En 1928, l'Algérien El Ouafi devient champion du monde de marathon, sous le drapeau tricolore. En 1931, le Sénégalais Raoul Diagne rejoint l'équipe de France de football. C'est le premier joueur des colonies à intégrer la sélection nationale, suivi huit ans plus tard par Larbi Ben Barek. En 1939, les Bleus sont déjà black-blanc-beur !
« Assimilationniste, la France manifeste très tôt la volonté de puiser dans le répertoire sportif africain, confirme l'historien du sport Paul Dietschy. Une tendance qui s'est renforcée après les Jeux Olympiques de 1936. » Dans les années 50, l'engouement de la métropole pour les sportifs des colonies est tel que France Football n'hésite plus à parler de « mode ».
Une lutte symbolique. D'une main, la France célèbre le talent de ses joueurs coloniaux. De l'autre, elle tente de freiner leur autonomie. En 1920, lorsque naissent les « clubs sportifs musulmans » au Maghreb, la mère patrie s'alarme. En Algérie, elle interdit les rencontres sportives entre colons et indigènes dès 1928, et oblige ces clubs à recruter un quota de joueurs européens. « Le sport a constitué une soupape de sécurité, où ont pu s'exprimer et se canaliser certaines rancoeurs », rappelle Paul Dietschy.
Mais au lieu de les faire taire, les stades vont catalyser les revendications nationalistes. Très vite, les clubs sportifs algériens attirent l'attention des militants indépendantistes qui forment idéologiquement la jeunesse. Rouge, vert, blanc : déjà, les équipes portent les couleurs du futur drapeau national. « Le foot a permis de raviver, de multiplier et d'exprimer ces symboles identitaires. Il a aiguisé la combativité, analyse le politologue Youssef Fatès. Un match par semaine, c'est plus efficace qu'un parti politique ! » Les colonies bouillonnent et les rencontres sportives ont, plus que jamais, un goût de lutte anticoloniale.►Retrouvez l'article dans son intégralité dans le nouveau Respect Mag en kiosque dès mardi 21 juin.
Photo: Alexis Peskine























