du genre. Les œuvres de zombies se limitent rarement à des giclées de sanquette et à la déambulation hésitante de cadavres défigurés... Pour preuve, les films de George Andrew Romero, maître du genre dressent une vraie critique de la société américaine.
Exemple: La Nuit des morts-vivants, sortie en 1968. Alors que le pays est secoué par les mouvements noirs pour les droits civiques, le héros du film est un Afro-américain. En filigrane, le long-métrage dénonce le racisme présent aux États-Unis. Dix ans plus tard, dans Zombies, Romero enferme ses personnages dans un centre commercial et dénonce, entre les lignes, le consumérisme américain.
Cependant, la BD Walking Dead ne se situe pas exactement dans cette tendance critique. « Les films de Romero parlent de la société car elle n’est pas encore tombée, explique Nassim Benallal, scénariste. Dans Walking Dead, le monde tel qu’on le connaît n’existe plus. » Certains fans de Romero interprètent les attaques de zombies dans La nuit des morts-vivants comme une métaphore de la guerre du Vietnam, traumatisme de l’Amérique de l’époque. Un parallèle du même type s’établie moins nettement entre un fait d’actualité contemporain et l’univers apocalyptique de la BD.
Renouveau du genre
Pour Nora, cette tendance à explorer l’humain plutôt que de critiquer la société marque un renouveau du genre, visible depuis une dizaine d’années. « On retrouve le même monde dévasté dans 28 jours plus tard de Danny Boyle ». Le film, paru en salles en 2003, raconte l’histoire d’un groupe de survivants entourés d’êtres contaminés par une rage incontrôlable… Et commence exactement comme Walking Dead : le héros sort d’un long coma et se retrouve dans un hôpital déserté.
« Dans ce film, il ne s’agit pas à proprement parler de zombies. Mais on retrouve le même sentiment d’angoisse, la même tension que dans la BD. La peur de la contamination pourrait faire écho aux peurs des épidémies, d’une guerre bactériologique… Mais au fond, le problème reste plus fondamental : si le monde arrête de tourner rond, qu’est-ce que je fais ? Comment survivre tout en restant intègre ? ». C’est le dilemme des personnages de Walking Dead. Rester humain et résister à la tentation de la sauvagerie alors que le danger est partout.
« Les zombies incarnent l’image d’un certain mal, précise Nassim. Cette créature est suffisamment vide pour que chacun y projette ses peurs. L’intérêt, c’est la réaction qu’elle va déclencher chez les vivants. L’univers créé exacerbe le quotidien et avive des tensions présentes dans la vie de tous les jours ». Les personnages de la bd, grâce à la richesse de leur psychologie, relèvent le défi. Comme ils peuvent. Et accrochent un public pas prêt de les laisser tomber.
(1) Éditée en France chez Delcourt depuis 2007






















