Quand on a rendez-vous avec une grande scientifique américaine, l’esprit divague vers les expertes-héroïnes des séries US. Le cliché tombe très vite. Jillian Banfield, la
quarantaine, tranche avec cette image d’Epinal. Elle sourit timidement. Voix monocorde. De légères hésitations dans le débit. Humble, presque effacée malgré sa stature de scientifique de renommée mondiale.
C’est une femme de demain. Ses travaux engagent l’avenir de l’homme. «Nous modifions actuellement la biosphère de manière complexe. Ce qui peut avoir des résultats imprévisibles. C’est pourquoi le défi le plus pressant selon moi consiste à trouver des modes de vie durable dans notre environnement sans le détruire » explique-telle.
Avant d’en arriver là, le chemin fut long. Australienne d’origine, elle passe sa licence et sa maîtrise de Géologie à l’université de Canberra. Brillante, la jeune étudiante intègre la prestigieuse institution américaine, Johns Hopkins.
«J’arrive aux Etats-Unis en 1986, avec un enfant, pour commencer mon doctorat. Pendant que j’étais en thèse, j’ai eu un deuxième enfant » raconte-elle. Jillian mène de front carrière et vie familiale. «Bien sûr, il a fallu trouver un équilibre. Ce qui n’est jamais évident. C’est grâce à mon mari que j’ai pu le faire. C’était un défi. Ce n’est jamais simple mais on finit toujours par y arriver. ».
En 1990, après sa thèse, elle s’installe dans le Wisconsin comme professeur à l’université. En 2001, tournant important. Professeur Banfield intégre Berkeley, l'une des meilleures universités du monde. Sa réputation devient internationale. Sa carrière remarquable reste exceptionnelle à bien des égards.
« Aujourd’hui, il y a une perception très positive des femmes. Les progrès sont énormes. Quand j’ai commencé ma carrière, il y avait des professeurs qui disaient '' les femmes ne peuvent pas atteindre un certain niveau surtout dans les sciences dures’’. C’est en réussissant que nous avons changé les perceptions. La science est un outil d’émancipation.».
Quand, on lui demande, si elle est féministe, elle soupire et lâche : « Oui, j'ai grandi avec ! J’ai dû prouver que j’avais les mêmes capacités que les hommes. Jusqu’à présent d’ailleurs.». Mais la lauréate affiche un optimisme sans faille pour l'avenir.
Pour, elle, les femmes ont même des atouts à faire prévaloir. «Il me semble évident, vu mon expérience personnelle, que les femmes ont une approche spécifique des problèmes. Je suppose que nous tendons à voir les choses de manière plus globale et à moins chercher à faire valoir nos opinions à tout prix » soutient-elle. Assurément, l'avenir de la science passe par les femmes.





















