Le 4 novembre 2008, la France s’est révélée la plus ardente des passionarias de la diversité. « L’effet Obama » était passé par là. Mais le système français accepterait-il de porter aux plus hautes instances un homme, ou une femme, issu de la diversité et ayant eu le parcours du président américain ? Car si Barak Obama est originaire d’un milieu plutôt aisé, il fonde surtout sa légitimité sur son expérience de terrain, en tant que travailleur social dans les faubourgs de Chicago.
En France, pour faire partie de l’élite politique ou économique, la porte est plus qu’étroite. L’ENA pour la haute administration, les grandes écoles (HEC ou Polytechnique) pour la voie royale dans le secteur privé. Les critères d’excellence des concours sont définis par ceux qui ont réussi grâce au système. Et les « sélectionnés » appartiennent essentiellement aux mêmes classes sociales et culturelles. Enfin, il n’y a pas de seconde chance pour celui qui n’est pas passé par les filières d’excellence tout en ayant développé de réelles compétences sur le terrain.
Le discours et la méthode. Cette prise de conscience fait tout doucement son chemin. Le 17 décembre 2008, Nicolas Sarkozy annonce une série de mesures pour promouvoir une plus grande diversité sociale au sein des usines à élites : un minimum de 30 % d’élèves boursiers en 2010 dans les prépas (pourcentage atteint pour la rentrée 2010-2011, selon le cabinet de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche); la mise en place d’une classe préparatoire à l’ensemble des concours de la fonction publique et l’obligation pour les médias et les partis politiques de s’ouvrir à une plus grande diversité sous peine de sanctions financières. Et Yazid Sabeg, grand patron français d’origine berbère, est nommé commissaire à la Diversité et à l’Égalité des chances. Certaines initiatives ont déjà été expérimentées. Sciences-Po Paris a passé un partenariat meilleurs élèves d’intégrer l’école sans passer le concours. L’expérience a fait ses preuves : les élèves issus de ZEP sont dans la moyenne des étudiants. Ni meilleurs, ni plus faibles.
D’autres établissements, sur le modèle de l’Essec, ont lancé un programme sous le label « Une grande école : pourquoi pas moi ? », qui s’appuie sur le tutorat d’élèves sélectionnés dans des lycées en zones difficiles. L’ENA mène également une réflexion pour « démocratiser» son accès. Seuls 12 établissements préparent les étudiants à passer le concours de l’école. Ces derniers représentent 50 % des élèves d’une promotion ; 40 % sont recrutés par concours interne dans la fonction publique. Les 10 % restants sont issus du monde politique, économique ou associatif. La limite d’âge au troisième concours, qui était de 41 ans, est supprimée depuis janvier 2009. Or, ce n’est pas suffisant. « L’ENA n’est pas représentative de la société », reconnaît Bernard Boucault, directeur de l’institution depuis 2007. Le candidat passe un grand oral devant un jury qui teste sa motivation et ses aptitudes. Mais seulement après la réussite des épreuves écrites.
Ce que déplore Richard Descoings, directeur de Sciences-Po : « L’État base l’essentiel de sa sélection sur des copies. Or le potentiel, l’engagement, la capacité à travailler en équipe ne se révèlent pas sur une feuille. » ► Retrouvez l'article dans son intégralité dans le nouveau Respect Mag, en kiosque dès mardi 21 juin.























