Pourquoi avez-vous signé l’Appel ?
Pour faire reculer les préjugés attachés à la place de la femme dans l’islam. Je veux montrer que l’on peut être de tradition arabo-musulmane, féministe et républicaine. Et je ne suis pas la seule : nous sommes des centaines de milliers en France et en Europe ! Nous vivons chacune cette identité plurielle de façon positive tout en défendant les acquis de notre République. La position vis-à-vis des femmes est un marqueur de progrès ou de conservatisme au sein d’une civilisation. Ce n’est pas le propre des religions. Toutes les communautés (de travail, de pouvoir) sont traversées par cette question. L’Appel incarne un combat à mener contre les représentations. Il y a une majorité de musulmans qui se sentent dépossédés de leur image. Ils sont enfermés dans un modèle obscurantiste. C’est la raison pour laquelle les révolutions arabes sont observées de manière négative. Les gens redoutent une recrudescence du terrorisme, ou un afflux d’immigration. On en vient à des déclarations du type de celle de Chantal Brunel, qui veut renvoyer les immigrés sur un bateau ! L’islam est autre chose que cette vision négative qui hante les têtes. Mais ça a du mal à rentrer dans l’esprit des gens.
Pour quelles raisons ?
La crise économique, le désenchantement social et la précarité, la mondialisation. L’Europe, qui ne constitue plus un rempart de protection. Et l’UMP qui reprend les idées du Front National. Cela légitime la recherche de boucs émissaires : les étrangers, les délinquants, les musulmans. Un climat délétère, de suspicion et de peur est créé par cette situation. Les républicains doivent se réveiller et apporter des réponses audibles à ce populisme qui monte les Français les uns contre les autres.
L’Appel joue-t-il un rôle en ce sens ?
Oui, il offre une meilleure connaissance des musulmans et de la culture de l’islam. Il engage un autre discours face à celui des extrémistes qui s’expriment au nom de la religion. Et montre que les femmes ne sont pas en situation mineures en terre d’islam. On le voit avec les révolutions arabes, auxquelles ces femmes participent. Les plus grandes luttes ont été menées par elles, comme en Algérie. Mais l’égalité ne va pas de soi. La place que nous voulons dans une société doit être gagnée, voire même arrachée. Les droits acquis ne sont pas définitifs et peuvent être remis en cause, on le voit avec l’avortement. D’où la nécessité de soutenir l’Appel.
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