Ambiance studieuse dans l’espace Pierre Nicolas de Courcouronnes, une structure jeunesse de la ville. Azzidine, 13 ans, et deux autres élèves terminent un devoir sous la surveillance de Marc Imbert, un éducateur spécialisé. Des cours particuliers en pleine journée ? Non : « Alternative suspension », une initiative pour prendre en charge les élèves exclus temporairement de leur école. Mis en route le 13 décembre 2010, ce programme est créé en partenariat avec le Québec, selon des méthodes pensées par les YMCA*.
« Au lieu de laisser les jeunes chez eux ou dans la rue, ils sont pris en charge toute la journée » explique Frédéric Bourthoumieu, directeur général adjoint chargé de la politique éducative. Le matin: une aide pour les travaux scolaires, l’après-midi: des ateliers. Le principe convient à Azzidine: « Je préfère être ici plutôt qu’à la maison. Au moins, on n’est pas en retard sur les cours. Et puis on réfléchit sur notre comportement, on essaie de changer avec Marc ».
L’éducateur spécialisé, lui, est séduit par le côté novateur. « Le travail sur le comportement est propre au Québec. Je reçois au maximum six enfants, ce qui permet une relation privilégiée avec chacun d’eux. Les ateliers s’adaptent à leurs besoins: discussion sur un sujet comme la sexualité, ou bien travail d’introspection. Au Canada, on parle de renforcement positif. Il s’agit de souligner les capacités de chacun. »
Stéphane Beaudet, le maire de la ville, reprend cette vision nord-américaine à son compte. « Là-bas, un gamin n’est jamais nul. Qu’il soit doué de ses mains, qu’il sache courir, on met toujours le doigt sur ce qu’il sait faire. » L’enjeu est de taille à Courcouronnes. « La moitié de la population a moins de 32 ans », souligne le maire. Á titre comparatif, les actifs à la recherche d’un emploi de 15 à 39 ans représentent 72 % du total des chômeurs de la ville, contre 63 % à l’échelle nationale**. D’où la nécessité d’une politique volontariste. « Courcouronnes est une ville laboratoire qui ne s’interdit rien et s’autorise tout », affirme le maire.
Exemple, le « bus des parents », lancé en 2006. Conçu comme lieu de rencontre, il propose des activités et interventions
pour aider les familles. François Briquet, directeur de l’école Jacques Tati, dans le quartier du Canal, classé comme zone sensible, en confirme l’utilité. « Le bus donne des repères aux parents qui ne savent plus quoi faire avec leurs enfants. On y organise des expositions sur la nutrition. Ou sur les rythmes du sommeil, pour leur indiquer qu’un enfant doit se coucher à 20h30 et non à 23h ».
Autre exemple en 2008 : le « busing ». Fadela Amara, ancienne secrétaire d’État à la politique de la ville, voulait lancer un programme pour favoriser la mixité sociale sur une cinquantaine de communes. Un peu moins de dix villes ont répondu à l’appel sur toute la France ; L’initiative, rebaptisée Ecolien à Courcouronnes, envoie une vingtaine d’élèves de Jacques Tati suivre leur scolarité dans l’école Paul Bert, dans un quartier plus aisé. Le directeur de l’école Jacques Tati juge l’expérience positive. « L’école du Canal concentre de graves problèmes d’ordre sociologique, psychologique, et des difficultés culturelles. De notre côté, cela dilue le problème ». Les élèves qui partent à Paul Bert, eux, sont tirés vers le haut. « Les têtes dures sont coupées de leur base arrière. Elles n’ont plus le même statut, donc elles se calment ». Jean Essone, responsable du service éducation, se réjouit de l’apport humain de l’expérience. « Des liens ont été créé entre les élèves du centre et ceux du Canal. Les enfants s’invitent pour les anniversaires, les sorties ».
D’autres projets fourmillent à Courcouronnes. Une stratégie d’action éducative (SAE) est lancée en novembre 2010 pour canaliser et centraliser les ressources disponibles. « D’habitude, les acteurs de l’éducation sont répartis en fonction des tranches d’âges, explique Frédéric Bourthoumieu. L’objectif de la SAE est de décloisonner les actions et de faire travailler toutes les forces en synergie ». Autre ambition, penser les besoins des jeunes de manière continue de 0 à 35 ans. « Mon boulot, c’est d’accompagner chaque Courcouronnais dans son cheminement jusqu’à une vie active épanouie, indique Stéphane Beaudet. Il y a des programmes pour chaque tranche d’âges. La SAE tente de mettre plus de cohérence dans l’ensemble ».
Le travail s’articule autour de quatre thématiques : la parentalité et la famille ; l’accès aux pratiques culturelles, sportives et artistiques ; la citoyenneté, la solidarité et l’environnement ; la scolarité et la formation. Les acteurs, habitués au fonctionnement par tranches d’âges, doivent s’adapter. Pas évident. Mais le maire de Courcouronnes mise sur l’action, l’évaluation sur le terrain et la remise en question permanente pour avancer. « Chaque famille connaît des handicaps qui lui sont propres. Il faut un traitement souple et le plus fin possible. On ne peut pas généraliser », prévient-il. En attendant de voir les résultats de la SAE, un mot d’ordre anime la mairie de Courcouronnes : « on fonce ! »
*Young Men Christian Association, une organisation de bienfaisance laïque.
** Source : Insee, RP2007 exploitation principale.
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