(De nos archives)
Le discours prononcé à Philadelphie par Barack Obama (1) s’enracine dans l’histoire des États-Unis. Quels sont les enjeux de cette réconciliation ?
Notre défi, comme celui de toute société mixte, est, pour citer le philosophe Michael Walzer (2), « d’accepter nos différences respectives, et de maintenir une vie commune». J’irais même un peu plus loin : nous invitons chacun à contribuer au bien commun, en offrant une part de son héritage particulier, qu’il soit ethnique ou religieux. D’un côté, l’Amérique « du meilleur », réalise très bien cela ; de nombreuses populations participent en apportant le « plus » de leur culture. D’un autre côté, l’Amérique « du pire » – celle de l’esclavage, de la ségrégation et des préjugés – viole totalement cette éthique. J’imagine que toute société mixte a une histoire semblable.
Peut-on qualifier la société américaine de «communautariste» ? Qu’y représente le «vivre ensemble» ?
Aux États-Unis, l’interaction entre des personnes d’origines différentes est quotidienne, notamment sur les campus d’université ou en entreprises. Mais il existe également des lieux particuliers où les communautés se rejoignent en tant que telles. Elles ont des organisations citoyennes comme la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), la NOW (l’organisation nationale des femmes) ou des associations religieuses telles que l’Insa (Islamic Society of North America, Société islamique d’Amérique du Nord). Notre organisation, The Interfaith Core (3), croit profondément au pluralisme : celui-ci désigne une société où l’identité personnelle – race, genre, religion ou autre – est respectée, où il existe des relations positives entre les individus et les communautés ayant différentes identités. Où ces communautés s’engagent pour la construction collective d’une Amérique meilleure, d’une planète meilleure. Le pluralisme et la diversité augmentent le bien commun et renforcent les liens entre les différentes communautés. De plus, lorsque des groupes divers construisent ensemble une société plus large, où chacun peut vivre dans la liberté et le respect, cela signifie également la possibilité, pour chacun de ces groupes, de vivre dans un climat de liberté et de respect. La liberté pour un groupe ou un individu est liée à la liberté de l’ensemble.
Quelle est la priorité de votre mission ?
Renforcer pluralisme et diversité. Ce qui n’arrive pas tout seul : cette volonté doit venir des dirigeants d’un pays, tout comme la violence et les conflits qu'ils ont eux-mêmes créés. Nous avons besoin d’une génération capable de construire un pluralisme religieux car, actuellement, les conflits entre communautés religieuses constituent la plus grande menace.
1. De la race en Amérique, édité en France chez Grasset.
2. Philosophe américain, rédacteur en chef de la revue Dissent.
3. Programme de service volontaire de jeunes de confessions différentes, basé sur les relations entre religions au niveau local.
Photo: D.R






















